« Marc Jaguar » : le mystère de la valise enfin dévoilé 60 ans plus tard…

En novembre 1956, j’avais tout juste dix ans et je lisais fiévreusement chaque semaine Spirou et son petit frère (mais grand de format) Risque-Tout. Hélas, faute de lecteurs, le journal disparaît avec son numéro 50 du premier novembre. Mon histoire préférée c’était « Marc Jaguar » du (futur) grand Maurice Tillieux. Après l’enquête du « Lac de l’homme mort » le journaliste se lançait dans l’enquête des « Camions du diable ». Une valise au contenu mystérieux volée par un vagabond finissait dans l’eau… et comme beaucoup de lecteurs (il y en avait quand même quelques-uns), je me pose régulièrement la question. 60 ans après, voici enfin la réponse, tout du moins celle du scénariste Étienne Borgers…

Malgré le million gagné lors de leur dernière aventure, le journaliste Marc Jaguar et son ami Peter Lavolige prennent la route pour quelques jours de vacances modestes sur la côte bretonne, à bord d’une Frégate 54 d’occasion. Témoins d’un accident, ils font la connaissance de Jacques Dulieu, ingénieur porteur d’une mystérieuse valise qui finit dans l’eau d’un étang après avoir été volée par un vagabond. Valise dont le contenu sera convoité par une bande de malfrats et qui sera l’élément déclencheur d’une folle aventure.

Maurice Tillieux, abandonne « Marc Jaguar » pour se consacrer au héros de sa vie : « Gil Jourdan ». Hélas, on ne saura jamais si le contenu imaginé par Étienne Borgers est proche de  celui qu’avait en tête Maurice Tillieux, décédé en 1978 sans en avoir révélé le mystère, pas même à son ami Walthéry. Inconditionnel du père de « Gil Jourdan », le scénariste de quelques aventures de « Natacha » pour Walthéry propose une histoire que n’aurait pas reniée Tillieux, riche en cascades, truffée de jeux de mots idiots et de personnages farfelus  comme il les appréciait.

Graphiquement, François Walthéry et Jean-Luc Delvaux présentent des pages délicieusement rétros, proches du trait de Maurice Tillieux en ce milieu des années 1950 où il animait encore les aventures de Félix pour Héroïc-Albums. Bien que cosigné à part égale par les deux dessinateurs, c’est le trait de Jean-Luc Delvaux qui domine dans ces planches oh combien nostalgiques. S’il n’est pas utile de présenter François Walthéry, créateur de la pulpeuse « Natacha », quelques mots sur Jean-Luc Delvaux dont la carrière est plus discrète. Né le premier janvier 1970 à Engin en Belgique, il décide de devenir dessinateur de BD après avoir reçu en cadeau quatre albums de « Gil Jourdan ». Il publie deux épisodes du « Marquis » (scénario Michel Oleffe) aux éditions Claude Lefranc en 1995 et 1997. Il assiste Jean Graton puis crée « Abel Simonin, dit L’Abel Occase » en 1999 dans Rétro Mania. Il anime à partir de 2013 « Gazafond » dans Gazoline, puis crée la série automobile rétro « Jacques Gipar » en 2010 pour la collection Calandre des éditions Paquet (six albums parus).

Le présent album de format 24 x 32 propose l’épisode des « Camions du diable » en 65 pages et la reprise en fac-similé des sept pages publiées par Risque-Tout et la huitième demeurée inédite jusqu’en 1977. Notons que ces huit premières pages ont été reproduites à l’identique par les deux dessinateurs afin de conserver l’unité du trait à l’ensemble du récit.

Un album délicieusement rétro comme on les aime qui comblera les nostalgiques de la bande dessinée d’après-guerre mais ne laissera pas indifférents les plus jeunes lecteurs.

Henri FILIPPINI

« Marc Jaguar T2 : Les Camions du diable » par François Walthéry, Jean-Luc Delvaux et Étienne Borgers

Éditions Dupuis (17,50 €) – ISBN : 979-1-0347-3090-2

Galerie

12 réponses à « Marc Jaguar » : le mystère de la valise enfin dévoilé 60 ans plus tard…

  1. Lusabets dit :

    Chic !

    Dans l’album BD « M’sieur Maurice et la Dauphine jaune » de Bruno Bazile, il me semble que Walthéry cauchemardait quant au contenu de cette fameuse valise. M’sieur Maurice lui assurait qu’il n’en savait fichtrement rien.

  2. Lusabets dit :

    Chic ! Enfin !
    Voici un album qui a fait fantasmer de nombreux lecteurs, depuis la parution du Schroumpf-Cahiers de la BD sur Maurice Tillieux, qui avaient publié les premières et seules planche de ces Camions du Diable, vers 1977…
    Dans l’album BD « M’sieur Maurice et la dauphine jaune » de Bruno Bazile, Walthéry cauchemardait sur le contenu des valises. M’sieur Maurice n’en savait fichtrement rien…

  3. PATYDOC dit :

    M. Filippini, je suis désolé , mais je ne suis pas d’accord avec vous ( encore une fois ) : cette reprise est catastrophique ; d’une part, Walthéry n’a pas participé au dessin, contrairement à ce que vous laissez croire dans cet article ; d’ailleurs je crois qu’il n’a pas fait grand’ chose si ce n’est que l’éditeur a mis son nom sur la couverture pour faire vendre (il s’agit en clair d’une arnaque); d’autre part le dessin comme le scénario n’est pas à la hauteur : dessin bien fadasse de Delvaux (quand on pense qu’il porte le nom d’un génial surréaliste ! ) , et surtout scénario complètement confus et mal écrit de Borgers (intrigue invraisemblable et mal construite, dialogues interminables, faux argot mais vrais fautes de français actuel)… Et surtout, envolé la poésie de Tillieux! La valise, c’était un MacGuffin, il fallait faire planer le mystère sur son contenu pendant la plus longue partie de l’histoire, voire n’en jamais dévoiler le contenu ! Une fois de plus, voila un piètre scénario, où comment transformer un carrosse en citrouille !

    • caramel dit :

      « d’une part, Walthéry n’a pas participé au dessin » vos sources ???

      • Pierre dit :

        Patydoc est bien souvent (à mon avis) à côté de la plaque, mais pour une fois je trouve qu’il n’écrit pas que des inepties.. Et il n’y a pas besoin de « sources » pour dire que Walthéry n’a rien dessiné dans cet album, il suffit de l’ouvrir ! Peut-être a-t-il participé au scénario, au découpage…

        • caramel dit :

          Avoir des sources consolide le propos. Ici ce n’est que supposition.
          Ensuite pour ce qui est de l’album, en le lisant, je sais pertinemment que ce n’est pas Tilleux qui l’a dessiné et écrit donc ce n’est pas le marc jaguar de 1956 que je vais retrouver mais bien une version plus ou moins reussi de 2018 avec des auteurs bien vivants. Comme toute reprise c’est très difficile et le fan trouvera toujours quelque chose à y redire.
          Sinon on est d’accord Patydoc est bien à cotés de la plaque

          • Laurent Turpin dit :

            Bonjour,
            Toute attaque personnelle hors propos verra désormais l’ensemble du commentaire invalidé.

  4. Henri Khanan dit :

    On trouve pas mal d’échos négatifs sur cet album. Le scénario de Borgers ne comporte pas l’humour de Tillieux, et le dessin de Delvaux est assez terne.

  5. Henri Khanan dit :

    En fait, on dirait un album de la collection Calandre de Paquet!°)

  6. Je suis entièrement d’accord avec la critique de Patydoc !
    Cet album est une énorme déception !!! A la limite de l’arnaque, en effet.
    Le dessin de Delvaux est d’une fadeur total, sans le relief et l’atmosphère inimitables qui émanaient du trait de Tillieux.
    Le scénario est à la fois insipide, convenu et très indigeste, là où ceux de Tillieux étaient fluides et passionnants !
    Quant à la participation de Walthéry, elle me semble en effet totalement hypothétique et je trouve ce dessinateur de talent bien mal inspiré d’utiliser ainsi le souvenir de son ami Tillieux à des fins purement mercantiles !
    En un mot, un album totalement raté, une grande déception pour tous les fans de Tillieux et un coup pour rien qui donne raison aux héritiers du grand dessinateur d’avoir toujours prudemment refusé que soit reprise sa série Gil Jourdan.

  7. Kroustilyion dit :

    Je ne m’éterniserai pas quant à l’appréciation, ou du dessin, ou du scénario. La seule chose qui m’ait vraiment énervé, c’est le ratage de l’imprimeur : Le noir de l’impression est trouble et fadasse. Il n’y a qu’à comparer le fini du tome 1 par rapport à ce volume-ci ! Quand je l’ai ouvert, j’ai sursauté « c’est quoi ce bordel ? », que j’ai laissé échapper ! Et de vite fouiller dans le stock présent au magasin pour voir si… Et bien non ! Tous les albums sont imprimé avec ce « noir » fade et insipide. Il y a juste le dernier cahier, donc à partir de la page 65, qui soit imprimé avec un vrai noir, bien noir !! J’attends donc la réédition, pour voir si il y aura un relecteur (professionnel, donc qui ne traîne pas au Musée de la BD, pour chipoter dans les scans…) aux éditions Dupuis pour voir si un responsable osera dire « oui, le façonnage de cet album est (un peu) bâclé ». Et ne me dites pas que « oui, mais on a voulu donner un air de vintage à cet album », dans le temps du Dupuis-vintage, on imprimait des albums de qualité…

  8. fred dit :

    Cher Kroustilyion
    Vous avez tout à fait raison en ce qui concerne la qualité des noirs qui ne bascule dans le correct qu’à partir de la page 65… mais c’est une question d’impression, pas de façonnage !
    Je suis d’accord avec tous les commentateurs (même avec Patydoc, c’est dire) pour dire que nous sommes tous déçus. Mais qu’attendions-nous ?! Un scénario de Tillieux, un dessin de Tillieux et l’humour de Tillieux, 40 après sa mort ?!
    Qu’attend-t-on de reprises scénaristiques de héros de Goscinny, de Charlier, de Greg, de Franquin, voire de Macherot ? juste un peu de plaisir à retrouver des héros aimés à défaut de tout le reste, non ?

    Dans le cas qui nous occupe, le scénario tient à peu près la route.
    Le bât blesse surtout quand Borgers tente de nous faire de l’humour à la Libellule ou la Allume-Gaz…
    Walthéry, si je comprends bien, n’est intervenu que dans la validation du scénario et dans l’input initial.
    Et le dessin de Delvaux, allez, Jacques Gipar, c’est bien agréable à lire, non ?

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