« Dent d’ours T6 : Silbervogel » par Alain Henriet et Yann

Sixième et ultime chapitre de la série créée par Yann et Alain Henriet en 2013 dans les pages de Spirou. Mêlant aviation, espionnage et romantisme, « Dent d’ours » prouve qu’il est encore possible de lancer une série classique et d’en faire un succès. Cet ultime album de 64 pages boucle de belle manière l’histoire d’Hanna, Werner et Max, trois jeunes Allemands dont l’amitié sera la victime de la folie des hommes.

À la suite du suicide d’Hitler, quelques SS fidèles au führer prêts au sacrifice suprême, projettent d’exaucer le dernier rêve du dictateur : détruire New York. Pour y parvenir, ils comptent utiliser le Silbervogel, baptisé l’Oiseau d’argent, dernier bombardier géant sorti des usines allemandes, destiné à lâcher une bombe atomique sur la ville américaine. Hanna, pilote emblématique de l’armée allemande, sera aux commandes du monstre volant. Werner, espion pour le compte des américains,  chargé d’exécuter Hanna son amie d’enfance, est lui aussi présent dans la forteresse de Fürstenstein où 2000 prisonniers juifs travaillent dans les souterrains auprès d’officiers allemands fanatiques et de scientifiques plus ou moins collaborateurs du troisième Reich. Au dehors, des commandos des forces spéciales soviétiques, troupe de l’OSS américaines, mais aussi combattants de l’armée de libération de la Pologne, se déchirent la possession des savants dans un sanglant marchandage. La solide amitié qui liait jadis Hanna, Werner, mais aussi Max, les trois compagnons d’enfance, sera-t-elle plus forte que la folie meurtrière qui les a séparés ?

En six albums parfaitement maîtrisés, Yann propose une histoire pleine de rebondissements aux personnages à la fois forts et attachants. Les destins contrariés par des évènements qui les dépassent des trois amis resteront longtemps dans la mémoire des lecteurs. Tout en respectant scrupuleusement la grande Histoire, le scénariste apporte sa petite musique à la fois humaniste et réaliste sur le comportement des hommes face aux évènements qu’ils traversent.

Il est accompagné au dessin par le trait soigné et méticuleux d’Alain Henriet qui, sans plonger dans un réalisme pur et dur, propose des personnages attachants et crédibles. Décors, engins de tous poil et uniformes sont eux aussi parfaitement maîtrisés.

S’il n’est plus utile de présenter Yann, scénariste aussi à l’aise dans l’humour que dans le réalisme, habile repreneur de séries cultes (« Spirou et Fantasio », « XIII », « Thorgal »), quelques mots sur son dessinateur encore trop méconnu à mon goût. Né en Belgique en 1973, Alain Henriet a suivi les cours du soir de Cossu, Foerster et Goffaux avant d’entrer à l’Académie des Beaux Arts de Liège. Ses premiers albums sont publiés aux éditions Delcourt : « John Doe » (scénario Ballo) en 2000 puis « Golden Cup » (scénario Pecqueur) à partir de 2003. Il entre aux éditions Dupuis en participant à la série collective « Pandora Box » (scénario Alcante) puis en animant « Damoclès »  (scénario Joël Callède). Un solide bagage qui lui a permis d’aborder sereinement « Dent d’ours » en 2013. Il est marié à la coloriste Usagi (Patricia Tilkin) qui signe les couleurs par ailleurs excellentes de « Dent d’ours ».

Les lecteurs qui souhaitent découvrir le premier cycle de trois albums sont invités à suivre Hanna, Werner et Max dans l’édition intégrale publiée en 2016 aux éditions Dupuis.

Henri FILIPPINI

« Dent d’ours T6 : Silbervogel » par Alain Henriet et Yann

Éditions Dupuis (15,95 €) – ISBN : 9782800174112

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