« Invisible Republic » T2 par Gabriel Hardman et Corinna Bechko

Pari réussi pour le label Hi comics des éditions Bragelonne, grâce auquel nous découvrons de très bons récits de SF et des auteurs encore peu connus. « Invisible Republic », à l’instar de « The Few » chez le même éditeur (lire notre chronique du 28 février), surprend par un fort accent social et politique. Bienvenue dans la société de demain !

Le premier tome, paru en février dernier, nous immergeait dans un thriller de science-fiction diablement bien écrit, aux faux semblants nombreux. On faisait connaissance avec Croger Babb, journaliste pas très courageux vivant à Avalon, lune d’Asan, dans le système Gliese, en 2843. Il venait de découvrir les livrets d’un journal incroyable, écrit quarante ans plus tôt par Maïa Reveron, la cousine du dictateur déchu Arthur Mc Bride. Un brulot expliquant comment le régime actuel avait pu se construire et qui va être l’enjeu de batailles politiques violentes. En effet, la population terrienne ayant colonisé cette exo planète dans le passé, vit isolée au sol alors que son gouvernement s’est réfugié dans une station orbitale, uniquement joignable par un ascenseur spatial.

Se servant d’une alternance de narration au présent, mettant en scène le journaliste et sa collègue Woronov, pourchassés pour leur document, et flashbacks quarante ans en arrière afin de mieux comprendre les relations entre Mc Bride, Maïa, leurs amis révolutionnaires et leurs cheminements respectifs sur Avalon, Corinna Bechko trace les traits d’une société en perte d’identité, où la vérité est difficile à percevoir. Maia et Arthur ont vieilli et ont subi divers revers de fortune. Quel rôle chacun est prêt à jouer afin de continuer à exister ?

Si le ton assez noir employé et quelques scènes, ainsi que les rebondissements nombreux, ne manqueront pas de faire penser à certains films, dont « Jason Bourne » pour son aspect thriller, « Le Premier des hommes » pour le côté rebellion, ou « Blade Runner 2024 », il n’en reste pas moins que l’on doit s’accrocher pour arriver à jongler avec ces allers retours temporel. C’est peut-être la raison pour laquelle l’autrice fournit quelques explications documentaires en fin de volume, sur des sujets tels : la faune et flore d’Avalon, l’apesanteur, l’île d’Avalon et son rapport à la légende Arturienne, l’ascenseur spatial ou la culture des légumes… Son écriture est cependant suffisamment alerte pour maintenir l’intérêt d’une histoire passionnante, délicieusement mise en images par le dessin exceptionnel et très personnel de Gabriel Hardman, son mari et coscénariste.

Un dessin rappelant parfois Gillon, ou Rossi...

Gabriel Hardman était principalement connu jusqu’à présent pour des titres Marvel. Son encrage réaliste chargé de trames rayées au couteau donne une tonalité froide et sombre, collant parfaitement au scénario de cette création. Les couleurs de Jordan Boyd, aux tons clairs et délavés, représentent quant à eux assez bien l’ambiance lourde du récit politique. La luminosité étant réservée aux flashbacks sensés rappeler des jours meilleurs…Gabriel Hardman et sa femme sont aussi responsables de « Heathentown », une mini série réaliste mettant déjà en valeur leur talent de créateurs (Image comics 2010). Nul doute qu’« Invisible Republic » leur offrira encore d’avantage d’éclairage, tout comme la mini série « Alien : Dust to Dust » de Gabriel, paraissant en ce moment chez Dark Horse comics, que Wetta Sunnyside projette d’éditer à son catalogue en avril.

Une mini série de science-fiction ambitieuse, sombre et engagée, très bien exécutée, dont on attend la conclusion avec impatience.

Franck GUIGUE

Ps : Rappelons que les éditions Hi comics ont aussi réédité en avril, sous forme d’intégrale, la trilogie détonante de Warren Ellis : « Black Summer », « No Hero », SuperGod », une première fois éditée en 2009, dans une forme séparée, sous leur label Milady.
Leur site web : http://hicomics.fr/.

 

« Invisible Republic » T2 par Gabriel Hardman et Corinna Bechko
Éditions Hi Comics (16,90 €) – ISBN : 978-2-37887-066-9

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