« Motor Girl » par Terry Moore

Qu’est-ce qu’un grand auteur ? Comment une simple idée se transforme en un scénario époustouflant ? Terry Moore, auteur ayant déjà montré sa faculté à écrire et dessiner de très bonnes histoires, récidive avec ce titre déglingué, pourtant ancré dans le réel le plus dramatique.

« Motor Girl » (la « réparatrice automobile » en français ?), est Samantha. Elle carbure à l’énergie et elle en a besoin. Celle-ci s’occupe en effet d’une casse auto en plein désert du Nevada, sous 46 degrés, avec Mike, son gorille de compagnie doué de parole. Tout cela pour Libby, petite vieille qui lui a cédé gracieusement le terrain et le job à son retour de l’armée. Car, et c’est tout le sel de cette histoire, on apprendra, seulement dans le troisième chapitre, que Samantha est une vétérane de la guerre d’Irak. Cela-dit, leur problème principal aujourd’hui, à elle et Mike, en dehors des migraines régulières de Samantha, réside dans la soucoupe volante qui vient d’atterrir dans leur cour…

Terry Moore est un auteur à part. À part car ses séries indépendantes sont à la fois très personnelles, originales et ont laissé une empreinte forte dans le monde des comics et chez les lecteurs.
Chaque nouveau titre, depuis le plus gros succès qui l’a révélé : « Strangers In Paradise » (intégrale chez Delcourt), est attendu et scruté avec curiosité. Quel va être le prochain sujet ? En dehors de son superbe dessin, au trait, la plupart du temps non colorisé, que l’on prend énormément de plaisir à goûter à chaque fois, Terry Moore dénote avec un univers empli de personnages féminins : de belles et jeunes femmes, modernes, indépendantes, très naturelles et au fort caractère. Mais aussi d’autres, plus anciennes et un peu moins jolies, Terry Moore aimant entourer ses protagonistes d’amies, de membres familiaux, voisins, encrés dans le réel.

Si « Rachel Rising », son précédent titre, a surpris beaucoup de monde avec un genre horreur, d’ailleurs très maitrisé, on peut se dire que ce n’était finalement qu’un passage évident après la comédie mélodramatique (« SIP ») et la science-fiction (« Echo »). Aussi, « Motor Girl », commençant tel un récit de genre SF, et de culture geek, avec une forte connotation « Love and Rocket » (1) (la petite brunette « qui en a », le sidekick gorille, la casse auto et les soucoupes volantes), prend assez vite une connotation réaliste et dramatique. Dès lors, le récit bascule dans une tragédie sociale, humaine et politique, que personne n’aurait imaginé.

Un régal, émouvant, car associant action, humour et réflexion, à propos d’un sujet de fond aux États-Unis aujourd’hui. Un must !

Franck GUIGUE.

(1) La série « Love and Rockets », des frères Hernandez, auxquels on peut assez facilement l’associer sur les points cités.

« Motor Girl » par Terry Moore
Éditions Delcourt (19,99 €) – ISBN : 978-2-7560-9508-0

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