Inoubliable « Pyramide oubliée »…

C’est en 1976 que j’ai reçu Pierre Wininger dans les modestes bureaux des jeunes éditions Glénat. En découvrant les premiers essais de « La Pyramide oubliée », j’ai été émerveillé par le travail de ce jeune auteur qui n’avait encore jamais publié. Grand admirateur de Jean-Claude Forest et de Jacques Tardi, il proposait une vision originale de ses influences, tout en apportant une touche personnelle. Résultat : un premier album réussi, entre les romans de Jules Verne, « Indiana Jones », « Adèle Blanc-Sec » et « Blake et Mortimer », de nouveau en librairie le 24 août.

Au début du XXe siècle, dans la région du Caire, le fameux archéologue britannique Sir Alexander Appleton est retrouvé délirant non loin de la pyramide de Neferthotep. Journaliste, correspondant de L’Écho de Paris en Égypte, Victor Billetdoux décide d’enquêter. Accompagné par son ami l’égyptologue Charles Hippolyte-Constant, il parvient jusqu’à une pyramide oubliée dans la région de Fayoud, un monument dont les dangereux secrets qui hantent ses profondeurs conduiront les deux amis jusqu’au cœur  de Paris. Cette aventure insolite aux multiples rebondissements fut publiée en deux parties dans les pages du mensuel Circus de 1976 à 1978 (numéros 5 à 12). Il y a tout juste quarante ans, un premier album était proposé en noir et blanc dans la collection Circus, réédité dans une présentation cartonnée en 1980. Victor Billetdoux sera le héros de deux autres histoires, toutes aussi passionnantes : « Les Ombres de nulle part » en 1979 et « La Nuit de l’Horus rouge » en 1982.

La présente réédition propose dans un album cartonné de 72 pages l’ensemble des planches fort agréablement mises en couleurs par Marie Galopin. Sous une nouvelle couverture plus sobre, cet ouvrage permet enfin de (re)découvrir cette première œuvre de Pierre Wininger, depuis longtemps épuisée.

Né en 1950 à Saint-Mandé, Pierre Wininger a travaillé dans la publicité avant de réaliser son rêve : vivre de la bande dessinée. J’aurai la chance de lui écrire « Le Jardin sanglant », récit publié par Dargaud en 1979 dans la collection Pilote. En 1980, il abandonne les pages de Circus pour celles plus ciblées jeunesse d’Okapi, magazine publié par Bayard presse et dont le conseiller BD n’est autre que Jean-Claude Forest. Pierre y signe trois aventures de « Nicéphore Vaucanson », avant de collaborer à un autre mensuel de Bayard Presse : Je bouquine, où il réalise de nombreuses adaptations en BD d’extraits de romans célèbres. Il reviendra aux éditions Glénat en 1987 avec la publication de « Terminus Crusoé », puis, en 2003, avec la publication de son ultime album, « Les Miroirs du temps » (scénario de Marie-Charlotte Delmas), série qui restera inachevée. Pierre Wininger est décédé à Saint-Brieuc dans la nuit de Noël en 2013. Auteur attachant, mal à l’aise dans notre monde moderne, il laisse peu d’albums, mais un souvenir ému pour ceux qui l’ont côtoyé ou ont lu ses ouvrages. Pour ma part, Pierre demeure un être d’exception, généreux en amitié, passionné par son métier, doté d’un grand talent qu’un destin capricieux ne lui a pas permis de sublimer. Que l’on puisse enfin retrouver son œuvre en librairie n’est que justice.

C’est grâce à Marc-Antoine Fleuret, éditeur par passion, que la réédition de cet ouvrage a été rendue possible. Lancées le 1er novembre 2017, Les Aventuriers de l’étrange (40, avenue Jules Dufaure, 17100 Saintes) ont publié leur premier album, « Omar le navigateur » de Pedro Rodriguez, en avril dernier, suivi par « Le Village s’endort » de Maria Tamarit et Xulia Vicente en juin. Outre « Géant et la fâcheux rendez-vous » de Rune Ryberg annoncé pour janvier 2019, « Les Ombres de nulle part », seconde aventure de Victor Billetdoux devrait sortir en mai 2019. Distribués en librairie par Makassar, les Aventuriers de l’étrange proposent un journal mensuel d’informations sur www.les-aventuriers-de-letrange.fr.

Henri FILIPPINI

« La Pyramide oubliée » par Pierre Wininger

Les Aventuriers de l’étrange (14,40 €) – ISBN : 9782490195022       

Galerie

3 réponses à Inoubliable « Pyramide oubliée »…

  1. Franck G dit :

    Excellente nouvelle ! ;-) Prépubliés dans la revue Okapi, les récits de Wininger font partie de ceux qui m’ont marqué enfant. Hâte de relire cette histoire.

  2. Franck G dit :

    Par contre, lorsque vous écrivez : (…) réédité « sous une couverture plus sobre ».. je trouve qu’elle aurait gagné à rester comme avant, vu ce tout petit bout de dessin sombre au milieu d’un grand rien, qui a été choisi. Un peu dommage quand-même. Raaaa :-(

  3. Thark B. dit :

    Formidable, ce « début de retour » des albums de Wininger, pourvu qu’ils soient tous réédités !
    (Considérant la densité des souvenirs « okapiens » – et autres – que j’avais déposés, en toute émotion, sous l’article consacré à la disparition de Pierre Wininger, je ne peux que me réjouir de voir cette Pyramide oubliée (res)surgir hors de la nuit ! :) )
    Soulagement supplémentaire (au vu de la planche ci-dessus), le travail de la coloriste pour cette nouvelle édition d’un récit jusqu’ici publié en noir et blanc me semble non seulement soigné, mais surtout fidèle et respectueux des demi-teintes et des harmonies sobres que l’auteur affectionnait pour accentuer subtilement le mystère et l’insolite.