« Louise Petibouchon T1 Perdreaux aux pruneaux » par Éric Albert et Jean Depelley

Les amateurs de séries classiques franco-belges vont se régaler avec cet évident hommage à la bande dessinée policière « Gil Jourdan » de Maurice Tillieux (publiée à partir de 1956 dans Spirou), aux films dialogués par Michel Audiard ou par Alphonse Boudard et aux polars d’Auguste Le Breton !

 Nous sommes à la toute fin des années 1950 et Louise Petibouchon, jeune et charmante inspectrice de police fraîchement diplômée, vient d’être nommée au commissariat de Limoges, sa ville natale.

Dans les trois premiers épisodes — d’une quinzaine de planches chacun — que comporte ce premier album, lequel devrait être suivi de nombreux autres si le succès est au rendez-vous (en tout cas, le deuxième est déjà en cours de réalisation), ce petit bout de femme aux cheveux courts et à la langue acérée est confronté à un milieu professionnel masculin au comportement souvent macho et misogyne : c’est notamment le cas de l’inspecteur Plumier, crétin notoire amateur de jeux de mots douteux. Heureusement, son supérieur, le commissaire Grillon, est un bon flic qui a conscience de l’efficacité de cette enquêtrice novice et qui sait prendre en compte son attachante personnalité : elle finira, d’ailleurs, par réussir à gagner l’estime de tous ses autres collègues.

En adoptant un style évoluant entre la ligne claire façon « Tintin » et l’école de Marcinelle de la grande époque du journal Spirou, que le grand public ne lui connaissait pas encore (il s’était plutôt fait remarquer, jusqu’à présent, avec des séries réalistes comme « Corpus Christi », « L’Ordre du chaos » ou « Marcas, maître franc-maçon »), Éric Albert semble avoir trouvé une nouvelle voie graphique pleine de promesses. On sent qu’il prend un évident plaisir à croquer des trognes fort bien campées aux personnages que son ami scénariste (1) — qui n’est autre que le grand spécialiste de Jack Kirby qu’est Jean Depelley (par ailleurs collaborateur à BDzoom.com) — lui propose Roseline la prostituée au grand cœur, Gérard Drôle le journaliste garant de l’information locale libre et indépendante, Maître Jean le clochard d’élite… Par ailleurs, il s’amuse à multiplier les clins d’œil et tous les aficionados de Tillieux auront sûrement remarqué, par exemple, la ressemblance entre cette charmante Louise Petibouchon et la plus caractérielle Queue-de-Cerise : la secrétaire de Gil Jourdan !

Gilles RATIER

(1) Preuve de leur évidente complicité, vous trouverez en bonus, à la fin de l’album, deux pages intitulées « Du scénario à la planche » qui vous dévoileront tous les secrets de fabrication de cette sympathique bande dessinée, parfaite pour lire pendant vos vacances. 

 « Louise Petibouchon T1 Perdreaux aux pruneaux » par Éric Albert et Jean Depelley

Éditions du Long Bec (14,50 €) — ISBN 979-10-92499-85-8

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13 réponses à « Louise Petibouchon T1 Perdreaux aux pruneaux » par Éric Albert et Jean Depelley

  1. FranckG dit :

    Cet premier album fait effectivement bien envie. Bravo à Jean et son « partenaire in crime », et félicitations. Toujours un grand plaisir de voir se concrétiser un projet j’imagine, surtout aussi classe.

  2. JC LEBOURDAIS dit :

    Une inspectrice femme à la fin des années 50, à l’époque où il fallait l’accord de son mari pour ouvrir un compte en banque, ça ne semble pas très réaliste, de prime abord. Dans les films d’Audiard, les femmes sont dactylos ou péripatéticiennes… Ceci dit, on a eu Adèle Blanc-sec donc pourquoi pas.
    Citer d’emblée Tillieux, Audiard et Boudard comme références ça ne met pas la pression du tout ;)
    Je vais lire ça avec intérêt lorsque ça sort, ne serait-ce que par curiosité.

  3. JEAN CLAUDE dit :

    Pas de date de parution?

  4. Zot! dit :

    Pour une fois, le long-bec a eu le nez creux!

  5. Zot! dit :

    Dans le genre ligne claire rétro, il y a aussi le nouveau Schwartz et Yann qui sort chez Dupuis cet automne! Et non, ce n’est pas la suite des aventures de Jijé, Morris et Franquin aux States!

  6. Lusabets dit :

    Bonjour
    Fanatique de Tillieux et de ces années d’après-guerre, ce que j’aime dans toutes ces histoires créées après l’an 2000, ce sont les anachronismes. Je me régale en détectant tous ces petits défauts.

    Dans cet album, vu les planches présentées dans cet article, je peux voir en arrière plan dans la troisième vignette de la page 7, une 2CV, mais datant d’après 1970 (trois fenêtres, nouveaux feux arrières, et bouchon du réservoir du mauvais côté (!)
    Zot! parle dans son commentaire d’un nouveau Schwartz et Yann, dont je peux lire les premières planches dans le magazine Spirou de cette semaine : Atom Agency, les bijoux de la Bégum.
    Chic, une histoire qui se passe dans les années 1940, après la guerre. Donc des erreurs annoncées. Dès la page 6, en gros plan, nous voyons une 4CV avec une immatriculation 3518 RF 75 (dont le feu rouge n’est pas entièrement colorié, d’ailleurs) Cette immatriculation daterait en gros de 1965/1966. Ce système de plaques minéralogique, avec les numéros désignant les département, ne date que d’après 1950. Nous aurions pu avoir affaire à un numéro avec par exemple 3518 RF, (RF pour la région autour de Paris) mais suivi d’un seul chiffre.
    Certes, une faute bénigne, mais agaçante pour moi, pinailleur de première classe.

    Un dessinateur comme Jean-Luc Delvaux (qui doit reprendre avec Walthéry, Marc Jaguar, Les Camions du Diable) est plus à cheval sur les détails « qui font vrais » en traquant le moindre anachronisme. Bravo à lui.

    • JC LEBOURDAIS dit :

      Oui effectivement c’est dommage, et rien que dans les pages reproduites ici il y en a, par exemple la deuxième planche fait référence aux championnats du monde d’aviron qui n’existaient évidemment pas dans les années 50…
      Certains dialogues utilisent l’argot « à la Suzy Delair » de façon vraiment forcée, alors que d’autres ne sonnent pas d’époque du tout.
      Et puis il y a les fautes de grammaire… « Elle m’en avait causée » au lieu de causé.
      L’idée de vouloir émuler Gil Jourdan est louable mais n’est pas Tillieux qui veut.

    • Lusabets dit :

      Histoire de rigoler un peu, dans la nouvelle histoire pré-publiée dans Spirou, Atom Agency, page 11. Nous sommes dans un café parisien, dans les années 1940/1950, le héros téléphone à partir d’un taxiphone situé au sous-sol, et demande à une opératrice le n° Trudaine 05-54 (5ème vignette) !
      Rappelons à notre scénariste que le téléphone automatique a débuté sur Paris en 1928.
      Je me marre, et je pense ne pas avoir fini.

  7. Henri Khanan dit :

    Tillieux; comme tous les grands scénaristes (Goscinny, Van Hamme) était inimitable, donc c’est une bonne idée de lui rendre un hommage appuyé plutôt que de continuer ses séries. Yann aurait sans doute pu faire du Gil Jourdan, comme il a fait du Marsu ou du Lucky Luke, mais à quoi bon?
    Et joker pour le Marc Jaguar à paraitre; avec un seul et unique album à son actif, il n’a pas encore trop habitué le public à un style… et puis Tillieux avait quand même fini les huit premières planches!!

    • Lusabets dit :

      L’affreux Yann (je ne l’aime pas du tout) fantasme de reprendre Gil Jourdan.
      Heureusement, la famille Tillieux refuse.
      C’est tant mieux.
      Yann nous a assez massacré le personnage de Spirou.

  8. Henri Khanan dit :

    Il a aussi travaillé sur Kid Lucky et Chaminou… il faut croire que ses propres créations ne lui suffisent pas? Je note que son ancien ami Conrad a repris le bestseller de l’édition française, après plusieurs Marsupilami.

    Je pense que ce que Yann fait le mieux, c’est ses albums des univers de Thorgal. Sans cet humour grinçant et ce goût pour les bons mots à la Sacha Guitry qui ont fini par devenir désespérant.

    • PATYDOC dit :

      Vous êtes tous bien sévères avec Yann (qui est bien loin d’ici pour se défendre). C’est pourtant un des rares bons scénaristes actuels. J’aurais aimé vous voir critiquer plutôt le quarteron d’arrogants scénaristes polygraphes en dehors de Yann qui sévit malheureusement chez Média Participations depuis trop longtemps.

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