« Bertin Timbert grand reporter T1 : Panique sur la PQR » par Devig et Jean Derycke

Découvert par Philippe Geluck, Devig est au premier coup d’oeil un adepte de plus de la ligne claire, genre dessinateur pour un large lectorat nostalgique. Détrompez-vous, derrière ses images bien sages se cache un affreux jojo qui abîme tout ce qu’il touche de son crayon ravageur avec la complicité du scénariste Jean Derycke. Deux individus dangereux que l’on peut croiser dans les pages de Fluide glacial.

Grand reporter à L’Écho du Mont-de-Dour-Uduluc, Bertin Timbert (Tintin pour les intimes), répond toujours présent lorsque monsieur Jacques Natamin son rédacteur en chef, qui l’agace en l’appelant Bébert, lui propose un nouveau reportage. Toujours du lourd !

Que ce soit pour évoquer les noces de diamant du couple Rabiaux, pour rencontrer Mamie Geneviève l’amie des chats, assister à la pose de la première pierre d’un nouveau pont, inaugurer le potager  des Jardiniers réunis, fêter le camion flambant neuf des pompiers, assister au marché de Noël, relater le départ d’une classe de neige ou encore vanter la qualité de la viande de la boucherie Cent Os, l’intrépide reporter enfourche sa mobylette armé de son stylo et de son calepin. Flanqué de Solane, la rousse et jolie secrétaire de son patron, il plonge avec gourmandise dans l’actualité de Mont-de-Dour-Uduluc. Qu’importe si le sujet dérape, tourne au cauchemar, voir au gore, l’histoire prend toujours fin avec la Une du journal où Tintin relate à sa manière l’évènement. Notre journaliste en PQR (Presse quotidienne régionale) assiste impassible à la vie de ses semblables, faite de violence dans cette petite bourgade dont la population est pour le moins dérangée.

Adepte des images décalées Devig utilise une ligne claire parfaitement sereine en décalage total avec les séquences de tueries qui se déroulent sous les yeux de son héros qui conserve toujours son flegme légendaire. Au moins aussi déjanté que Theo Van Den Bogaard en son temps, Devig droit dans ses bottes parodie allègrement les aventures d’un autre Tintin, anti-héros niais sublimé par les scénarios décapants de Jean Derycke.

Né en 1965 à Toulouse, Christophe de Vigerie, dit Devig,  travaille pour une agence de publicité jusqu’en 1990, année où il devient dessinateur indépendant. Il réalise des illustrations pour les éditions Milan, Épigones… En 2002, il est repéré par Philippe Geluck qui publie deux de ses ouvrages aux éditions Casterman dans la collection C’est pour offrir qu’il vient de lancer : « Humour noir » en 2002 et « Râpé à mort » en 2004. Il aborde la bande dessinée avec les aventures de « Scott Leblanc » sur scénario de Geluck dont quatre albums sont édités par Casterman. Il entre à Fluide glacial avec les strips « du « Major Burns et du docteur Wayne » avant de lancer « Bertin Timbert grand reporter » en 2017 avec Jean Derycke. Jean Derycke est journaliste sportif au quotidien belge L’Avenir. Il suit depuis dix ans l’équipe des Diables rouges, ce qui lui inspire son premier scénario pour la BD en 2016, « Les Diablitos », série dessinée par Philippe Bercovicci, publiée par les éditions Joker.

Henri FILIPPINI

« Bertin Timbert grand reporter T1 : Panique sur la PQR » par Devig et Jean Derycke

Éditions Fluide glacial (14,50€) – ISBN : 978 2 378 780791   

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