« Moriarty » T1 par Hikaru Miyoshi et Ryosuke Takeuchi

Ennemi bien connu de Sherlock Holmes, Moriarty n’est pourtant apparu que dans deux des soixante histoires officielles du célèbre détective. Néanmoins, il est évoqué dans cinq autres sans jamais y prendre part. Donc neuf dixième des aventures du célèbre locataire du 221B Baker Street se passent sans l’ombre de ce méchant, pourtant emblématique de l’œuvre de Conan Doyle. Les auteures de cette adaptation centrée sur ce personnage romanesque ont choisi une approche très éloignée de l’œuvre originale. Celle-ci donne un côté charmant à ce génie du crime en le montrant proche de son prochain et avide de justice… Même si celle-ci se fait au détriment des plus riches.

Tout commence par un meurtre, celui de la famille Moriarty, brûlée dans l’incendie de leur grande demeure. Les seules survivants sont trois enfants, dont deux adoptifs  : Albert, William et Louis James Moriarty. Ayant maquillé le crime en accident, ils peuvent maintenant vivre la vie qu’ils veulent grâce au génie de William qui a bien décidé de changer l’Angleterre en faisant plier les riches à sa manière.

Albert a immédiatement décelé en William une intelligence supérieure à même de l’aider dans ses projets. Il a donc décidé de tout faire pour offrir à ces deux jeunes enfants mal nées un destin hors du commun en mettant à leur disposition ses richesses et son statut noble. Lui, qui exècre cette caste séparant les pauvres des riches, va tout mettre en œuvre pour aider ceux qui n’ont pas l’argent pour se défendre contre les bourgeois qui abusent de leur richesse pour les martyriser.

On retrouve donc les trois frères treize ans après l’incendie dans une petite bourgade où ils travaillent incognito. William a trouvé un travail de professeur, mais le groupe est également consultant privé et comme le dit modestement William  : « Si un problème tourmente ce pays, je peux essayer de le résoudre. »

On trouve peu d’allusions à Sherlock Holmes dans ce premier volume. Le Moriarty du titre n’est pas encore le grand stratège du crime qu’il va devenir. C’est encore un jeune homme plein d’ambition et d’illusions. Ryosuke Takeuchi a tissé son récit en s’éloignant radicalement du texte original. Chez Conan Doyle, Moriarty est déjà vieux, et c’est ce cheminement qui l’a amené à devenir ce cerveau du crime qui intéresse le scénariste. De l’original, il n’a gardé que son intelligence, ses capacités de déduction, son art des mathématiques et bien évidement, son goût du crime parfait et indétectable.

Dans ce premier volume, la vie de Moriarty ressemble plus à celle d’un Robin des Bois Victorien. Sa personnalité n’est pas encore bien définie et on sent que l’auteur veut nous faire découvrir le personnage par petite touche, sans se presser. Néanmoins, on a hâte de voir le grand détective qu’est Holmes entrer en scène. Même si le but de cette oeuvre est clairement de réhabiliter le personnage de Moriarty en lui créant une jeunesse fictive.

Moriarty jeune, vu par Hikaru Miyoshi dans cette adaptation en manga et la vision que nous avons tous en tête du même personnage vu par Sidney Paget qui a illustré la nouvelle « Le Dernier Problème » publiée en décembre 1893 dans The Strand Magazine.

Destiné avant tout aux amateurs de polars en manga, ce titre ne fera peut-être pas l’unanimité parmi les fans de l’oeuvre originale. Namoins, le dessin d’Hikaru Miyoshi (« Psycho-Pass : Akane Tsunemori »), est agréable et la construction de l’histoire laisse envisager de nombreux crimes, tous plus réfléchis les uns que les autres.

Gwenaël JACQUET

« Moriarty » T1 par Hikaru Miyoshi et Ryosuke Takeuchi
Éditions Kana (6,85 €) – ISBN : 9782505070733

YUKOKU NO MORIARTY © 2016 by Ryosuke Takeuchi, Hikaru Miyoshi/SHUEISHA Inc.

Galerie

Les commentaires sont fermés.