« Congo 1905 » par Vincent Bailly et Tristan Thil (Futuropolis)

Tout est dit ou presque dans le long sous-titre : « Le Rapport Brazza : le premier secret d’état de la Françafrique ». L’album évoque en effet la mission confiée par l’État au célèbre explorateur Pierre Savorgnan de Brazza d’aller enquêter au Congo sur le meurtre incroyablement cruel opéré par deux administrateurs coloniaux. C’est l’affaire Gaud et Toqué…

Tout a commencé pour les auteurs de l’album par la publication aux éditions du Passager clandestin de ce « Rapport Brazza » commenté par une historienne, Catherine Coquery-Vildrovitch (voir en note), un rapport explosif et, à l’époque, bien vite enterré !  Son signataire ? Brazza, « le » Brazza italien naturalisé français, célèbre explorateur qui n’est pas pour rien dans la colonisation de l’Afrique ! L’Afrique, en effet, il connait très bien, le Congo, tout particulièrement.

L’homme, certes incontestablement colonialiste, est cependant réputé pour son humanisme. Il est, par exemple, dès 1897, réticent à laisser les territoires qu’il a découverts aux mains des sociétés privées, sachant ce qu’il en deviendrait des populations. C’est pourtant lui qu’on envoie sur place, en 1906, pendant plusieurs mois pour déminer l’affaire Gaud et Toqué et montrer que ces deux tortionnaires constituent un cas isolé. Le meurtre a fait grand bruit dans la presse et il devient urgent de calmer le jeu.

Le gouvernement français pensant que la popularité de Brazza « le protège » ne s’attend pas à ce que Brazza et ses accompagnateurs enfoncent le clou. Erreur de jugement et de stratégie : le rapport est à charge et démontre que la situation des travailleurs congolais est ni plus ni moins esclavagiste. Les auteurs ont observé, interrogé et surtout relaté ce qu’ils découvrent de la situation des femmes de travailleurs prises en otage et emprisonnées, de l’impôt en nature qui leur est imposées de façon illégale, des corruptions, de la maltraitance généralisée ou du silence complice des autorités locales… Bref, des situations scandaleuses en cascade ! Le récit est passionnant, mais rendu d’autant plus touchant qu’il s’agit pour Brazza de son dernier voyage, l’explorateur décédant à Dakar à la suite de ce séjour.

Vincent Bailly, dans un style très jeté, très esquissé, admirablement mis en couleurs, ne peaufine pas, comme à la manière d’un carnet de voyage. Les postures, les visages, les paysages forestiers et fluviaux aquarellés par touches, semblent venus naturellement sous le crayon comme autant d’instantanés graphiques. A noter enfin en postface un dossier d’une quinzaine de pages détaillant les sources et donnant la parole à l’historienne, Catherine Coquery-Vildrovitch, et à son éditeur Dominique Bellec, interrogés par Tristan Thil, le scénariste de l’album.

Didier QUELLA-GUYOT  ([L@BD-> http://9990045v.esidoc.fr/] et sur Facebook).

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« Congo 1905 » par Vincent Bailly et Tristan Thil (Futuropolis)

Éditions Futuropolis (20 €) – ISBN : 978-2-7548-1664-9

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