« Dept. H T1 : Meurtre en grande profondeur » par Matt Kindt

Où l’on retrouve Matt Kindt, l’un des plus talentueux scénaristes américains actuels, aux côtés de sa femme, aquarelliste inspirée, pour la première partie d’un thriller aquatique fantastique, séduisant et prometteur…

Dept. H est une station scientifique située à 9000 m de profondeur. Elle est dirigée par le professeur Hari Hardy. Bien que celle-ci soit hyper sécurisée, un incident est intervenu, apportant la mort au vieux chercheur. Sa fille vient perturber la vie bien arrangée de l’équipe, afin d’enquêter.

Mia est une jeune femme perspicace et possédant une mémoire imposante, mais presque maladive, La base dans laquelle elle débarque est sabotée. Faisant rapidement connaissance avec les cinq hommes et la seule femme à bord, elle va devoir jouer contre la montre afin de repérer et préserver le peu d’indices restants, avant que la base ne soit entièrement submergée. Lors d’une sortie de sauvetage d’un de ses collègues, resté coincé plus bas, elle va découvrir d’étranges créatures communiquant en reproduisant des sons humains…

Matt Kindt et son dessin à l’encrage fin si particulier, facilement reconnaissable, toujours mis en valeur par une colorisation éthérée, à l’aquarelle, est bien connu des lecteurs de BDzoom.com. On a eu l’occasion de dire tout le bien que l’on pense de cet artiste, très proche, esthétiquement parlant, de son homologue Jeff Lemire. Dans cet album, c’est sa femme Sharlene qui est en charge de ce travail de colorisation, encore plus exceptionnel et adapté cette fois-ci, puisque mettant particulièrement en valeur le scénario « aquatique » de son mari, par les effets naturels permis par la technique à base d’eau. Etonnant comme ce mélange, pouvant faire penser au premier abord à un travail de jeune premier aux arts graphiques, et si différent des standards de beaucoup de bandes dessinées repérées comme des modèles de technique, peut s’avérer si émouvant. Il faut dire qu’il s’appuie sur un scénario toujours très structuré et bien écrit, où la poésie et l’aspect cinématographique, dans ce qu’il a de plus humain comme tonalité, sont toujours convoqués.On rentre avec Mia dans « Dept. H », un peu comme Ripley/Sigourney Weaver dans le film « Alien » : avec un peu de pression, dans les deux sens du terme. Si le rapport avec l’espace est donné dès les premières pages du récit, puisque l’équipe était aussi présente, précédemment pour partie, dans une station orbitale, ce n’est pas le seul élément de comparaison. L’angoisse s’installe doucement mais sûrement, dans un espace confiné, où le danger plane et où chaque personne peut s’avérer dangereuse. D’autres éléments extérieurs cependant, moins connus, apportent aussi leur lot de suspens…

Cette histoire, publiée entre 2016 et mars 2018 en 24 comics totalisant 700 pages, sera publié en quatre volumes cartonnés par Futuropolis, d’ici avril 2019. Ce premier volume contient un carnet de croquis de neuf pages. Parions que l’on tient là un futur classique de comics d’auteur.

Franck GUIGUE

« Dept. H T1 : Meurtre en grande profondeur » par Matt Kindt et Sharlene Kindt
Éditions Futuropolis (22 €) – ISBN : 9782754822220

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