« L’Homme de l’année T13 : 1888 » par Benjamin Blasco-Martinez et Céka

En 1888, Londres bascule dans l’horreur avec le violent assassinat de plusieurs prostituées dans le district de Whitechapel. Scotland Yard échouera à arrêter le plus célèbre tueur en série de l’ère victorienne… Plus d’un siècle après l’affaire, un châle maculé de traces ADN peut-il encore révéler l’identité du fameux Jack l’Éventreur ?

Une châle ambiance ! (planches 1 et 3 - Delcourt 2018)

Débutée en janvier 2013 avec le soldat inconnu et l’année « 1917 » (cf. notre article), la série conceptuelle « L’Homme de l’année » entend mettre en lumière des anonymes ayant pourtant eu une influence décisive sur les grands événements historiques. Concernant l’affaire de 1888, rappelons que le nombre élevé d’agressions contre des femmes miséreuses dans l’East End à cette période ne permet pas d’établir avec certitude combien de personnes furent assassinées par un seul tueur. Pas moins de onze meurtres (commis du 3 avril 1888 au 13 février 1891), firent l’objet d’une enquête du Metropolitan Police Service qui les regroupa dans un dossier appelé « Whitechapel Murders ». Parmi ceux-ci, les cinq canoniques seraient le fait d’un tueur unique : le modus operandi de Jack l’Éventreur se distingue par de profondes balafres à la gorge, des mutilations à l’abdomen et aux parties génitales, le prélèvement d’organes internes et des mutilations faciales. Au moins cent suspects furent proposés, dont le peintre Walter Sickert, le duc de Clarence, l’escroc russe Michael Ostrog, le médecin avorteur Thomas Neill Cream… ou l’assassin George Chapman ! Mais aucun de ces noms ne sera retenu comme déterminant par un nombre significatif d’experts, ce malgré des débats, thèses et recherches approfondies.

Le serial killer du siècle (planche 4 - Delcourt 2018)

Un canevas morbide

En couverture, respectant toujours la charte de la série (une silhouette en pied plantée dans un décor connotant un thème et une époque), Nicolas Siner a représenté un homme en haut de forme, tenant un couteau dans une ruelle londonienne sombre, crasseuse et désertée. Au sol, son reflet sur les pavés s’est transformé en une mare de sang. Sur les murs, plusieurs unes de quotidiens évoquent le fait que cette affaire fut la première à recevoir une intensive couverture médiatique, y compris à l’internationale. Notons que ce visuel rejoint l’hypothèse la plus couramment répandue sur le tueur : un homme éduqué, appartenant à une classe sociale aisée (médecin ou aristocrate), qui s’aventure dans les bas fonds à la manière d’un monstre ou d’un prédateur hors normes…

Des crimes qui font la une du Illustrated Police News en 1888

Extrait du film « From Hell » (2001) d'Albert et Allen Hugues

Parmi les différentes thèses et pistes criminelles proposées, le scénariste Céka a opté dès les premières pages de l’album pour celle désignant Aaron Kosminski. Ce Juif polonais, rescapé des pogroms russe et arrivé en Angleterre avec sa famille en 1882, exercera comme barbier à Whitechapel avant d’être interné à l’asile de Colney Hatch en 1891. L’intrigue use également d’une enquête relancée entre 2007 et 2014 autour d’un châle qui aurait été trouvé auprès d’une des victimes de Jack l’Éventreur (Catherine Eddowes, quatrième victime du serial killer, assassinée le 30 septembre 1888), et comportant de potentielles empreintes génétiques du suspect (hypothèse qui sera démentie). De fait, les lecteurs pourront comparer cet intriguant album avec quelques précédentes tentatives : « Peter Pan » de Loisel (1990 à 2004), « From Hell » d’Alan Moore et Eddie Campbell (2000) ou « Jack l’Éventreur « de François Debois et Jean-Charles Poupard (2012-2013). Des œuvres qui ne sont heureusement pas à couteaux tirés !

Rough conceptuel par Frédéric Blanchard pour le visuel de couverture

Dessin pour la couverture finale

Preview du rendu final et modifications

Références pour les décors et les costumes

Philippe TOMBLAINE

« L’Homme de l’année T13 : 1888 » par Benjamin Blasco-Martinez et Céka
Éditions Delcourt (14,95 €) – ISBN : 978-2756085548

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