Interview de Patrick Sobral pour la série « Mythics » : « Il y aura un second cycle »

Alors que la nouvelle série jeunesse « Mythics » venait juste de sortir chez les libraires, Patrick Sobral a délaissé sa table à dessin pour répondre à quelques questions sur ce nouveau projet. Cette fois-ci, il n’est plus le seul capitaine à bord. Il a bien voulu partager avec nous la genèse de cette nouvelle aventure, qui fera l’actualité des éditions Delcourt durant une année entière.

Bonjour Patrick. Tu es partie prenante dans la conception de la série « Mythics », peux-tu nous en dire plus sur sa création ?

Alors ! La toute première personne à l’origine de ce projet, c’est Thierry Joor, le directeur de collection de la section jeunesse des éditions Delcourt. Lors d’une soirée où Patricia Lyfoung, Philippe Ogaki et moi-même étions ensemble, il est venu nous voir et nous a demandé si cela nous intéresserait d’être à l’origine d’un concept de série jeunesse dont on créerait à la fois l’univers, les personnages et les synopsis d’albums. Sans vraiment être plus précis que ça sur la forme que prendrait ensuite la série. Il nous a surtout demandé si cela nous intéresserait de bosser à six mains sur un concept de série. On a immédiatement trouvé l’idée fun, même si on ne mesurait pas encore trop, à ce moment-là, quel serait réellement le rôle de chacun ou la durée du projet. Pourtant, très vite, on a commencé à concevoir ce projet qu’est devenu les « Mythics ». D’ailleurs, il n’y a pas eu 36 versions de la série. Ce que les gens peuvent découvrir à travers le premier tome est très proche des idées que l’on a eues dés le départ, il y a près de deux ans.

Finalement, comment s’est passée la répartition du travail  ?

On a commencé à parler design avant de vraiment parler de l’écriture du scénario. Même si on savait que l’on allait se partager les tâches, afin que chacun ait à peu près la même somme de travail. Donc on a commencé à élaborer le design une fois le concept mis en place. Patricia Lyfoung s’est chargée de créer les six héros de la série, dans la forme qu’ils ont dans la vie de tous les jours. De mon côté, j’avais pour tâche de désigner leurs tenues de « super-héros », chacun devant refléter la nature de leur personnage, puisqu’ils viennent tous d’un pays différent. Philippe Ogaki, de son côté, devait créer les antagonistes, les ennemis que devraient affronter les héros. Toujours en puisant dans la culture populaire de chacun des pays où se déroulent les six aventures.

Après, on a commencé à se répartir les histoires. On a vite défini que, vu qu’il y avait six héros, il y aurait six albums à écrire et dessiner. Comme nous étions trois, on s’est attribué deux personnages chacun pour en écrire le récit. Chacun de nous ayant déjà des affinités avec certains personnages, on ne s’est pas du tout bataillé pour sélectionner qui écrirait quoi. Moi, les deux que j’appréciais intéressaient beaucoup moins les deux autres auteurs : donc, le choix a été très rapide.

Après, est venue l’élaboration elle-même des histoires. C’est là que le projet a commencé à prendre des orientations différentes. Phillippe Ogaki et Patricia Lyfoung ont voulu mener leur scénario jusqu’au bout, et non pas se contenter d’en écrire un synopsis comme ce qui avait été prévu au départ. Alors que moi, a contrario, j’ai voulu laisser mon travail à l’état de synopsis. C’est pourquoi on a demandé de l’aide à Fabien Dalmasso, un autre auteur BD, pour développer mon scénario de manière à le séquencer page par page et case par case, ceci afin de simplifier le travail des dessinateurs dans le découpage de la BD.

Dis-nous en plus sur les deux personnages avec lesquels tu as eu le plus d’affinités.

Alors, il y a Miguel, dont l’histoire se passe au Mexique et Abigail, dont l’histoire se passe en Allemagne. Les deux mythologies qui s’y réfèrent, la mythologie Aztèque pour Miguel et la mythologie nordique pour Abigail étaient celles qui me parlaient le plus pour arriver à concevoir des histoires autour. Cela me parlait bien plus que l’Inde ou la mythologie Egyptienne, par exemple.

Chaque personnage a sa propre mythologie en fonction de son pays d’origine, on l’a bien compris. Mais, étonnamment, aucun personnage ne vient de France  !

En fait, en France, il n’y a pas de mythologie super existante, si je puis dire. À par les dieux gaulois peut être, et encore, je ne me suis pas trop documenté sur le sujet. En plus, il y a déjà une BD extrêmement connue qui exploite ce créneau. En même temps, ce n’est pas très exotique de faire une BD qui se passerait en France. On trouvait cela plus sympa d’explorer la culture contemporaine d’autres pays. Mais également les propres légendes anciennes de chaque région. Cela ne nous a pas effleurés une seconde qu’il aurait pu être intéressant de faire se dérouler une des histoires en France. Ça nous semblait plus exotique et fantaisiste d’aller chercher dans d’autres pays leurs légendes.

Pour la recherche, est-ce que cela a demandé beaucoup de travail  ?

Pas tant que ça. On n’a pas fait de recherches encyclopédiques. Pour chaque mythologie, on a été chercher ce qui nous intéressait, le reste on l’a un peu inventé. Donc, il ne faut absolument pas prendre « Mythics » comme des BD documentaires sur la mythologie mondiale. On a pris beaucoup de liberté sur plusieurs points. Ne serait-ce que d’un point de vue chronologique. Dans « Mythics », il est dit que la mythologie grecque s’est déroulée en même temps que la mythologie égyptienne et la mythologie nordique. Alors que, dans la réalité, plusieurs centaines d’années ont séparé les événements. On a pris ce que l’on voulait afin de le décliner dans l’intérêt de l’histoire. L’important étant de faire quelque chose de fun et de dépaysant et surtout différent dans chacun des tomes. On n’est pas dans la BD documentaire ou historique.

Pourquoi seul Philippe va faire un album de bout en bout  ?

De nous trois, seul Philippe dessinera l’un des albums « Mythics » et, encore, ce n’est pas ce qui était prévu au départ. Cette décision a été prise parce qu’il nous manquait un dessinateur pour le sixième tome. L’éditeur a demandé à Philippe si ça l’intéressait de le faire et il a accepté. Je ne sais pas si ça sera le cas dans un second cycle. Au départ, on ne devait écrire que les pitchs de cette nouvelle saga. Finalement, à part moi, Patricia et Philippe en ont écrit les scénarios. Et finalement Philippe va en dessiner un complet. Donc, c’est vrai que notre implication dans cette série n’est pas celle qui était prévue au tout début. On s’est plus investi qu’on ne le pensait et ce n’est pas sans occasionner quelques problèmes pour tenir les délais dans nos séries respectives.

Du coup, comment avez-vous sélectionné les autres dessinateurs  ?

Philippe et Patricia ont proposé la plupart des noms. Ils ont plus de connaissance que moi dans le milieu de la bande dessinée pour proposer des auteurs. Le seul auquel je tenais vraiment, le connaissant maintenant depuis un certain temps, c’est Jérôme Alquié : lequel fera l’un des deux derniers tomes de la série. Ça faisait un moment que l’idée de travailler avec lui d’une manière ou d’une autre trottait dans ma tête. Je lui avais d’ailleurs proposé à l’époque de dessiner la série des « Légendaires Origines ». J’ai vu cette nouvelle opportunité au travers de la série « Mythics », je lui ai proposé et il a accepté. Et je ne regrette pas, car le travail qu’il a déjà accompli me donne toujours de très bonnes sensations.

Chacun de nous supervisons deux auteurs, donc deux albums. En plus de Jérome Alquié, qui dessine le tome sur Miguel qui se passe au Mexique, je supervise également Dara, auteur d’« Appartement 44 » qui, lui, dessine l’album Abigaïl qui explore la mythologie nordique  : Thor, Asgard, Loki, etc.

J’ai cru comprendre, en revanche, que les couleurs de tous les albums seront réalisées par une seule personne  ?

C’est ça. En dehors de l’album de Jérôme Alquié qui a tenu à faire ses propres couleurs. Sa manière de travailler faisait que lui seul pouvait adapter les couleurs sur son dessin. Tous les autres tomes de la série, pour des raisons d’uniformité, sont confiés à Magali : une jeune coloriste qui fait donc la mise en couleur de tous les albums… sauf un.

Est ce que l’éditeur avait des demandes précises pour la création  ?

Non, on a eu carte blanche dés le départ et le premier concept a quasiment été le bon. Franchement, on n’a pas eu à retravailler la façon dont on voyait la série, le nombre de tomes qu’on voulait ou pouvait faire. Je n’ai pas souvenir de choses qui ont particulièrement posé problème avec l’éditeur durant la conception de la série.

Comment a été imaginée la sortie de la série  ?

Alors, les six tomes sortiront en l’espace d’une année, donc à un rythme d’un nouvel album tous les deux-trois mois. C’était tout l’intérêt d’avoir plusieurs dessinateurs. Cela permettait une sortie très rapprochée. On voulait vraiment qu’il n’y ait pas de pause dans les sorties des albums « Mythics », afin que ce soit l’actualité tout au long de l’année.

Des albums à la sortie très rapprochés et avec des dessinateurs différents, cela ne va pas dérouter les fans  ?

Je ne pense pas que la sortie rapprochée les déroutera ; au contraire, je pense que c’est un plus dans une série jeunesse. Le jeune lectorat, qui n’est pas connu pour sa patience, n’y verra qu’un avantage. Après, le fait que chaque album soit dessiné par quelqu’un de différent, on verra si le changement graphique pose problème aux lecteurs avec la sortie du tome 2 dessiné par Alice Picard. Après, on n’a pas pris non plus les auteurs au hasard, on a pris quand même des auteurs qui avaient des similitudes graphiques qui permettent de ne pas être désarçonné par un changement de style trop radical. Le choix ne s’est pas fait qu’au coup de coeur, ou par connaissance ou amitié. On a vraiment pris des dessinateurs qui apportent leur patte graphique, mais dans une relative continuité.

Du coup, dés le départ il y a eu le concept d’un personnage, un album, un dessinateur  ?

C’est ça. Tout est arrivé à peu près en même temps, à part le choix des auteurs qui s’est fait une fois que l’on avait évidemment bien installé l’univers. J’ai vraiment l’impression que tout s’est fait très vite, le concept, de six héros, un album par héros, avec des histoires qui se passeraient simultanément et a six endroits du globe différent. Ce qui nous a pris plus de temps, c’est d’écrire les histoires à partir de ces concepts-là. Mais les points forts de la série sont venus très rapidement et très naturellement.

Tu évoques une seconde série, cela voudrait dire que ses six albums déboucheront sur une fin ouverte  ?

Alors, il y a une fin ouverte puisqu’il y aura un second cycle des « Mythics ». Mais ce n’est pas le sixième tome qui aura cette fin ouverte. Ce sont les six tomes puisqu’ils se passent tous au même moment. En fin de compte, ils peuvent être lus dans n’importe quel ordre. À part peut être le tome un de Jenny, qui fait office d’introduction, tous les autres peuvent se lire dans l’ordre que l’on veut. Chacun d’eux a donc la même fin ouverte que les cinq autres albums et pourrait être le dernier album avant le second cycle. On voulait vraiment que ce premier cycle soit construit de cette manière-là afin qu’il n’y ait pas une vraie chronologie entre les tomes.

Dans le second cycle, as tu déjà prévu de réaliser un album  ?

Non, normalement, puisque l’on n’y est pas encore, mon implication dans le second cycle sera identique à celle du premier cycle. C’est-à-dire que j’écrirais le synopsis d’un tome qui sera ensuite développé par un scénariste. Encore une fois, je ne souhaite pas m’impliquer dans le scénario jusqu’au bout, parce que je n’ai pas le temps et je ne sais pas séquencer une histoire en termes de page et en termes de cases. Je sais concevoir mes histoires pour moi, mais je ne me vois pas les découper pour les autres.

Cette seconde partie se fera avec le même dessinateurs  ?

On ne sait pas encore qui dessinera quoi. On a des envies, mais comme rien n’est encore calé ni officiel à ce niveau-là, je ne m’étendrais pas plus sur le second cycle si ce n’est pour dire que l’on va l’écrire dans les semaines où les mois qui viennent.

Tu as évoqué des problèmes pour tenir les délais. Est-ce que cette série a réellement eu un impact sur tout travail habituel  ?

Lorsque l’annonce de « Mythics » a été faite sur mon site et les réseaux sociaux, beaucoup de fans se sont inquiétés du fait que si je me lançais dans une nouvelle série, cela allait retarder mon travail sur l’univers des Légendaires. Alors, je rassure les fans, cela n’a pas eu d’impact. Le temps que j’ai passé sur la série « Mythics » à designer ou à écrire des histoires est quelque chose qui a été très dilué ces deux dernières années, même si on a l’impression que tout arrive seulement en ce moment. Et encore une fois, mon implication a été moindre que celle de mes deux collègues. Donc, ça n’a eu et ça n’aura aucun impact sur mon délai de parution de mes tomes et les spin-of des « Légendaires ».

Merci Patrick

Pour en savoir plus sur le premier album de la série, vous pouvez consulter la chronique de Laurent Lessous sur « Les Mythics T1 : Yuko » par Jenny, Philippe Ogaki, Patricia Lyfoung et Patrick Sobral

Gwenaël JACQUET

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