F’murrr : les alpages pleurent leur génie…

F’murrr est mort le 10 avril ! Un lourd silence plane sur les alpages. Adulé par un lectorat post 1968, il a traversé les modes avec talent et discrétion. La bande dessinée perd un auteur sans concession au trait original, à l’imagination débridée et à l’humour décapant.

Né le 31 mars 1946 à Paris, Richard Peyzaret effectue sans grand enthousiasme ses études au Lycée Charlemagne à Paris. Admirateur inconditionnel d’Hergé et de Franquin, il fréquente pendant six ans l’école des Arts appliqués tout en essayant de placer sans grand succès des dessins d’humour dans les journaux. Habitué de l’atelier de Raymond Poïvet, il y rencontre Nortier, Gigi, Dimitri… Et surtout Mandryka qui lui permet de montrer ses dessins à René Goscinny. Ce dernier publie « Contes à rebours » dans Pilote en 1971. Deux ans plus tard, avec l’aide de Guy Vidal, il propose toujours dans Pilote « Le Génie des alpages », sa série emblématique. Entre terre et ciel, Athanase le berger rêveur et son chien gardent les brebis et Romuald le bélier adulé. Dans ce décor propre à la rêverie, de nombreux personnages, passant par les sommets, interviennent au fil de pages où domine un humour absurde et loufoque. Tout aussi ironique, il crée d’autres personnages insolites : Jehanne flanquée d’Attila mais aussi de son fiancé Timofort, fils d’un extra-terrestre, série publiée par (À suivre). Notons encore « Gabriel et Porfirio » dans Circus,  « Robin des boîtes » né dans Fluide glacial... Enfin, « Robin des Pois à Sherwood », son dernier album publié par Dargaud en 2011.

F’murrr (trois « r » et surtout pas un de moins ou de plus, il y tenait) avait horreur de la foule, des honneurs, des flagorneurs. Peu d’amis, mais des amis solides. il parlait peu, mais avait a rancune tenace. Si vous le blessiez, il savait trouver les mots qui vous marquent à jamais. Parlez de F’murrr du côté de Die dans la Drôme, capitale de la transhumance, ses habitants rudes et chaleureux n’auront pas de mots pour en dire tout le bien qu’ils en pensent. Il a réalisé l’affiche de la fête de la transhumance pendant de longues années.

Maniaque jusqu’au plus petit détail, il surveillait d’un œil méfiant la fabrication de ses albums. Malheur au maquettiste qui laisserait passer le plus petit trait ou la couleur qu’il avait demandée.

J’ai eu le plaisir de passer de nombreuses heures en sa compagnie au temps où les jeunes éditions Glénat tenaient bureau et librairie dans le quartier du Marais, dont il était voisin. De longues conversations sur cette bande dessinée qu’il connaissait parfaitement, souvent en compagnie de l’ami Jean Léturgie. Je crois qu’il aimait bien ces moments de détente, au point de m’inviter dans deux planches du « Génie des alpages ». Il m’a offert les originaux. Ils sont encadrés dans le bureau où j’écris ces lignes avec l’émotion que vous imaginez.

Alors que l’on a tendance à rééditer des intégrales d’œuvres pas toujours impérissables, il est scandaleux que l’œuvre de F’murrr et plus particulièrement « Le Génie des alpages » ne soit pas proposée sous cette forme. Et dans une présentation parfaite, si le maquettiste ne veut pas être hanté par son fantôme !  Je crois qu’il a quitté ce monde qu’il n’appréciait pas beaucoup, sans grande illusion sur son futur, en nous laissant ses pages propres à la réflexion.

Henri FILIPPINI

  

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4 réponses à F’murrr : les alpages pleurent leur génie…

  1. FrankG dit :

    Merci Henri pour cet hommage que je guettais avec impatience ;-) Il nous manquera, mais ses albums restent pour nous rappeler son génie « alpin » ;-) , même si effectivement, une intégrale digne de ce nom serait bienvenue.
    Sinon, que sait-on de l’origine de son pseudonyme ?
    Amitié,

    • PATYDOC dit :

      Il l’explique dans un entretien au Figaro littéraire en 2004, extrait lisible en ligne en deux clics

      • FranckG dit :

        Effectivement, merci de ce tuyau. Et il s’agit d’un bon entretien écrit par Olivier DELCROIX. (Rendons à César… ;-)

  2. Ralph dit :

    Bonjour depuis les USA. Un bien bel hommage pour un artiste qui le merite tellement; merci.
    De mon cote je partage sur instagram quelques souvenirs des contacts que j’avais avec F’murrr depuis 1999 sur instagram:
    https://www.instagram.com/courcoison/
    Il va beaucoup me manquer.
    Je le connaissais avant mais uniquement a travers ses publications.
    Je ne suis pas du metier mais je peux confirmer que le maquettiste ou l’editeur ne devait pas se tromper de couleurs. En effet c’est a cause d’un tel probleme en 2002 entre autres qu’il ne participera plus a la fete de la transhumance de Die.
    Les deux epreuves de l’affiche 2002 sont ici:
    https://www.instagram.com/p/BhkY8GmheZA/?taken-by=courcoison
    Cela serait sympa de savoir ou il sera inhume et quand.
    Merci.