Georges Pichard : deux albums fondateurs…

Pour beaucoup de lecteurs le nom de Georges Pichard évoque l’interdit et les plus belles heures de la bande dessinée érotique française. Les éditions Glénat rééditent deux œuvres maîtresses du dessinateur sulfureux, deux albums qui présentent deux facettes d’un auteur qui ne fut pas qu’un pornographe.

Submerman surgit des flots : c’est en janvier 1967, dans le numéro 377 de l’hebdomadaire Pilote, que débutent les aventures aquatiques de Submerman. Le journal ne s’amuse pas encore à réfléchir et son lectorat n’a pas vraiment l’âge de savourer « Blanche Épiphanie », l’autre série qu’animent à la même époque Georges Pichard et son scénariste Jacques Lob dans les pages de V Magazine. Pas de problème pour Pichard qui, depuis plusieurs années, œuvre pour la jeunesse dans Lisette et La Semaine de Suzette. Idem pour le jeune Jacques Lob, qui écrit des histoires pour le catholique Record. 

Submerman règne paisiblement sur le royaume sous-marin de Fonds-Jolis, jusqu’au jour où il croise la route du commandant Goujon qui lui fait découvrir le monde des humains et ses turpitudes. L’occasion de vivre bien des aventures à la fois drôles et dramatiques. La collection 1000 feuilles de Glénat présente les quatre premiers épisodes de 28 pages de cette série, qui permet de découvrir une facette peu connue du futur dessinateur de somptueuses filles de papier. Publiée à l’origine en couleurs dans les pages de Pilote, c’est une version en noir et blanc qui nous est proposée ici (Pichard étant un maître du genre) : la même que celle déjà éditée en deux albums chez Glénat, en 1976 et 1978, dans la collection BDDécouvertes.       

Ulysse ou Homère revisité : leur projet d’adaptation en bande dessinée de l’œuvre d’Homère, commandé en 1968 par le Club Français du Livre, ayant été refusé, Jacques Lob et Georges Pichard se tournent vers le mensuel italien Linus qui en débute la publicationEn France, Georges Wolinski en propose une traduction dans Charlie mensuel, qui prend fin trois ans plus tard dans Phénix. Audacieuse, Vania Beauvais, alors responsable des BD dans France-Soir, publie l’ensemble dans le quotidien en 1974. Il faut dire que si les femmes sont superbement dénudées par un Pichard inspiré qui se (nous) régale, il n’y a rien de scandaleux dans cette adaptation juste audacieuse. Pichard et Lob se connaissent bien, ils travaillent de front sur « Ténébrax », « Blanche Épiphanie » et « Submerman », lorsqu’ils s’attaquent à ce monument fondateur de la littérature.

Le résultat est sublime. « Ulysse » a été publié en deux albums par Dargaud en 1974 et 1975, réédité en un seul volume par Glénat en 1981. C’est cette dernière version que nous propose la collection 1000 feuilles (qui compte déjà à son catalogue « Marie Gabrielle de Saint-Eutrope », « Don Juan » et « La  Perfection chrétienne ») : encore une belle découverte. À quand la publication des nombreux récits complets, pour la plupart inédits en albums, réalisés par Georges Pichard pour la presse magazine ?

Henri FILIPPINI

N.B. Pour en savoir pus sur Pichard et Lob, lire nos « Coins du patrimoine » : Les pornos de Pichard et Les premières BD « osées » de Jacques Lob.

« Les Aventures de Submerman Tome 1 » par Georges Pichard et Jacques Lob

Éditions Glénat (24,50 €) – ISBN : 9 782344 027264

« Ulysse » par Georges Pichard et Jacques Lob [d’après Homère]

Éditions Glénat (24,50 €) – ISBN : 9 782344 028025

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6 réponses à Georges Pichard : deux albums fondateurs…

  1. PATYDOC dit :

    Quand on voit la superbe couverture en couleur de Submerman, on peut regretter que cette réédition ne soit qu’en noir et blanc. De même, Ulysse, qui lui, est un récit déjà souvent réédité, n’aurait-il pas mérité une réédition en couleur?

  2. DAMACIS dit :

    Passe encore pour Ulysse, où, à mon sens, le noir et blanc s’impose (voir les horribles versions couleur de Blanche Epiphanie) mais pour Submerman, je vous rejoins. La réhabilitation de cette superbe série passait évidemment par une réédition couleur. il n’y a qu’à se pencher sur les pages de Pilote (les fonds sous marins, l’esprit pop art…) pour s’en rendre compte. Gageons que cette nouvelle édition ne touchera pas grand monde et subodorons qu’elle doit être enrichie du plus petit des appareils critiques… Que Dupuis rachète les droits et nous concocte une vraie intégrale incluant les merveilleux récits complets parus dans les Pilote Pocket. L’oeuvre de Pichard et Lob le mériterait amplement.

    • PATYDOC dit :

      En effet ; je crois me souvenir que Submerman était en couleur ? Au moins dans les pockets (j’étais à peine né à l’époque, mais déjà le nez dans les BD) ?

      • DAMACIS dit :

        Oui, les épisodes parus dans Pilote Pocket étaient bien en couleur, parfois un peu contestables, mais globalement satisfaisantes, en tous cas en parfaite harmonie avec l’univers des Fonds Jolis… Et dans la plupart de ces récits ((dont une partie a été reprise dans la collection 16/22 sous le titre Mémoires de Submerman) apparaissaient les auteurs eux-mêmes, à savoir le Docteur Lob et le Professeur Pichard…
        Pour en revenir aux deux rééditions Glénat, que je viens de feuilleter, le résultat est en dessous de tout : comment en 2018 se contenter de simples rééditions de piètre qualité (y compris le papier), sans la moindre ligne de rédactionnel, sans éditorial, sans préface, sans images d’archives… bref sans le moindre intérêt.

  3. Henri Khanan dit :

    C’est bizarre, Georges Pichard était en début de carrière gentiment grivois (Ulysse et Submerman en témoignent, comme ses Paulette). En fin de carrière, il est devenu carrément porno-hard. C’est dommage! Ses Marie-Gabrielle chez Glénat et autres BD adultes laissent un profond sentiment de malaise au lecteur qui ne partage pas ses fanfasmes sados. Que de corps féminins torturés!

  4. Box office Story dit :

    Les femmes dessinées par Pichard étaient sublimes.