Un chef-d’œuvre signé Maurice Tillieux

Jijé, Franquin, Morris, Peyo… les années cinquante de l’hebdomadaire Spirou furent riches en génies de la bande dessinée franco-belge naissante. Maurice Tillieux en fut également l’un des plus emblématiques. La superbe réédition de « Marc Jaguar », chef-d’œuvre mort-né dans les pages de Risque-Tout est donc un évènement incontournable pour les lecteurs attachés au patrimoine BD.

Marc Jaguar, jeune photographe employé par nécessité financière par l’agence touristique Leblé fait volontiers preuve de curiosité. Pull à col roulé et lunettes d’intello, il entraîne son ami détective privé jusqu’au lac de l’Homme mort, où les photographes ne semblent pas être les bienvenus. Saint-Ange, homme d’affaire véreux, Mortagne sénateur peu scrupuleux, Pépi l’allumette homme de main qui se découvre une conscience, sont tous prêts à commettre les pires crapuleries pour parvenir à acquérir le bois, riche en uranium, qui entoure le lac. Sur ce thème que certains jugeront mince, Maurice Tillieux construit sa première grande histoire à suivre, qui se révèle passionnante et riche en péripéties. Aventures haletantes, mystère, humour débridé, sont proposés tout au long de pages sublimes au trait parfaitement maîtrisé.

Né en 1921 dans la région de Liège, Maurice Tillieux, qui rêvait de parcourir les océans publie ses premiers dessins fort modestes dans Spirou, en 1940. Après avoir tenté le roman policier, il débute sa carrière de dessinateur à partir de 1944 dans Le Moustique, Bimbo, Jeep, L’Explorateur, Blondine… et surtout Héroïc-Albums où il crée en 1949 son premier grand héros, Félix. Rêvant de faire son entrée dans Spirou, ce sont les portes de leur nouvel enfant, Risque-Tout, que lui ouvrent les éditions Dupuis.

Présent dès le premier numéro (24 novembre 1955) de cet hebdomadaire au format géant, Marc Jaguar enquête sur l’affaire du Lac de l’Homme-mort jusqu’au numéro 42. Une seconde histoire, « Les Camions du diable », débute dans le numéro suivant. Hélas, seules sept planches seront publiées et Risque-Tout, qui n’est pas un succès financier, disparaît avec son numéro 49.

Un album aujourd’hui très recherché par les collectionneurs (200 € au BDM) est édité par Dupuis en 1957. Il sera réédité en 1978 dans la collection Péchés de jeunesse après une publication dans Spirou de septembre 1977 à janvier 1978. Maurice Tillieux s’est tué au volant de sa voiture le 2 février 1978.

La présente réédition permet de savourer ces pages dans des conditions optimales. L’album de 96 pages en couleurs de format 32 x 24 cm présente la réédition du « Lac de l’Homme-mort », mais aussi celle des 8 pages en fac-similé des « Camions du diable » dont la huitième n’avait jusqu’alors été publiée que dans Les Cahiers de la BD, en 1977. Un frontispice imprimé sur beau papier accompagne cette réédition qui réhabilite enfin ce trésor de la bande dessinée. Un dossier signé José-Louis Bocquet présente avec passion cet album, parfaite mise en bouche avant de se lancer dans la lecture de l’intégrale de « Gil Jourdan » en quatre volumes, œuvre maîtresse du génial Maurice Tillieux.

Henri FILIPPINI

« Le Lac de l’Homme-mort » par Maurice Tillieux

Éditions Dupuis (24 €) – ISBN : 978 2 8001 – 5217- 2

Galerie

8 réponses à Un chef-d’œuvre signé Maurice Tillieux

  1. JEAN dit :

    Sauf erreur de ma part, Marc Jaguar est apparu dans Héroïc-albums en 1953 dans le N° 46 avec une premiére histoire: Contrebande en 12 planches. Cette histoire et celle du Lac de l’homme mort sont dans le tome 6 de l’intégrale Gil Jourdan de 1987. Il y a en plus une histoire de Félix: L’affaire des bijoux et une pub pour Camping gaz en 1 planche.
    Concernant: Les camions du diable les 8 PLANCHES SONT PRÈSENTES dans la monographie consacrée à Tillieux: Repéres publiée aux Editions de l’âge d’or en 2004.

  2. Pierre dit :

    Le lac de l’homme mort étant un 46 pages et le Camion du diable faisant 8 pages d’une part et cette édition en comptant 96, est-ce qu’il y a 38 pages de dossiers? ça parait beaucoup?

    • Laurent Turpin dit :

      A propos de l’album Marc Jaguar, j’ai fait une Actu (courte par définition) et non un long texte de la rubrique Patrimoine. Je réponds avec plaisir aux questions :
      - « Félix est né comme je l’indique en 1949 et non en 1953 comme vous semblez le dire. Les Intégrales proposées par Niffle hier puis aujourd’hui par l’Age d’or débutent avec des épisodes plus récents le travail de restauration étant moins important. Espérons que celle en cours ira jusqu’à la reprise des épisodes plus anciens.
      Cet ouvrage compte bien 96 pages et croyez-moi ce n’est pas du remplissage. Le dossier de José-Louis Bocquet et passionnant et richement illustré. Pour 24 euros cet ouvrage ne vole personne.
      Notons l’annonce du prolongement de l’épisode inachevé des « Camions du diable par François Walthéry, Jean-Luc Delvaux et Etienne Borgers. L’album devrait sortir en octobre prochain. Connaissant les problèmes de délais de l’ami François j’avais hésité à signaler cette bonne nouvelle dans mon Actu.
      Voilà, je pense vous avoir répondu…
      Henri Filippini

  3. JEAN dit :

    Merci de bien lire mon texte: J’ai dit Que MARC JAGUAR était né en 1953, je n’ai jamais parlé de Félix!!! Et je n’ai jamais parlé des intégrales de Niffle!!!!
    Il n’y a pas de honte à avouer que l’on ne connaît pas tout ce qui a été publié, c’est même un grande preuve d’objectivité!

    • PATYDOC dit :

      En effet ; vous avez parfaitement raison ; bravo pour votre coup d’œil ! il y a bien dans le tome 6 de « Tout Gil Jourdan », « Contrebande », la première histoire de M. Jaguar, et la seconde histoire « Le lac de l’homme mort », mais pas les 8 pages des « Camions du diable « . Ni M. Filippini ici, ni J-L Bocquet dans son introduction à cette réédition ne sont clairs et précis. Ce n’est pas la première fois qu’on relève des imprécisions, voire des omissions, dans ces dossiers d’introduction, qui manifestement n’ont pas été relus avec toute l’attention nécessaire (une fois de plus, le fameux laisser-aller que rien ne semble devoir arrêter chez Media Participations : par exemple J-L Bocquet évoque « Contrebande » au détour d’une phrase, sans avoir précisé de quoi il s’agissait!). Et bien sûr, aucun rappel de cette réédition de M. Jaguar dans « Tout Gil Jourdan ». Quelle hypocrisie! J’ajoute que le papier un peu jaune de cette réédition ne rend pas la lecture plus aisée (par rapport à celle de « Tout Gil Jourdan ») et qu’ en plus , 7 des 8 pages des « Camions du diable » sont en … Langue flamande !!!

  4. DAMACIS dit :

    Je rebondis sur vos propos et les approuve en grande partie. Cette édition est un brin décevante. L’épisode « Contrebande  » aurait pu, dû, y être intégré. Quant aux dossier d’introduction, effectivement, rien de bien neuf, rien que l’amateur éclairé de Tillieux ne sache déjà. A la décharge de Bocquet, reconnaissons qu’avec les efforts entrepris par Dupuis, l’Elan, L’Age d’or et Maghen, un immense pan de l’œuvre de Tilllieux a été dévoilé et commenté.
    Le choix de l’œuvre restaurée de 1978 me laisse plutôt perplexe. Pourquoi ne pas avoir joué la carte « Archives » à fond et proposer un facsimilé de l’édition originale de 1957 ? Et n’y avait-il pas d’autres documents (planches originales, esquisses…) à proposer ?
    Reste que cette édition de luxe est joliment imprimée et qu’elle permettra à cette série, malgré tout secondaire, de sortir de l’oubli dans lequel elle était naturellement tombée. On attend avec une impatience teintée d’appréhension la conclusion de l’épisode « Les Camions du Diable » que Walthéry nous concocte pour la fin de l’année.

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