Interview d’Etienne Davodeau – Première partie

« Rural ! » est une des meilleures surprises de l’année. Nous avons rencontré l’auteur de cette BD documentaire/reportage pour qu’il nous parle de son album, de cette nouvelle façon de faire de la BD, des gens et de … José Bové (qui préface Rural !)

 

 

 

 

BD ZOOM : Votre nouvel album « Rural !» est une bande dessinée mi « documentaire » mi « reportage ». Comment définissez vous ce style de BD ?

 

ETIENNE DAVODEAU : Je ne sais pas ! Documentaire, oui ; reportage, oui aussi. C’est un mélange des deux. C’est surtout et avant tout  une bande dessinée. Mon idée était d’utiliser la réalité quotidienne et que la BD devienne un outil pour raconter cette réalité. Il n’y a absolument pas de fiction. C’est un reportage ou un documentaire. Parfois l’un, parfois l’autre.

 

 

BD ZOOM : Avez vous l’impression d’être novateur ?

 

E.D. : Ce serait très exagéré. Le genre est très peu utilisé, c’est vrai, mais des gens comme Jo Sacco ou Blutch et Menu y ont déjà touché. C’est extrêmement minoritaire car la BD sert généralement à raconter des histoires de fiction, et cherche aussi souvent à se mettre en rupture par rapport à la réalité. On crée des mondes imaginaires, on va sur des planètes lointaines … La BD est assez peu utilisée pour parler du monde réel. 

 

 

BD ZOOM : Mais au delà des aspects quelquefois autobiographiques que l’on retrouve effectivement dans certains albums, le votre se démarque par la façon dont est traité le sujet, sorte d’interview en longueur …

 

ETIENNE DAVODEAU : Il y a des interviews, c’est vrai. J’ai observé des gens, je les ai accompagné, je leur ai posé des questions. J’ai raconté des histoires de gens que je rencontrais. Je les ai interviewé, c’est vrai, mais j’ai également observé leur mode de vie et leur travail.

 

 

BD ZOOM : Comment avez vous procédé avec eux ?

 

ETIENNE DAVODEAU : J’ai rencontré les personnes que je souhaitais intégrer dans le livre et je leur ai proposé de me laisser les regarder travailler et les interviewer, en contrepartie de quoi je leur soumettais mes pages pour vérifier d’une part que je ne disais pas de bêtises et d’autre part que je ne trahissais pas leur discours. Par contre, il était convenu qu’ils n’avaient aucun droit de regard sur mes propres commentaires. La plupart des gens à qui j’ai fait cette proposition ont accepté. Certains ont démissionné en cours de route, ils ne figurent donc pas dans le livre. Tout s’est bien passé car ce principe me permettait d’être sur de ce que je couchais sur le papier.

 

 

BD ZOOM : Le récit est double : d’un coté la vie quotidienne d’agriculteurs et de l’autre la campagne perturbée par la construction d’une autoroute …

 

ETIENNE DAVODEAU : Oui, c’est ça, c’est pour ça que je parlais de documentaire et de reportage. J’ai passé un an complet dans la ferme dont je parle pour connaître tout le cycle d’exploitation. Pour moi, cette partie est documentaire car je montre et j’explique de façon presque didactique comment ces paysans travaillent, font leur semis, comment se passe un vêlage, la traite, etc …La partie reportage concerne quelque chose qui est plus de leur actualité que de leur routine, à savoir le fait que cette ferme, au moment du passage de sa production en « bio », se retrouve coupée en deux par une autoroute.

 

 

BD ZOOM : Cet événement à une influence sur ces paysans mais également sur tous les autres habitants de la région. Car « Rural ! » est l’histoire de tous les campagnards …

 

ETIENNE DAVODEAU : C’est pour cela que j’ai appelé ce livre « Rural ! ». Il ne concerne pas seulement le monde agricole mais tous les gens qui vivent à cet endroit. Ca raconte également la vie d’une famille expropriée, d’un village maintenant frôlé par une autoroute d’un coté et une route nationale de l’autre. Ca raconte encore la position des hommes politiques de la région, que j’ai rencontré, face à ce tracé d’autoroute. C’est aussi une enquête.

 

 

BD ZOOM : N’avez vous pas peur de paraître trop didactique dans votre explication du travail de la ferme ?

 

ETIENNE DAVODEAU : Mon projet était aussi d’expliquer au gens comment vivent et travaillent les paysans aujourd’hui. Leur image actuelle, de gros cons qui déversent des tonnes de lisier devant les préfectures, présentée dans les mEtienne Davodeauias, ne me convient pas. Il n’y a pas que des gens comme ça. Mon idée était de montrer d’autres paysasn, qui réfléchissent à leurs actes, à leur travail et qui essaye de faire ce travail en étant en accord avec leur conception des choses.

 

 

BD ZOOM : Quelle est votre ambition à travers ce style de récit ?

 

ETIENNE DAVODEAU : Il y en a plusieurs. Tout d’abord j’ai eu envie d’utiliser la BD plus qu’elle ne l’est. J’ai l’impression qu’on la sous-estime et qu’on la sous-utilise. Moi , la BD m’intéresse beaucoup. C’est l’essentiel de mon existence puis que je passe ma vie à en faire. Or j’ai l’impression qu’on la limite et qu’elle mérite mieux. C’est une humble et modeste tentative de proposer une alternative à la façon dont elle est aujourd’hui utilisée. Ensuite, j’aimerais bien ouvrir le petit cercle des gens qui lisent de la bande dessinée. Si ce livre marche, ce sera parce que des personnes qui l’auront acheté auront été intéressées par le sujet, au delà du fait que ce soit une BD.

 

 

BD ZOOM : La BD comme vecteur de communication au sens large ?

 

ETIENNE DAVODEAU : Mais c’est ça la BD ! On la cantonne dans un truc distractif, de fiction, d’évasion … Mais ça peut être autre chose.

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