Jean-Pierre Gourmelen interview 2ème partie

Après ses confidences sur ses activités de scénariste de bande dessinée, Jean-Pierre Gourmelen évoque ici sa jeunesse et nous décrit sans détours sa vie aventureuse de militaire, d’écrivain de romans policiers et… de comédien pour romans photos. A travers ce que nous nommerons une interview-carrière, il est intéressant de suivre ce personnage plein d’humour à travers les indices qui le conduiront finalement à devenir le scénariste bien connu de la série de western Mc Coy.

Yellow Kid : Jean-Pierre Gourmelen, tu es né le 8 janvier 1934 à Paris !?

Jean-Pierre Gourmelen : Dans le 15ème arrondissement. Nous habitions à cette époque dans le 6ème, dans une soupente de la rue de Buci pour être précis. Ce n’est qu’après que nous nous sommes installés dans le 10ème arrondissement, à l’endroit ou j’habite toujours… Au départ, nous n’avions qu’un petit deux pièces avec les toilettes sur le palier, comme beaucoup, et, au fil des années, nous avons acheté les chambres voisines ; d’ailleurs je ne désespère pas d’avoir un jour tout l’immeuble !

 

YK : Quel était le métier de tes parents ?

 

J-PG : Ma mère était vendeuse de vêtements et mon père était dans la police avant la guerre, avec le grade de brigadier je crois. En septembre 1939, il a été mobilisé comme tout le monde puis il s’est retrouvé à Dunkerque  ou il a réussi à s’embarquer pour l’Angleterre. Il y est d’abord resté puis il a été envoyé en Lybie comme commando dans les SAS je crois. Je ne l’ai revu, pour ma part, qu’à la fin de la guerre. Il était aussi parachutiste, ce qui me faisait rêver quand j’étais môme et ça m’a sans doute influencé pour certains choix ultérieurs.

 

YK : Ou a-t-il débarqué lors de la reconquête ?

 

J-PG : En Bretagne je crois. Il faut dire que je ne sais pas grand chose sur toute cette période de sa vie. Il n’aimait pas en parler, par pudeur sans doute. Je sais une chose en tous cas : certains ont participé à la guerre mais lui l’a vraiment faite !

 

YK : Tu as des souvenirs de la guerre ?

 

J-PG : Assez peu. A l’école rue Sambre-et-Meuse dans le X° arrdt; je me souviens qu’en 1944 nous passions une bonne partie de notre temps à la cave à cause des bombardements. Celui de la gare de la Chapelle, nous avait particulièrement impressionné. Je me souviens aussi de celui des Usines Renault, une nuit, de chez nous, comme nous pouvions voir tout Paris,  on avait assisté à l’incendie : des flammes gigantesques montaient vers le ciel, c’était extraordinaire. Je n’ai pas oublié aussi, une fois, le passage de centaines de forteresses volantes et la DCA qui leur tirait dessus. Il est difficile d’imaginer aujourd’hui ce que tout cela pouvait être.

 

J’ai encore un autre souvenir marquant, celui de la libération, ils avaient fait un feu d’artifice tout à fait exceptionnel qui avait duré la nuit entière. Ils avaient utilisé pour ça toutes les réserves de fusées éclairantes, un vrai spectacle magnifique, pas comme celui des femmes tondues et des défilés des résistants de la dernière heure…

 

YK : La guerre se termine donc…

 

J-PG : Auparavant, j’ai ce souvenir de la guerre où nous avions tellement froid qu’on vivait dans la cuisine en brûlant les ordures dans le poêle. Ma mère nous faisait souvent des clafoutis, enfin ce qu’elle appelait des clafoutis, et des rutabagas… mais ce qui était le plus dur c’était le froid ! Ensuite, on pouvait croire la guerre terminée mais pour nous ça n’était qu’une illusion, en réalité elle continuait dans la mesure où il n’y avait rien à bouffer. On a eu des tickets de rationnement jusqu’en 1949 je crois. Une chose encore : je me souviens très bien de la première orange que j’ai mangé. Nous faisions du patin à roulettes sur le boulevard – il faut imaginer les rues de Paris sans voitures – quand un camion américain est passé. Un  soldat nous a jeté une orange, un peu comme à des chiens. Comme on n’avait jamais vu une orange de notre vie, nous nous sommes tous jetés dessus, chacun arrachant un morceau… qu’on a mangé avec la peau ! Evidement on a trouvé ça parfaitement immangeable.

 

YK : Tu lisais des bandes dessinées ?

 

J-PG : Mis à part sergent Garry, je lisais surtout des livres de la bibliothèque verte et des auteurs comme Erckmann-Chatrian et autres classiques comme Alexandre Dumas ou Balzac. Non je n’ai jamais été un grand lecteur de BD dans mon enfance. Une anecdote, Moliterni m’avait prété sa collection de Hurrah, et je l’ai prêté à Maurice Horn qui habitait lui aussi le quartier. Moliterni n’a jamais revu sa collection…

 

YK : Dans toute la période d’après-guerre, vous étiez une sacré bande de copains à vivre dans ce quartier !?

 

J-PG : Ceux qui vivaient à Belleville à cette époque étaient le plus souvent des vrais titis parisiens et nous avons passé cette période de notre enfance à jouer à la guerre dans les immeubles en ruines, et il y en avait beaucoup ! Il faut expliquer qu’à cette époque il n’y avait rien, rien à acheter, rien à vendre… alors il ne nous restait souvent qu’à traîner dans les rues. Chacun vivait dans son village et le nôtre se nommait la place  Sainte-Marthe.

 

YK : As-tu gardé des amis de toute cette période ?

 

J-PG : Le seul qui soit resté un ami est Claude Moliterni, bien qu’immédiatement après la guerre nous ne nous fréquentions pas encore car il était un peu plus agé que moi. Nous n’avions pas les même jeux, lui courrait déjà les filles. Il y en a quelques-uns qui se sont glorieusement sortis de là  par exemple Jean-Pierre Poron qui est devenu comédien

 

Il fallait nous voir avec nos galoches à semelles de bois, nos tabliers et le béret sur la tête…nous avions fière allure ! Toutefois, la chose que nous avions tous particulièrement en commun, c’était la passion du cinéma américain. Pour nous, c’était la représentation du rêve, de l’évasion. Après avoir vu un film, nous en parlions des jours entiers.Ah, Bogart, Edward G. Robinson, James Cagne, Llyod Nolan Ajoutons encore que les hivers de la guerre, les cinémas n’étaient pas chauffés et on était obligé d’y aller, du coup, avec une couverture !

 

YK : Ton père avait été démobilisé entre-temps ?

 

J-PG : Lorsque je l’ai revu, je le considérais à la fois comme un étranger et comme un  héros. J’étais fier comme Artaban, surtout devant mes copains dont les pères avaient généralement été retenus en captivité depuis mai 1940.

 

YK : Nous voilà au début des années cinquante, tu as désormais 16 ans.

 

J-PG : A cette période, nous commençons à sortir et à draguer les filles. On commence aussi à sortir de notre secteur, à descendre vers la République. Nous allons beaucoup au cinéma bien sûr mais notre passion ce sont les bals. J’allais, entre autres endroits, au Massif Central qui se situait du coté de la place Voltaire, ou encore à celui de la rue de Belleville… Puis, petit à petit, on est descendu à Saint-Germain. D’abord on se retrouvait surtout à Saint-Michel, au Capoulade, au Dupont-Latin et dans beaucoup d’autres.

 

YK : Conjointement à cette vie, tu poursuivais tes études ?

 

J-PG : Oui, bien sûr. Certes, j’ai toujours un peu glandé mais tout de même j’ai passé mon brevet, ce qui n’était pas mal en ce temps-là. Je n’ai pas eu mon bac, mais il faut dire qu’à cette époque ceux qui avaient le bac n’était pas légions ! Ensuite, mon père m’a envoyé dans l’école de la rue de la Lune où je suivais des cours pour devenir officier radio-télégraphiste dans la marine marchande. J’ai également passé une capacité de droit. Tout ça m’ennuyait beaucoup, ce que j’aimais déjà surtout c’était la lecture et tout particulièrement ce qui concernait l’histoire et les voyages. C’est tout de même une période où j’ai beaucoup déconné, j’étais à la limite de mal tourner.

 

YK : Nous parvenons à la période du service militaire.

 

J-PG : J’ai devancé l’appel et je me suis engagé à l’âge de 19 ans. Il a même fallu que je fasse émanciper puisque la majorité était à 21 ans. Je me souviens très bien de cette affiche qui proposait l’engagement dans les parachutistes coloniaux et c’est ce que j’ai choisi. Il faut rappeler qu’on ne parlait alors que de Diên Biên Phu, dès octobre 1953. Mis à part cette propagande quotidienne, tout cela représentait l’aventure, le voyage…

 

Je suis donc parti en renfort pour l’Indochine. Nous y sommes allés en avion, ce qui était rare parce que la plupart y allait en bateau. Le voyage a été d’ailleurs épouvantable compte tenu de la distance. Je me souviens des différentes escales :  Le Caire, Aden, Bombay, Singapour, Saigon puis finalement Hanoï.

 

On nous a installé au camp Paoli, la base arrière des parachutistes, nous n’étions que quatre-vingts européens, les autres étant tous des vietnamiens. Toutefois,  je dois préciser que Diên Biên Phu était tombé environ un mois avant, ce qui nous a placé dans une situation un peu bizarre. On a beaucoup glandé mis à part certaines opérations, dont une, je m’en rappelle encore, contre le régiment viêt-minh 238. Après quelques mois, nous sommes finalement retournés en France en bateau. Vers 1955, on m’a envoyé en Algérie, ensuite on a débarqué à Suez – à Port-Fouad – fin octobre 1956, après avoir été longtemps stationné à Chypre dans une base anglaise, le camp X à coté de Pyroi.

 

On nous a ensuite renvoyé en Algérie où nous avons repris les opérations. Je suis rentré en France début 1959, ce qui fait qu’en tout, j’ai tiré cinq ans dans les parachutistes.

 

YK : J’ai le souvenir de t’avoir entendu évoquer des instants particulièrement horribles à propos de l’Algérie, en particulier l’attentat du casino de la Corniche.

 

J-PG : Effectivement, j’étais sergent à ce moment. Nous n’étions pas loin lorsqu’on a entendu une énorme explosion. Le FLN avait mis une bombe sous la maçonnerie de l’orchestre. Il faut dire que toute la jeunesse du coin, ça n’était que des Européens, venait danser là. Arrivés rapidement sur les lieux, on a découvert un véritable carnage : des bras arrachés partout, des flots de sang… ça hurlait ! Je me rappelle, on a sorti une femme sur le couvercle du piano, elle n’avait plus de bras et plus de jambes ! On est resté quelques temps dans le casino, et, un peu plus tard on a même retrouvé la main du pianiste dans le piano. Dans le style « anecdote horrible », je me souviens aussi qu’un foie était resté collé au plafond, c’était vraiment un spectacle horrible. Plus tard, sans doute pour tenter de compenser ces moments épouvantables, des soldats sont descendus dans la cave et j’ai assisté à la plus grande bataille de bouteilles de champagne que l’on peut imaginer, après les avoir décapitées, ils s’arrosaient avec.

 

L’ambiance était vraiment à la psychose, tout le monde vivait dans la hantise des attentats. Un jour, un flic a ouvert une porte de voiture et tout à explosé. On a juste retrouvé les chaussures du type et un peu de viande informe, c’est tout ce qui en restait. Tout cela était effrayant, alors que l’Algérie était un pays magnifique. C’est aussi durant cette période que j’ai su ce qu’était avoir soif, crever de soif ! Quand tu partais en opération, les hélicoptères nous déposaient quelque part, mais ils ne venaient jamais te rechercher, à moins d’être blessé ou mort. Souvent, ils nous déposait sur des pitons inaccessibles, où sans doute personne n’avait jamais mis les pieds, et il fallait redescendre. On parvenait dans des oueds desséchés alors qu’il faisait, l’été, jusqu’à 50°, une chaleur à crever. Et, malgré le fait que nous avions deux gourdes d’eau d’un litre et demi chacune, en bons soiffards on buvait énormément, et je peux te dire que tu n’aurais pas donné une goutte d’eau à ton meilleur ami… Il nous arrivait de boire une vieille eau croupie dans un trou d’eau comme des bêtes. Je me souviens d’une fois, nous venions de laper de l’eau comme je viens de te le décrire puis on a remonté l’oued. Plus haut, on a découvert des cadavres qui pourrissaient dans le cours depuis je ne sais combien de temps… alors que nous avions bu cette flotte ! Eh bien je peux t’affirmer que personne n’a vidé sa gourde ! L’Algérie c’était dur, le crapahut était dur. L’Algérie est un pays de montagnes, il ne faut pas l’oublier. En Kabylie, il neige l’hiver, et beaucoup. Par ailleurs, il pleut énormément et l’été, tu cuits ! Et puis il y avait la chasse aux fels et les combats… beaucoup de gars ont été rapatriés par télégramme.

 

YK : Conjointement à cette période militaire, tu te lances dans l’écriture de romans policiers.

 

J-PG : C’étais, je crois après l’Indochine. Claude et moi avons écrit ensemble un premier roman policier sous le pseudonyme de Karl von Kraft intitulé Espions en blouses blanches, un authentique chef-d’œuvre ! Notre formule de travail était un peu étrange : sur la base d’une vague histoire nous écrivions chacun un chapitre. Puis, tous les samedis, nous nous retrouvions dans un bistrot pour faire les liaisons… n’est-ce pas extraordinaire ! Une fois terminé, on a vendu le bouquin aux Editions Métal qui se situait dans le périmètre où nous habitions dont le patron s’appelait Groetz, un type charmant qui avait fait fortune en Afrique. Sa spécialité était les romans d’espionnage et les romans légers, un peu érotiques. Claude lui avait fait un tel numéro de charme, vantant notre jeunesse, qu’il nous a pris notre manuscrit uniquement pour nous faire plaisir. Ajoutons que Kraft veut dire courgette en allemand, Karl von Courgette, nous étions très fiers de notre trouvaille, alors stupéfaction de notre part quand un copain parlant teuton nous en a fait la remarque ! L’idée n’etait pas mauvaise, car par la suite, et c’est une longue histoire, le script TV livré à Hollywood  écrit par Moliterni et Horn qui avait pris la suite est devenu Men fron UNCLE….

 

YK : Combien en avez-vous écrits ensemble ?

 

J-PG : Simplement deux, alors que Claude , lui, en a écrit une centaine je crois. Le second s’appelait Opération Insulinde et il a été publié aux Editions de l’Arabesque. Galic, Martel , Ferenczi

 

YK : Une fois à Paris, quelles ont été tes activités ?

 

J-PG : J’ai tout d’abord fait la fête sans discontinuer pendant deux mois, au grand désespoir de mes parents. En réalité, j’ai fait la foire pendant au moins deux ans tout en travaillant comme documentaliste dans une agence de photographie qui s’appelait Holmes-Lebel. J’ai aussi dessiné un grand nombre de couvertures pour l’Arabesque. Pour être précis, je prenais une photo que je traitais à la gouache de façon plus ou moins hyperréaliste, ce qui était le top à cette époque. Je suis encore assez content de certaines d’entre elles. J’ai aussi travaillé aussi pour Hachette. Et pour les disques Vox.

 

YK : Il y a aussi la vie au quartier Latin ?

 

J-PG : Oui ! Ca a vraiment été une grande époque. Lorsqu’on prenait une cuite, elle durait un mois ! Elle est restée à ce point mémorable que lorsque tu revois un copain de cette période, il est clair qu’il en reste toujours quelque chose, une amitié… même s’ils sont tous vieux aujourd’hui.

 

YK : Quels sont les endroits que tu fréquentais ?

 

J-PG : Oh, il y avait le Tabou bien sûr, rue Dauphine, La Rose Rouge rue de Rennes, là ou se trouve le cinéma, , le Kentucky,  Le Caveau de la Huchette, Les trois Maillets, La Gentilhommière, La Rhumerie…

 

YK : Tu as collaboré à quelques revues durant cette même période ?

 

J-PG : Oui, Il y avait Bizarre que publiait Jean-Jacques Pauvert. Avec Claude, on lui avait proposé une nouvelle qui lui avait énormément plu, ce qui nous beaucoup flatté compte tenu de la notoriété de la revue. J’ai participé aussi à Edirama, une societé de production de journaux dont l’excellent Espionnage Magazine et encore à quelques autres.

 

YK : Il y avait aussi les disques !

 

J-PG : Absolument ! Toujours avec Claude, il avait son studio d’enregistrement à cette époque, on a fait une grande quantité de disques historiques chez R.C.A. , Vox, Odeon, Festival. . Mon rôle, comédien, j’étais artiste-voix pour être précis. Tous les grands hommes y sont passés de Jeanne d’Arc à Napoléon en passant par Jean Bart, Surcouf. Pour ma part, j’ai incarné Dunois , Talleyrand et je ne sais trop quels maréchaux… je ne me rappelle plus de grand chose pour être honnête.

 

YK : Tu as fait de la figuration photographique !?

 

J-PG : Il s’agissait de romans-photos et toujours avec Moliterni. Je me souviens de l’un d’entre eux d’ailleurs : c’étais une histoire d’amour qui était sensée se passer à bord d’un transatlantique. Le metteur en scène , Claude , bien sûr ! En réalité, on a tourné sur la Seine à bord d’un yacht. Les photos intérieures avaient été prises à bord de ce yacht et on avait récupéré quelques photos aériennes du France pour le reste…

 

YK : Il y a eu également des livres scolaires !?

 

J-PG : Tout à fait ! Il s’agissait de livres scolaires publiés par Hachette, c’était Claude,  l’éditeur. Ces livres étaient destinés aux étudiants étrangers pour apprendre le français. J’ai, à ce propos, une anecdote amusante. Nous étions à Hong-Kong, Claude et moi, dans un restaurant coréen, et, je vois un type sortir de la cuisine. Tout en nous regardant, il rigolait. Evidemment, on s’est demandé qui était cet abruti, puis il s’est approché de nous et on s’est rendu compte qu’il avait un livre à la main Il l’ a ouvert en me montrant, toujours avec un air rigolard. Il nous a alors désigné une photo me représentant en pyjama, au saut du lit, qui disait « Ah ! j’ai passé une bonne nuit » puis, une autre où je m’exclamais sur un marché « ils sont beaux vos poireaux » ou quelque chose comme ça ! Nous lui avons dédicacé le bouquin pour son plus grand bonheur…

 

 YK : Dans les années soixante, tu t’es rapproché du monde de la bande dessinée.

 

 J-PG : Depuis le Club des Bandes Dessinées, Claude me parlait régulièrement de sa passion et de ses activités dans le monde de la BD, mais je crois que mon premier vrai contact avec le milieu a eu lieu à l’occasion de l’exposition 10 millions d’images en la Galerie Française de photographie .La première expo BD au monde.

 

La seconde fois, il me semble que c’était dans le cadre d’une tentative de Claude de créer un musée de la BD dans un ancien cinéma boulevard de Clichy, le Jean-Renoir. Je me souviens qu’on avait du faire des travaux et repeindre les locaux pendant plus de six mois. Lors de l’inauguration, Jean Renoir nous a même fait l’honneur de sa présence A coté, j’allais également à des réunions que Claude organisait au musée des arts décoratifs, puis  dans un café de l’avenue de l’Opéra, au métro Pyramide. J’y ai rencontré des gens formidables comme Robert Gigi, Yves Got, , Druillet, Gotlib,  jusqu’au jour où il y eu la fameuse exposition Bande dessinée et Figuration narrative (1967) au Musée des Arts Décoratifs. A cette époque, je ne m’occupais toujours pas de BD, je m’occupais simplement du bar ! On a alors commencé à faire très régulièrement des soirées un peu partout, entre autres chez Druillet et chez Gotlib. C’est d’ailleurs là que j’ai connu Fred.

 

YK : Puis il y a eu la période de la Convention de la bande dessinée à la Mutualité, à partir du 7 octobre 1972.

 

J-PG : Elles restent un grand souvenir. Je m’occupais de l’entrée et, toujours avec Claude, nous étions obligé d’y rester dormir la nuit pour garder les bouquins. Peu de temps après, il est entré chez Dargaud et c’est là qu’il m’a proposé d’écrire des scénarios de BD.

 

YK : Outre Buzzelli et Palacios, il me semble que tu as travaillé également avec Laurent Vicomte !?

 

J-PG : Effectivement, c’était un tout jeune dessinateur timide qu’aucune maison d’édition ne voulait publier. J’ai eu alors l’idée de proposer à Michel Lieuré, qui s’occupait du département presse  de faire une petite série de gags en un strip avec un personnage appelé Gus en 1977. Il a accepté et c’est passé dans toute la presse quotidienne de province jusqu’au jour ou Vicomte a commencé à travailler sur autre chose. On s’est longtemps perdu de vue mais j’ai eu le plaisir de le revoir récemment au festival de Perros-Guirec, ça a été très agréable. Ce gars là a beaucoup de talent.

 

YK : Il y eu aussi une autre série intitulée Capitaine Chérubin.

 

J-PG : Il s’agissait d’une histoire de pirate et crois que c’était une commande. J’y avais travaillé avec Leguen qui était une ancienne star de chez Vaillant. Cette histoire a été publiée dans le Journal des Pieds-Nikelés J’ai aussi travaillé avec Florenci Clavé et Victor de la Fuente, mais ces boulots n’ont jamais été publiés.

 

YK : Tu entretiens de grandes amitiés avec différents auteurs de BD !

 

J-PG : Bien sûr je connais beaucoup de monde dans le milieu, mais certains sont devenus avec les années de grands complices avec lesquels l’amitié est réellement profonde. Ils ne sont bien entendus pas très nombreux je citerai mon camarade d’enfance et complice Claude Moliterni, Fred, avec lequel j’ai beaucoup d’affinités, le regretté Greg, mais aussi Druillet , Fahrer, Mic-Delinx, Blanc-Dumont…  Avec certains, j’ai fait de la plongée ensemble aux quatre coins du monde, des Maldives à Cuba en passant par les Philippines.

 

YK : Parvenu au XXIème siècle, que penses-tu de la BD ?

 

J-PG : Eh bien… pour être honnête je dirai qu’elle me procure moins de joies. J’ai toujours été un homme d’ambiances et, lorsque je me promène dans les festivals aujourd’hui, je ne retrouve pas les même atmosphères, j’ai le sentiment que les gens du milieu sont devenus trop sérieux, trop carriéristes, la folie a disparu.La BD c’est à nouveau, un métier de solitaire.

 

YK : A propos de folie, il me semble que l’ambiance chez Dargaud à la fin des années soixante-dix et au début des années quatre-vingts était plutôt unique en son genre ?

 

J-PG : Oui, je pense que tu parles des fameux « repas littéraires » qui se tenaient à la Boutarde, un restaurant à Neuilly. Ca n’est pas compliqué, tous les auteurs qui passaient ce jour-là chez Dargaud rue Blaise-Pascal venaient déjeuner. On entrait à table à 13 heures et on en sortait vers 18 heures. Il y avait la brochette des habitués dont Michel Greg, Claude Moliterni, Mic Delinx, Walter Fahrer, Pierre Dupuis, Fred, Patrick Verdin, (le directeur général) et moi-même . La scène se déroulait en général le lundi et nous refaisions le monde jusqu’au moment ou commençaient à défiler les bouteilles de Dom Perignon. J’ajouterai que chacun payait sa bouteille, alors imagine lorsque nous étions une dizaine ou plus… certains vidaient leur coupe dans les plantes vertes. Georges(1) nous roulait peut-être de temps en temps mais on en a profité un peu, je dois le dire ! surtout, que les lundis littéraires sont devenus les semaines littéraires (!) par la suite.

 

C’est comme dans les festivals, les occasions de rigoler étaient nombreuses. Je me souviens d’une fois, à Caen,j’étais avec Nicoulaud, Claude Serres et Fred et on était tombé sur un type avec deux valises qui cherchait la gare. On lui dit « qu’est-ce que tu vas foutre à la gare, viens boire un coup avec nous ». Au bout de la nuit, Nicoulaud dormait dans un coin et on lui avait mis sur le ventre une plaque de défense  des femmes battues et des alcooliques anonymes qu’on avait dévissée de la facade d’un immeuble. De son coté, le mec qui voulait aller à la gare était tombé au milieu de ses valises, ivre mort… rêvant sans doute de son train roulant vers Paris. Quelle soirée ! Comme à chaque fois il se passait quelque chose d’extraordinaire, je dois dire qu’on s’est vraiment bien marré !

 

 

1) Georges Dargaud.

 

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3 réponses à Jean-Pierre Gourmelen interview 2ème partie

  1. adamou dit :

    en 1956 vous etiez au camp x a cote de pyroi a chypre.avez vous photos de cet village?

    adamou,
    chypre

  2. THIERY Jacques dit :

    Salut Baron! Un petit bonjour de ton chef qui t’a retrouvé par hazard car il n’y a pas longtemps que je pratique sur le net. Très sincère amitié du bon vieux temps où nous étions jeunes!

    • salut Baron,
      il y a longtemps que je te cherche,nous avons passé pas mal de temps ensemble sur le 11ème,tu me parlais de Mac coy,j’ai eu l’occasion d’acheter des B.D,je pensais t’avoir au téléphone ,bien
      qu’étant affiché ,le numéro semble faux,peut être à un de ces jours
      salut l’ancien