« La Petite Souriante » par Benoît Springer et Zidrou

Sanguinolent à souhait, ultra-trash et doté d’un humour dévastateur, voilà un thriller horrifique qui vous glacera le sang tout en vous déridant les zygomatiques ! Âmes sensibles (ou pas), ne surtout pas s’abstenir…

« Il y a une morte qui devrait être vivante et une vivante qui devrait être morte. Ça fait un peu désordre, tu ne trouves pas ? » demande Beli, 18 ans à peine, à son amant de beau-père, quand ce dernier tente de la convaincre que, comme convenu entre ces deux diaboliques de pacotille, il a bien « buté la vieille » ! Le problème : la « vieille » est bel et bien vivante. De quoi devenir fou…

La couverture de l’album est suffisamment explicite : on y voit une autruche tenant dans son bec un œil humain! Le ton est donné et si vous ouvrez ce livre, c’est à vos risques et périls ! Et la promesse est bien tenue puisque les premières pages font dans le gore total, avec éclaboussures de sang garanties : on y découvre Josep Pla, éleveur d’autruches depuis 20 ans, massacrer sa femme à coups de masse avant de la jeter au fond d’un puits. Enfin libre, il va pouvoir se la couler douce avec Isabela, sa belle-fille haineuse, qui souhaitait ce meurtre plus que tout au monde. Vous l’avez déjà compris, la suite ne se passera pas du tout comme l’imaginent les deux tourtereaux…

Zidrou, peut-être plus connu du grand public pour ses séries familiales humoristiques (« Tamara », « L’Élève Ducobu »…) s’est clairement imposé, ces dernières années, comme un scénariste réaliste majeur (« Lydie », « Les Beaux Étés », « Emma G. Wildford »…). Déjà associé à Benoît Springer pour « Le Beau Voyage » en 2013 et « L’Indivision » en 2015, il se renouvelle avec ce récit tendance Creepshow ou Tales From The Crypt, n’ayant rien à envier à ses glorieux ainés d’Outre-Atlantique, et que le dessinateur prend visiblement grand plaisir à illustrer.

Son graphisme réaliste à l’expressivité effrayante renforce la laideur et la violence de cette histoire inspirée d’une chanson française créée en 1908 : « Elle était souriante » (1). Rien n’est beau dans cette histoire : ni les personnages principaux, ni les sentiments. Les deux auteurs rendent ce mélange de cruauté, de perversité, de stupidité et de folie, stupéfiant de crédibilité ! Un bijou d’humour noir, qui fait aussi froid dans le dos !

Laurent TURPIN

(1) La chanson raconte l’histoire d’une châtelaine qui prend avec sourire son enlèvement par des romanichels. Agacé par son attitude, ses geôliers lui font subir des supplices mortels, mais retrouve tous les lendemains la jeune femme vivante et souriante. Les lecteurs en retrouveront les paroles au sein d’un cahier graphique de 8 pages proposé en fin d’album. Les plus avisés pourront en écouter la mélodie sur le web.

« La Petite Souriante » par Benoît Springer et Zidrou

Éditions Dupuis (14,50 €) – ISBN : 978-2-8001-6859-3


 

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