Tout ce que vous avez voulu savoir sur le BDM … sans jamais oser le demander …

Interview vérité de Michel Denni, directeur de l’édition et co- auteur du fameux catalogue encyclopédique.

 

B.D.M. (Prononcez « bé – dé – eme » !)… Le nom résonne dans l’esprit de tout collectionneur de bande dessinée comme celui d’une Bible.  L’ouvrage encyclopédique et argus de la bande dessinée, qui paraît tous les deux ans depuis 1979, se vend aujourd’hui à 13000 exemplaires, ce qui, compte tenu de son prix de 295 F, est un succès.

 

Pourtant des voix – disons plutôt des interrogations, voire des critiques, s’élèvent périodiquement à l’encontre du BDM.

 

Nous avons rencontré le Monsieur D. du BDM, Michel Denni, Directeur de l’édition et co-auteur du BDM, gérant des librairies Lutèce, pour faire le point sur quelques idées reçues, en commençant par le commencement et sans éviter les inévitables polémiques.

 

 

 

Yellow Kid : Comment peut-on définir ce qu’est le B.D.M.

 

Michel Denni : Tout est dit dans le titre de l’ouvrage ! B.D.M. n’est que le nom d’usage d’un catalogue encyclopédique et argus de la bande dessinée nommé « Trésors de la Bande Dessinée ». B.D. et M. ne sont que les initiales des auteurs, dont le nom complet apparaît également sur chaque couverture de chaque édition :  Bera, Denni et Mellot !

 

 

 

Yellow Kid : Quelle est l’ambition du B.D.M ?

 

Michel Denni :  En premier lieu, de fournir un recensement exhaustif de l’ensemble de la production BD franco-belge en album depuis ses origines. L’ouvrage le plus ancien répertorié datant de 1829. Cette première partie est déjà très complexe, quand on sait que plus de 1000 nouveautés (et dont la plupart ne seront jamais cotées !) paraissent actuellement chaque année et qu’il se crée de nouveaux éditeurs en permanence. Il faut un réseau d’information très structuré, dont nos lecteurs font évidemment partie.

 

En second lieu, le B.D.M. recense les valeurs de certaines bandes dessinées recherchées par les collectionneurs.

 

 

 

Yellow Kid : A propos de côte, entrons immédiatement dans le vif du sujet et soyons provocateurs : Il paraît que les cotes sont faites par des marchands !

 

Michel Denni : C’est ce qui s’affirmait dernièrement péremptoirement sur un site belge, sans même que les responsables de ce site ait pensé à donner la parole aux trois auteurs du BDM. Je dément bien évidemment formellement.

 

Les cotes sont faites par un collectif de 13 personnes citées en bas de la page 2 du BDM dont 6 sont membres de l’UNECO, association d’expert qui existe depuis novembre 1980.

 

Sur ces 13 personnes, il y a trois libraires français (Michel DENNI, Roland BURET et Pierre DEHAIS), un libraire belge (Thierri GRONDAL), deux bouquinistes parisiens (Jacques BISCEGLIA et Jean-François CACHOT), soit donc 6 marchands sur 13 personnes. Les 7 non marchands sont tous des collectionneurs : Jean Fourié; Philippe Mellot, Jean-Marie-Korber, Jean-Claude Blanc, François Bon, Jean-Marc Dupont, Isabelle Morzadec.

 

 

 

Yellow Kid : Et les auteurs ?

 

Sur les trois auteurs deux sont collectionneurs : Michel Béra qui est un des vice-président de Matra-Hachette, Philippe Mellot qui est journaliste-écrivain. Je suis le seul libraire de bandes dessinées.

 

 

 

Yellow Kid : Mais existe-t-il une autre compagnie d’expert ?

 

Michel Denni :Oui, la CESAR. Alors qu’à l’UNECO nous sommes une trentaine, la CESAR ne possède qu’un seul membre, un marchand qui ne publie d’ailleurs pas ses cotes, contrairement à nous dans le BDM. Ses cotes sont beaucoup plus élevées que celle du BDM (jusqu’à 3 fois). Elles ne me semble pas représenter le marché actuel. D’ailleurs, si ses cotes étaient bonnes, il devrait tout acheter, à la cote du BDM et rafler ainsi tous les stocks des librairies parisiennes, ce qui ne s’est évidemment jamais produit.

 

 

 

Yellow Kid :  Autre remarques entendues régulièrement, les cotes seraient faites à partir des stocks de certains libraires ?

 

Michel Denni : A moins de posséder un hangar gigantesque et d’être apparenté à une voyante comme Mme Soleil, on ne voit pas, même s’il en avait l’intention, comment un libraire pourrait s’y prendre. Ce qui pouvait à la rigueur se supposer dans les débuts du BDM en 1979, il y a 22 ans, quand seulement quelques centaines d’albums cotaient, paraît totalement absurde aujourd’hui. Car des milliers d’albums ont commencé à coter depuis cette époque, plusieurs centaines de nouveaux titres à chaque édition du BDM. Ce serait donc prendre un risque énorme d’immobilisation de capitaux, sans compter encore une fois la superficie des locaux qu’il faudrait pour lancer une telle entreprise.

 

D’ailleurs, les libraires qui participent aux cotes, comme Roland Buret ou moi même, de la Librairie Lutèce ont de petites surfaces d’exposition, le prix du m2 d’un bail à Paris n’étant pas donné. Et ne parlons pas des bouquinistes des quais avec leurs trois boites au bord de la Seine.

 

De plus, ces libraires achètent en permanence à mi-cote du BDM (et même plus lorsqu’il s’agit d’état neuf), les albums cotant au moins 500 F, ce qui ne serait pas le cas s’ils avaient des stocks.

 

 

 

Yellow kid : Mais d’ou vient ce bruit alors ?

 

Michel Denni : En fait, ce bruit malveillant est distillé par une association de marchands en chambre non déclarés ne payant ni charges sociales, ni impôts, association d’ailleurs condamnée en 1998 en correctionnelle pour plagiat envers un des collaborateurs du BDM. Elle publie une sorte de bulletin genre « annonce coquin » qui manipule des collectionneurs d’une naïveté confondante en leur faisant croire qu’elle les protège contre le BDM qui serait tenu par une sorte de mafia, ce qui revient à dire, qu’à chaque édition les auteurs et l’éditeur corrompraient tous les collaborateurs du BDM, plus tout ceux qui sont cités dans les remerciements, soit une bonne centaine de personnes.

 

En plus, affirmer cela revient à prendre les 13.000 lecteurs du BDM pour des pigeons exploités depuis 22 ans par une bande d’escrocs.

 

 

 

Yellow Kid : Oui, mais quand même .. En arriver à coter des albums qui n’étaient même pas recensés dans l’avant dernière édition comme Golden city, ou à s’apercevoir que certaines cotes ont littéralement explosée, comme le premier Lanfeust de Troy ou le premier Troisième Testament. Et il y a beaucoup d’autres exemples …

 

Michel Denni : Il y a trois volets dans  votre question.

 

La réponse au premier volet s’appelle la loi de l’offre et de la demande.

 

En fait, que cela plaise ou pas, nous vivons dans une économie de marché et les cotes des ouvrages du BDM obéissent comme toute marchandise à la loi de l’offre et de la demande.

 

La cote ne dépend pas uniquement de la rareté et encore moins à l’ancienneté. Un ouvrage même très rare ne vaut rien s’il n’est absolument pas recherché.

 

Et la cote dépend encore moins du prix de vente de l’époque d’édition, prix réévalué à celui d’aujourd’hui en tenant compte des différents taux d’inflations comme le pensent encore certains. Comme si le prix d’un Epatant paru à 5 centimes en 1910 avait quelque chose à voir avec sa cote de 25 F soixante ans après en 2001. Il faut vraiment être totalement ignorant sur les mécanismes du marché pour croire cela.

 

 

 

Yellow Kid : Mais là, on parle de BD sorties il y a un an ou deux !!!

 

Michel Denni : C’est la seconde réponse, déclinaison directe de la loi du marché. C’est l’apparition d’une nouvelle génération de collectionneurs, comme il est expliqué dans l’introduction de la nouvelle édition du BDM. Cette génération, sixième que nous recensons, se caractérise par un pouvoir d’achat assez élevé et une volonté de posséder à tout prix. Les cotes s’enflamment donc pour les livres recherchés. Citons en les principales séries « cultes » : Lanfeust de Troy, Aquablue, Julien Boisvert, Les maîtres de l’orge, Le lièvre de Mars, Vortex, Aldebaran, Le troisième testament, La nef des fous, Golden City,…

 

Ce phénomène n’est ni nouveau, ni exceptionnel. Au milieu des années 70, les « Dupuis-Lombard » sont devenus très recherchés alors que jusqu’alors la génération de collectionneurs la plus active était celle dite « de l’âge d’or » (journaux d’avant guerre).

 

 

 

Yellow Kid : On a l’impression que tout cela arrive de but en blanc ?

 

Michel Denni : La réponse à ce troisième point est : « Collectionneur de Bande Dessinée ». Avis aux amateurs pour que tout le monde le sache enfin, Le collectionneur de Bande Dessinée, revue d’étude encyclopédique trimestrielle, dispose d’une rubrique intitulée « L’Echo du BDM », qui fait le point sur l’évolution des cotes et corrige les éventuelles coquilles trouvées dans la dernière édition. Les côtes n’évoluent évidemment pas brusquement tous les deux ans, le marché s’ajuste périodiquement. Si certains libraires se contentent de recopier le BDM, et de faire croire à leur client à une inflation biennale soudaine, c’est leur problème ! Que chacun fasse son métier.

 

 

 

Yellow Kid : En fait, le BDM depuis 18 ans n’a plus de concurrents. Pourquoi s’est-il imposé sur ces concurrents ?

 

Michel Denni : Grâce à sa crédibilité justement. Par le fait qu’il a toujours « collé » au marché. Et nous ne collons pas au marché par éthique, mais parce que nous savions très bien que mentir sur une cote vous revient toujours à la figure. Ne serait-ce que quand, en tant que libraire spécialisé dans l’ancien,  on achète à mi-cote.

 

 

 

Yellow Kid : Vous n’avez pas été toujours le seul argus sur le marché ?

 

Le BDM a d’abord, dès sa naissance, triomphé de son concurrent direct le Guide Horus, guide parisien qui publiait des prix ne tenant aucunement compte de l’offre et de la demande. Dès 1982, Horus déposait son bilan et l’éditeur du BDM le rachetait.

 

Un autre argus a également vu le jour. Son auteur croyait qu’une cote avait quelque chose à voir avec le prix d’origine. Il parvenait ainsi à des chiffres totalement saugrenus avec des décimales. Je me souviens d’une Convention à la Mutualité où cet auteur avait pris un stand et vendait des albums SPE (Pieds Nickelés, Bibi Fricotin, etc.) au prix de « son » argus. Ils étaient marqués 3,40F ; 6,80F ; 12,50F ; etc. En quelques minutes, un marchand avait racheté tout son stock pour venir me le revendre à mi-cote du BDM tout en réalisant un appréciable bénéfice.

 

On n’a alors plus jamais entendu ensuite parler des cotes de cet autre argus. 

 

 

 

Yellow Kid : Le BDM est maintenant sorti depuis 3 mois. Quelles tendances se dégagent aujourd’hui ?

 

Michel Denni : Son succès se confirme. Au 31 décembre 2000, après 5 semaines de parutions, 10.000 exemplaires étaient déjà vendus.

 

Il est vrai qu’avec l’apparition de la 6ème génération de collectionneurs, pas mal de cotes ont évoluées. De plus 1800 nouveaux titres sont parus depuis l’édition précédente 99 / 2000. N’oublions également pas qu’à chaque nouvelle édition, des chapitres thématiques qui intéressent nos lecteurs, complètent le BDM, comme « Pixis et BD » et « Comics d’expression française » cette année.

 

Quant aux cotes, qui ont été tant décriées à la sortie du BDM, elles se confirment, et semblent même quelquefois sous-évaluées . Un exemple : Lanfeust de Troy 1, coté 1200 FF, atteint déjà 1800 FF en vente aux enchères sur iinternet. On l’a même vu proposé à 2500 FF !!

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