« Leda Rafanelli : la Gitane anarchiste » par Sara Colaone, Francesco Satta et Luca de Santis

Il y a des individus qui font de leur vie un voyage incessant, jamais là où on les attend et toujours prêts à se bouger les neurones, pour réfléchir et aller voir plus loin, si on n’y penserait pas mieux. C’est le cas de Leda Rafanelli, une femme étonnante, trépidante, atypique, qui n’a pas les deux pieds dans le même sabot, ni les idéaux dans le même moule…

« Féministe, anarchiste, musulmane, individualiste, femme de lettres, chiromancienne, partisane de l’amour libre, athée, pacifiste, idolâtre… » : c’est ainsi que l’éditeur tente de cerner l’histoire de cette « femme aux mille vies ».  Ce n’est pas simple, en effet, de réduire Leda Rafanelli à deux ou trois qualificatifs.

Née en 1880 à  Pistoia  (en Toscane), Leda disparait après une très longue vie en 1971 à Gênes. C’est d’abord une ouvrière, qui découvre les livres en travaillant comme typographe dans une imprimerie et, on le sait, les livres, ça fait voyager et ça fait réfléchir, d’autant que l’imprimerie publie L’Aurora : un journal socialiste. Petit à petit, Leda devient battante, combattante, engagée, de plus en plus rebelle, envieuse aussi de son frère, qui s’est embarqué et qui vogue quelque part vers l’Afrique ou l’Orient… Installée à Florence, bientôt mariée à l’anarchiste Polli Luigi, Leda découvre les grèves et les rêves, l’écriture aussi qui lui permet de défendre ses idées et d’attaquer les institutions.

Très tôt, Leda voue pour Esméralda, l’héroïne des « Misérables » de Victor Hugo, une admiration sans bornes, car c’est une femme qui sait ce qu’elle veut, qui se bat, une femme qui vit et ne subit pas, une Égyptienne en plus, croit-elle (Victor Hugo, comme il était d’usage à son époque, parle d’Égyptienne pour désigner la Bohémienne alors qu’Esméralda qui ne venait ni d’Égypte, ni de Bohème, bien entendu) ! Leda, à la fin de sa vie, rejoindra son idole par ses activités de diseuse de bonne aventure. En 1910, elle est à Milan, amoureuse – elle a momentanément une aventure avec le jeune Mussolini mais ce qu’il deviendra quelques années plus tard n’est évidemment pas fait pour lui plaire ! -, et « anarchiste individualiste ». Mais l’Égypte reste son obsession, sa « terre d’élection » (« C’est grâce à l’Égypte que je peux rester éveillée toute la nuit pour lire, écrire ») depuis un séjour qu’elle aurait fait à Alexandrie quand elle était jeune et dont on ne sait pas grand-chose finalement…

La dessinatrice Sara Colaone, qui obtint à Lucca, en 2017, le prix de la meilleure dessinatrice pour cet album en noir et blanc, restitue avec élégance cette vie trépidante à fleur de peau. À la fois stylisé et souple, son trait simplifie, caricature mais ajoute aussi beaucoup d’émotion. Son découpage souvent original apporte beaucoup de variété à ces 200 pages parfaitement maitrisées. À noter en fin d’ouvrage, une présentation de « Leda, l’Italie et l’anarchie », complétée de courtes biographies des gens que Leda côtoie peu ou prou et d’une bibliographie.

 Didier QUELLA-GUYOT  ([L@BD-> http://9990045v.esidoc.fr/] et sur Facebook).

http://bdzoom.com/author/didierqg/

« Leda Rafanelli : la Gitane anarchiste » par Sara Colaone, Francesco Satta et Luca de Santis

Éditions Steinkis (20 €) – ISBN : 978-2-36846-173-0

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