« Stranger Case » T1 par Chashiba Katase et Kyô Shirodaira

Si « Stranger Things » cartonne en ce moment, ce manga (« Stranger Case »), même s’il a un nom proche, n’est en rien affilié à la série TV de Netflix. D’ailleurs, il n’y a pas vraiment de « Case » dans le sens uniquement policier et réaliste du terme dans cette série. En revanche, les phénomènes étranges y sont légion et peuvent conduire à la recherche de la vérité, comme dans une enquête traditionnelle. Entrons dans un monde hanté par les esprits et autres fantômes.

Kotoko est une jeune fille spéciale. Elle a besoin d’un suivi hospitalier régulier. C’est là, qu’il y a deux ans, elle a rencontré Kurô, un beau jeune homme qui, elle vient de l’apprendre, est de nouveau célibataire. Lors de leur première rencontre, il lui avait promis de toujours se souvenir d’elle. Malheureusement, après deux longues années, il l’a clairement oubliée. Tenace, Kotoko tient à lui rafraîchir la mémoire et lui annonce de but en blanc « Accepterais-tu de sortir avec moi en vue de m’épouser par la suite ? ». Nullement effrayé par une telle demande, Kurô commence à expliquer les raisons qui l’ont poussé à se séparer de sa fiancée. De son côté, Kotoko se dévoile également et l’on apprend que, si elle est dans cet hôpital, c’est à cause d’un enlèvement survenu l’année de ses onze ans. Capturée par des créatures surnaturelles, ces dernières vont lui demander de devenir leur déesse de la sagesse. Mais bien sûr, obtenir un rang aussi haut a un prix : ce fut la jambe gauche et l’œil droit pour Kotoko ! Le sacrifice de ces parties de son corps fut une offrande permettant « de créer une passerelle entre dieux et humains ou d’engendrer une vestale capable d’entendre des voix divines ».

Kyô Shirodaira est déjà connu en France pour trois autres mangas qu’il a scénarisés : « Vampire Chronicles », « The Civilization Blaster » et « Spiral : les liens du raisonnement ». C’est l’un de ses romans, sorti en 2011, qui est à l’origine de cette histoire. En 2015, c’est à un jeune artiste débutant, Chashiba Katase, que l’éditeur Kodansha a demandé d’adapter le récit en manga. Si la trame générale est bien respectée, c’est le dessin et la narration propre au format BD qui transcende l’œuvre originale. Kotoko, malgré son handicap reste une jeune fille pleine de charme. Même si elle semble hors du temps avec ses habits baroques, son énorme béret blanc et ses bottes à lacets, elle est en phase avec le monde dans lequel elle vit : celui des monstres et autres esprits divins ou démoniaques. Kurô est lui bien plus moderne, avec son sweat à capuche et son attitude passe partout. Pourtant, il cache une nature mystique qui se dévoile à la fin du premier chapitre. Tous deux forment un couple improbable mais au final parfaitement assorti, au vu des événements. Pour une première œuvre, c’est une réussite.

Adapter une telle suite d’histoires paranormales sans tomber dans la facilité et le déjà vu est un chalenge parfaitement relevé avec ce manga. Le découpage scénaristique et la trame générale, alternant les plans larges ou rapprochés et ménageant les moments de tension, génèrent un suspens faisant de la lecture de ce titre un moment prenant. Jouant énormément avec les zones d’ombres, l’auteur arrive à exprimer un monde maléfique, sans que celui-ci ne soit trop horrifique. La noirceur des monstres est dosée à sa juste valeur pour éviter les visions cauchemardesques gratuites tout en dévoilant le côté fantastique de ces mondes parallèles contre lequel les deux héros doivent évidemment lutter.

Si cette histoire débute comme une romance banale, elle sombre très vite dans le fantastique, avec le passé des deux protagonistes principaux. Bien évidemment, afin de préserver notre monde, ils vont devoir lutter contre de nombreux esprits maléfiques. Ainsi vont s’enchaîner des histoires plus étranges les unes que les autres.

Gwenaël JACQUET

« Stranger Case » T1 par Chashiba Katase et Kyô Shirodaira
Édition Pika (7,20 €) – ISBN : 978-2811633066

Kyoko Suiri © Chashiba Katase / Kyo Shirodaira / Kodansha Ltd.

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