Johnny : un journal pour une idole…

Johnny Hallyday vient de nous quitter. La presse, la radio, la télévision nous disent tout sur l’idole disparue. Pas vraiment, puisque personne n’évoque Johnny , l’éphémère journal de bande dessinée portant son nom et publié en 1970 à l’initiative de Jean Tosan, dont nous venons également d’apprendre la disparition.

Au début de 1970, Claude Moliterni m’avait demandé de passer voir un garçon qui préparait un journal de bande dessinée. C’est rue de la Boétie, non loin de l’Olympia, que j’ai rencontré le sympathique Jean Tosan. Musicien (il était saxophoniste de l’orchestre du rocker dans les années 1960) et copain de Johnny Hallyday, c’était aussi un passionné de bande dessinée, grand nostalgique des illustrés de l’âge d’or. Je me souviens d’une imposante machine plantée au milieu d’une pièce de l’appartement qui servait de rédaction et qui, disait-il, devait lui permettre de reproduire les pages des magazines anciens dans les meilleures conditions. Le célèbre chanteur lui avait permis d’utiliser son nom pour le titre du futur journal mais n’y participait ni dans la conception ni financièrement. En compagnie de son associé – un certain Alain Schwartz (présent mais très discret) -, il souhaitait relancer les grands héros de sa jeunesse.

Le premier numéro de l’hebdomadaire est publié en avril 1970 avec ses 24 grandes pages (40,5 x 28,5) dont 16 en couleurs, superbement imprimées. La seule création au sommaire de cette publication (si l’on oublie pudiquement « Sortilèges » de Tosan et Jean Mersant) mettait en scène Johnny Hallyday : « Hud, le Spécialiste », un beau western dessiné par le grand Jijé (inspiré par son fils Philipp du film de Sergio Corbucci « Le Spécialiste ») et dont le chanteur est la vedette (aux cotés deFrançoise Fabian, Sylvie Fennec, Serge Marquand, Galone Moschin…). Les autres bandes dessinées sont toutes dédiées aux grands héros US de l’âge d’or : « Johnny Hazard » de Frank Robbins, « La Petite Annie » de Walsh et McClure, « Le Fantôme » de Falk et Barry, « Alley Oop » de Hamlin, « Le Père Lacloche » de Russel, « Raoul et Gaston » de Liman Young, « Le Roi de la prairie » de Flanders, « Red Barry » de Will Gould, « Agent Secret X9 » de Goodwin et Williamson, « Terres jumelles » de Lebek et McWiliams… et « Prince Vaillant » de Foster en format géant (57 x 40,5 cm).

Ce jour de février 1970, les lecteurs trentenaires nostalgiques de l’âge d’or ont alors versé de chaudes larmes. Hélas, la publication s’interrompt au n° 5, un n° 6 de huit pages sort deux mois plus tard, suivi, pour finir, d’un n° 7 de 16 pages, publié en août. Jijé abandonne au n° 5, me confiant, quelques années plus tard, qu’il n’était plus payé. Johnny est mort faute de lecteurs.

Si Jean Tosan n’est pas attaquable sur la qualité de son journal, on peut cependant en critiquer la démarche. Vendre un magazine sur le nom de Johnny Hallyday sans un seul article sur lui, sans même la moindre allusion, sinon la participation à une BD dont le héros qu’il incarne ne porte pas son nom, était suicidaire. D’autant plus que les fans de l’idole de l’époque n’avaient plus grand chose de commun avec les héros de l’âge d’or.

Johnny demeure néanmoins une étoile filante de la presse BD dont il faut saluer la démarche audacieuse.

Henri FILIPPINI

(1) C’est Michel Denni qui nous a appris la disparition de Jean Tosan à Nice, le 4 novembre dernier.

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Une réponse à Johnny : un journal pour une idole…

  1. Franck dit :

    Encore davantage qu’une étoile filante, on pourrait même qualifier cette publication d’expérience « improbable ». Merci en tous cas de cette mise en lumière. Jijé et Foster en grand format, ça n’est pas rien !