« Sous le ciel de Tokyo » T1 par Seiho Takizawa

L’histoire de la Seconde Guerre mondiale du point de vue japonais n’est absolument pas la même que celle qui peut être vue de France et encore moins des États-Unis. Les amateurs d’aviation connaissent sûrement l’histoire du Zero, l’avion mythique japonais. Hayaho Miyazaky a même consacré un long métrage à son créateur : « Le vent se lève ». Ce n’est donc pas du côté de l’infanterie que ce nouveau récit nous propulse plus d’un demi-siècle en arrière, mais bien du côté de l’aviation avec la vie, romancée, d’un jeune pilote de chasse devenu pilot d’essais.

L’intrigue se situe en 1943, en pleine Seconde Guerre mondiale. Le Japon a déjà bombardé Pearl Harbor et les États-Unis se sont engouffrés dans cette guerre sans précédent. Les avions américains sont désormais tellement sophistiqués que les Japonais ont du mal à suivre les progrès des ingénieurs US. Ils vont donc redoubler d’efforts et changer de stratégie, avec ce que l’on va appeler les kamikazes. Sur cette toile de fond, le récit se focalise sur la vie de Shirakawa, qui vient de prendre un nouveau tournant. Ce pilote de chasse émérite vient, en effet, d’être muté comme pilote d’essai, afin de comprendre les faiblesses des avions japonais et aider les ingénieurs à les corriger. Il revient donc, après une longue absence, à Tokyo où sa femme l’attend. Doté d’un caractère bien trempé, celle-ci occupe une place importante dans l’histoire, qui n’est pas celle d’un seul homme, mais bien d’un couple, dans la capitale nippone, au coeur de ce second conflit mondial.

Écrite et dessinée par Seiho Takizawa, cette série est dans la même veine que ses précédents titres, que nous connaissons en France grâce aux éditions Paquet (1), bien connues des amateurs de belles mécaniques. Cette fois-ci, c’est avec un diptyque qu’il nous emmène dans le monde fascinant de la création des avions de chasse japonais. La plupart du temps, les récits de guerre se focalisent sur un groupe d’hommes, souvent valeureux. Ici, c’est grâce au couple, constitué par les personnages principaux, que l’histoire prend son côté humain. Si le travail de Shirakawa est prenant, il est dans une routine journalière depuis son retour à Tokyo. Sa femme, de son côté sait les dangers qu’elle et son mari courent, mais ne les exprime pas ou peu. Elle sait que Tokyo est une cible probable en cas d’attaque américaine. Pourtant, elle soutient son mari, et surtout vit sa vie d’épouse au maximum. Cette dualité entre l’aviation et la vie familiale confère à l’ensemble sa dimension humaine et réaliste. Et, bien que de pure fiction, ce récit basé sur une documentation riche est d’un réalisme bouleversant.

Arrivé par hasard dans le domaine des aventures aéronautiques, Seiho Takizawa ne se consacre maintenant plus que sur ce sujet. C’est en 1992 que le magazine Model Graphix, une revue de maquettes, lui demande de réaliser une histoire courte sur la Seconde Guerre mondiale. Il choisit arbitrairement le récit d’un pilote de chasse, que les lecteurs français ont d’ailleurs pu découvrir dans « Japanese interceptors 1945 », avec cinq autres histoires courtes de la même veine. Devenu designer industriel à la suite d’études à l’Université Tokyo Zokei, il dispose de la rigueur nécessaire à la réalisation d’un sujet aussi précis et au lectorat exigeant.

Complet en deux seulement volumes, « Sous le ciel de Tokyo » est une épopée émouvante, ponctuée de citations extrêmement bien choisies de Saint-Exupéry. Même si l’avion a, bien évidemment, un rôle primordial à jouer dans le conflit dans lequel vient de s’engager le pays du soleil levant, cette histoire a su placer l’humain au premier plan, ce qui enrichit la narration.

Gwenaël JACQUET

« Sous le ciel de Tokyo » T1 par Seiho Takizawa
Éditions Delcourt (7.99 €) – ISBN : 978-2413000853

(1) « Japanese Interceptors 1945 », « L’As de l’aviation », « Un Cri dans le Ciel Bleu », « 103ème Escadrille de Chasse »

Galerie

Les commentaires sont fermés.