« Mattéo T4 : Quatrième époque (août – septembre 1936) » par Jean-Pierre Gibrat

Poursuivant sa saga relatant la destinée singulière de Mattéo, Jean-Pierre Gibrat raconte l’année 1936 : le long d’un récit où se mêlent le tragique et l’humour, la truculence des personnages et le chaos de la grande Histoire.

Fils d’un anarchiste espagnol disparu en mer, le beau Mattéo sera de toutes les guerres malgré son goût pour la liberté. Recueilli à l’âge de trois ans par une riche famille de la région de Collioure, amoureux de la belle Juliette, il finit par rejoindre les tranchées et découvrir les horreurs de la Première Guerre mondiale. Déserteur, devenu anarchiste nationaliste, il gagne la Russie afin de combattre auprès des révolutionnaires.

En août 1936, il quitte de nouveau Collioure, afin de partir lutter auprès des républicains espagnols contre les fascistes. Fuyant la Gendarmerie française, accompagné par Robert le communiste et Amélie, une belle femme libre et mystérieuse, Mattéo débarque à Barcelone à bord d’une barque remplie d’armes venues d’Italie. Avec une bande de volontaires maladroits armés de pétoires, il est chargé de conquérir Alcétria, alors aux mains des troupes franquistes. Alcétria… le village dont lui parlait son père lorsqu’il était enfant. Il y fait la connaissance de la blonde polonaise Anechka qui devient sa maîtresse. Filant le parfait amour auprès de Mermoza, un aviateur anglais, Amélie disparaît, au grand désespoir de Mattéo, à l’occasion d’un vol de reconnaissance. Alcétria reprise, le riche propriétaire dont ils occupent la maison leur souffle : « Elle est vivante ». À suivre…

C’est sur ce point d’interrogation que se conclut le quatrième volet de la somptueuse saga romantique et révolutionnaire, entreprise en 2008 par Jean-Pierre Gibrat. Pacifiste à la belle gueule, Mattéo sera pourtant au cœur des guerres qui ont secoué l’Europe jusqu’en 1939, année où Jean-Pierre Gibrat situe la fin de son récit. Les protagonistes sont soigneusement campés, avec leurs trognes savoureuses, leurs dégaines pathétiques, leur parler-vrai. Et que dire des dessins au trait sensuel, au réalisme documenté, aux couleurs douces et lumineuses ? À la vue de ce travail impressionnant, on comprend pourquoi il nous faut patienter deux années pour savourer un nouvel album.

Né en 1954, Jean-Pierre Gibrat publie ses premières histoires courtes dans les pages de Pilote, puis propose une série d’ouvrages devenus incontournables : « Goudard » et « La Parisienne » avec Berroyer, « Pinocchia » avec Francis Leroi, suivis par « Le Sursis » et « Le Vol du corbeau » pour la collection Aire libre. Avec François Bourgeon, André Juillard et quelques autres, il est le continuateur d’une bande dessinée réaliste française classique unique en son genre, dont « Mattéo » est un sommet.

Henri FILIPPINI

 « Mattéo T4 : Quatrième époque (août – septembre 1936) » par Jean-Pierre Gibrat

Éditions Futuropolis (17 €) – ISBN : 9 782754 807 432

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