« Je voudrais être tué par une lycéenne » T1 & 2 par Usamaru Furuya

L’autassassinophilie, voilà un mal bien étrange dont est sujet Haruto Higashiyama. Un fantasme qui devrait clairement le mener à sa propre perte, mais attention, pas par n’importe quel moyen : Il veut absolument être tué par une étudiante. Son désir fou prend corps dans ce diptyque rondement mené par Usamaru Furuya : un auteur culte, habitué des sujets torturés.

Quand il a décidé de changer de voie pour devenir professeur, Haruto avait déjà en tête son plan final : être tué par une lycéenne. Son fantasme, des plus étrange, s’est développé au contact d’une jeune fille qu’il a découverte lorsqu’elle avait huit ans : Maho Sasaki. Cette dernière est maintenant une étudiante populaire qui reste pourtant à l’écart de la plupart de ses camarades, car elle sait qu’elle peut avoir un comportement étrange. C’est en fait un dédoublement de personnalité qui apparaît dans les moments de stress intense et qu’elle ne peut refréner. Ses deux seuls vrais amis sont les membres du club d’étude des vestiges de Nikita mis en place par Haruto : Aoi et Yukio. Mais ces deux-là ont également leurs problèmes personnels, la première est victime du syndrome d’asperger et passe ses études recule à l’infirmerie alors que le second, secrètement amoureux de Maho, est prêt à tout, même travailler au-dessus de ses capacités, afin d’être prêt d’elle. Au milieu de tout ça, il y a la psychologue du lycée, Satsuki Fukagawa, qui écoute d’une oreille bienveillante tous ces protagonistes.

Il est intéressant de voir comment les vies de ces cinq personnes se rejoignent et interagissent entre elles. L’histoire ne se focalise pas exclusivement sur ce professeur malade, même s’il est le centre névralgique du groupe et ce qui les rassemble. Dans le premier tome, Usamaru Furuya met petit à petit l’intrigue en place. C’est dans le second tome que l’on comprendra finalement les ficelles tissées par Haruto pour mettre à exécution son plan narcissique. Bien sûr, il ne souhaite pas que Maho soit ensuite accusée de son meurtre, c’est pourquoi il va échafauder un crime, qui selon lui est parfait. Mais va-t-il arriver à ses fins, tel est le suspens développé au sein de cette œuvre ?

À la lecture du premier opus, le lecteur n’a pas encore tous les éléments pour comprendre les agissements de chaque protagoniste impliqué dans cette affaire. Tout s’installe au fur et à mesure des chapitres pour finir en apothéose par des révélations assemblant bout à bout toutes les pièces du puzzle. Habitué des récits aux personnages psychologiquement forts et torturés, Usamaru Furuya l’avait déjà démontré avec ses titres parus chez Imho : « Litchi Hikari Club » et « Palepoli ». Ou ceux publiés chez Casterman : « Le Cercle du suicide », « La Musique de Marie », « Je ne suis pas un homme » et « L’Âge de déraison », des récits aux titres tout aussi directs et évocateurs que « Je voudrais être tué par une lycéenne ». Sans oublier sa série à succès : « Tokyo Magnitude 8 » publié en France chez Panini Manga.

Le caractère dérangeant de « Je voudrais être tué par une lycéenne » est renforcé par un dessin extrêmement réaliste et froid. Les bois, où doit se concrétiser l’assassinat d’Haruto, traité dans un style photographique froid, renforcent encore plus le côté voyeurisme et réel des scènes. Ici, il n’y a pas de caricature, les personnages, bien distincts, semblent réalistes et leurs agissements n’en sont que plus effrayants et consternants. Le lecteur, même s’il n’est pas poussé par des pulsions suicidaires comme Haruto, arrive facilement à rentrer dans son jeu et comprendre son manège. Tout est très clair, même si le schéma du plan diabolique n’est réellement révélé que tardivement.

Avec un tel titre, il est évident que ce manga s’adresse avant tout à des adultes à même de faire la part des choses dans les déviances sexuelles du héros et comprendre son désire de mettre fin à ses jours de manière violente. Néanmoins, ce n’est pas un traité de psychologie et encore moins un récit moralisateur. La trame mise en place par Usamaru Furuya est extrêmement claire et précise sans tomber dans le pathos ou la romance bas de gamme, même si une grande partie du récit repose sur les sentiments des uns et des autres.

« Je voudrais être tué par une lycéenne », est un récit atypique sur le mal être, brillamment mis en scène par un artiste au trait fin et réaliste. Réalisme qui offre une immersion surprenant dans la folie banale d’un groupe de personnages en souffrance. Un récit riche dont on ne sort pas indemne, c’est une évidence.

Gwenaël JACQUET

« Je voudrais être tué par une lycéenne » T1 & 2 par Usamaru Furuya
Éditions Delcourt (7,99 ) – ISBN : 978-2756095691

JOSHIKOSEI NI KOROSARETAI © 2015 by Usamaru FURUYA / SHINCHOSHA Publishing Co., Ltd. / BCF

Galerie

Les commentaires sont fermés.