« El Nakom » T1 par Jeronaton

En 1511, un certain Gonzalo Guerrero, Castillan de son état et conquistador, aborde les côtes caraïbes du Yucatan. Ils sont quelques-uns, avec lui, à avoir réchappé d’un naufrage, mais pas pour longtemps. En face d’eux se dressent des hommes en pleine guerre tribale et ces Blancs émergeant bizarrement habillés de l’océan ne sont pas là pour les rassurer. Face au danger, supprimons le danger ! Guerrero et un prêtre échappent cependant au massacre…

Gonzalo Guerrero n’est pas comme les autres. Intelligent et stratège, il se dit qu’il vaut mieux coopérer que de se faire trucider. Dans un premier temps, il parvient à se sauver d’une mort certaine (un sacrifice traditionnel sur un autel en haut d’une pyramide), puis c’est en aidant un guerrier (royal, tant qu’à faire !) qui l’avait agressé qu’il se lie avec les Mayas. Leur civilisation le fascine, mais il n’est pas insensible non plus après une longue traversée sans femmes aux belles Indiennes nues.

Guerrero découvre une civilisation qui, certes, sacrifie des vierges et des ennemis à qui mieux mieux, mais dotée d’une écriture et d’une incroyable culture. Il apprend la langue, s’approprie les tenues vestimentaires, se familiarise avec les croyances et les divinités ; bref, il fait preuve d’un regard ethnologique et bienveillant, au point d’épouser une fort jolie femme du nom de Zazil-Ha. En préface, Roger Seiter  présente cette « extraordinaire civilisation des Mayas », précisant notamment que nombre de Mexicains d’aujourd’hui, pas moins de 3 millions, se définissent comme Mayas.

Outre le sérieux de la documentation historique (l’auteur part également d’une histoire vraie, mais romancée), ce premier tome du diptyque attire aussi par son auteur et l’attraction difficilement discutable de ses personnages féminins. La préface du second volume reviendra peut-être sur sa carrière. Né en Belgique en 1942, Jean Torton, alias Jeronaton, n’a jamais cessé de se passionner pour les civilisations disparues : égyptiennes, précolombiennes et autres. Ayant consacré son temps depuis quelques années à l’illustration (décors de dessins animés ou la série « Les Voyages d’Alix » chez Casterman), puis à des albums didactiques (« Fresque biblique » au Lombard ou biographie de Napoléon Bonaparte en quatre tomes chez Casterman…), « El Nakom » constitue bel et bien un retour à la bande dessinée romanesque, puisque depuis sa « Princesse Maya » (réalisée en 3D chez Albin Michel, en 2003), Jeronaton n’avait pas signé d’album sous ce nom.

Revenons à son dessin, car il y a chez Jeronaton un sens de la plastique du corps humain difficilement discutable. Son traitement de la couleur donne en effet un relief étonnant aux musculatures masculines et aux rondeurs féminines. Il joue ainsi avec habileté de ses nus aux poses suggestives (la préface en révèle quelques-uns), qui compensent aisément ses scènes d’action toujours un peu statiques. Enfin, son inlassable souci de reconstituer au mieux les architectures d’antan fait incontestablement voyager le lecteur dans des décors teintés d’un hyperréalisme certain.

Didier QUELLA-GUYOT  ([L@BD-> http://9990045v.esidoc.fr/] et sur Facebook).

http://bdzoom.com/author/didierqg/

« El Nakom » T1 par Jeronaton

Éditions du Long Bec (15,50 €) – ISBN : 979-10-92499-53-7

* Pour info, précédemment, Jeronaton avait déjà mis plusieurs fois en images la vie de Gonzalo Guerrero dans hebdomadaire Tintin :

— en 1964, dans un récit complet de quatre pages (« Guerrero le défenseur des Mayas »),

— en 1971 et en 1972, dans deux longues histoires intitulées « Les Conquérants du Mexique » et « Cortez à Mexico » (scénarios de Jean-Luc Vernal, alias Laymilie), reprises dans l’album « Guerrero, la flèche et le feu » publié aux éditions Le Lombard en 1991, dans la collection Histoires de l’Histoire.

Compléments : Gilles Ratier.

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