« Variations » : Blutch rejoue ses trente coups de cœur !

Le Grand Prix de la ville d’Angoulême 2009 a sélectionné certaines des bandes dessinées qu’il a aimées, pour les réinterpréter avec subtilité et « les rejouer un peu à la manière du musicien de jazz reprenant un standard », comme il l’explique dans la préface de son dernier – et inclassable – ouvrage.

Né à Strasbourg le 27 décembre 1967, Christian Hincker, alias Blutch, obtient un diplôme d’illustrateur après avoir suivi des études aux arts décoratifs de sa ville natale. Publié dès 1988 dans Fluide glacial, où il réalise notamment « Mademoiselle Sunnymoon », « Rancho Bravo » et « Blotch », il multiplie en parallèle les expériences narratives et graphiques audacieuses pour finir par ne se consacrer qu’à la réalisation d’œuvres inclassables où, sans cesse, il cherche à reculer ses limites. « Péplum », « Vitesse moderne », « Lune à l’envers », « Pour en finir avec le cinéma »… en témoignent, quitte à dérouter parfois certains lecteurs fidèles.Cinquantenaire, il se tourne vers ses souvenirs de lecteur de bandes dessinées, sans oublier les plus classiques dont il savoure toujours le parfum de la nostalgie. Son pseudonyme de bande dessinée n’est-il pas d’ailleurs lié au caporal teigneux des « Tuniques bleues » ? Après avoir sélectionné les passages qui l’ont ému au cours de sa vie de lecteur, il s’empare du texte sans en changer une virgule et en propose sa propre version graphique, tout en bousculant la mise en page. Sans début ni fin, ces hommages, réalisés avec humour et humilité, témoignent de sa passion pour le 9e art. Sans jamais chercher à ridiculiser les classiques, bien au contraire, il magnifie l’œuvre originale. De Pellos (le plus ancien) à Goossens (le plus jeune), il dessine, à sa manière, une formidable déclaration d’amour à ces auteurs qui l’ont enchanté.Ainsi, peut-on trouver l’ultime combat d’« Angel Face » qui se transforme en un face à face entre deux furies, la chaude séquence (pour l’époque) entre Barbarella et Aiktor, la superbe interprétation des Pieds nickelés chez les bourgeois, inspirée par « Les Pieds nickelés ne veulent pas se faire rouler », l’étonnante mise en page des débuts d’« Achille Talon et le mystère de l’homme à deux têtes », le clin d’œil à « La Planète des singes » pour « L’Étoile endormie » (« Les Naufragés du temps » de Gillon et Forest)…

Les auteurs estampillés réalistes, Hermann, Crépax, Forest (deux fois), Jacobs, Cuvelier, Jijé, Mézières, Tardi, Manara, Alexis, Martin, Giraud, Buzzelli… cohabitent harmonieusement avec les plus humoristiques : Franquin, Lauzier, Lambil, Pétillon, Bretécher, Fred, Greg, Morris… Certains styles ont été réinventés, d’autres simplifiés, d’autres encore bousculés, au gré des envies d’un chef d’orchestre maîtrisant parfaitement son art. Tout est empreint de surréalisme tout au long de ces pages improbables aux noirs et blancs sublimes.Suprême plaisir pour le lecteur : rechercher les passages réinterprétés par Blutch dans les albums d’origine et se laisser emporter par son amour du dessin.

Signalons enfin que l’album de grand format (38 cm x 28 cm) au dos toilé est superbe, l’impression soignée et le papier de qualité.

Une exposition vente des planches originales, mais aussi de dessins inédits en hommage aux héros de la bande dessinée, est proposée du jeudi 9 novembre au samedi 9 décembre à la Galerie Barbier-Mathon, 10 rue Choron, 75009 Paris.

 Henri FILIPPINI

 « Variations » par Blutch

Éditions Dargaud (29,99 €) — ISBN : 9 782 205 063 592

Galerie

2 réponses à « Variations » : Blutch rejoue ses trente coups de cœur !

  1. Capitaine Kérosène dit :

    C’est ultra référencé comme album !
    Il aurait été tout de même intelligent de montrer la page qui a servi de modèle, même reproduite en petit, car au-delà du dessin, j’imagine qu’une grande part du plaisir vient de la comparaison et de la réinterprétation effectuée par Blutch de l’œuvre originale. Mais ce n’est apparemment pas le cas.
    Du coup, la démarche me semble perdre beaucoup de son sel. Par ailleurs, 30€ pour 64 pages en noir et blanc, ça demande aussi réflexion, même si le livre se présente sous une forme luxueuse.
    J’adore Blutch mais je suis réservé sur ce livre.

  2. Capitaine Kérosène dit :

    En fait, c’est 32 pages pour 30 €. Les planches sont reproduites une page sur deux avec une page blanche en face, parfois accompagnée de deux lignes de texte.
    Du coup, la question de l’achat ou non ne se pose plus pour moi.

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