« Le Nouveau Monde T1 : L’Épée du conquistador » par Xavier Coyère, François Armanet et Jean Helpert

Au crépuscule de sa vie, le prêtre Marcos raconte l’incroyable périple vécu en 1538, dix-huit ans après la prise sanglante de la capitale aztèque Tenochtitlan par Cortès. Allié à Esteban, un ancien esclave maure devenu un guerrier réputé, et à la princesse Isabel, fille de l’empereur vaincu Moctezuma désireuse de fuir un époux cruel, Marcos est chargé de découvrir Cibola, l’une des mythiques cités d’or ! Entre western épique et aventure historique, ce premier opus sans temps morts inaugure un diptyque truffé de références…

En lisant ce premier opus, comment ne pas songer en effet tant aux épisodes de « Zorro » et « Thorgal » (pour le traitement graphique), qu’à ceux de « Barbe-Rouge » (citons « L’Or maudit de Huacapac », 23e tome paru en 1984) et aux « Mystérieuses Cités d’or », à « Pocahontas » (studios Disney, 1995) ou, encore, au « Nom de la Rose » (Jean-Jacques Annaud, 1986). Lancé aux trousses de nos héros aventuriers devenus fuyards, le comte Nuno de Guzman est l’un de ces méchants que les lecteurs adoreront haïr, sans que la psychologie de l’ensemble des personnages n’est à pâtir de ce scénario pour le moins manichéen.

Une longue vie de prières, et un monde en guerre : planches 1 et 2 (Dargaud 2017)

Carte de l'empire aztèque et reconstitution de la ville de Tenochtitlan

Sur le superbe visuel de couverture, le Nouveau Monde se dévoile sous un rapport ambigu et symbolique : l’œil sera d’abord attiré par la grande perspective du plan en damier de Mexico-Tenochtitlan. Construite sur une île du lac Texcoco, la ville regroupait environ 200 000 habitants autour du Templo Mayor, la grande pyramide à degrés servant de centre cérémoniel. Détruit au XVIe siècle, ce centre névralgique ne sera redécouvert qu’en 1978. La vue en plongée permet d’observer à loisir les longues avenues, les bâtiments et les canaux de cette ville reliée au continent par des chaussées. Une grande partie de cette ville sera détruite en 1521 par les conquistadors espagnols, lesquels fondèrent Mexico, élue capitale de la vice-royauté de Nouvelle-Espagne. De conquête, il est naturellement question à la vue du cavalier surplombant le paysage : à première vue, et qu’il s’agisse de Cortès en personne ou d’un soldat plus anonyme, on devine ses ambitions. Envahir la ville, contrôler les voies de communication et s’enrichir en trouvant le légendaire trésor aztèque, auquel la couleur dorée et cuivrée du paysage pourra également faire songer. Par connaissance du scénario de ce premier volume, l’on comprendra dans un second temps que ce cavalier n’est autre que le Maure Esteban. Dès lors, l’ambiguïté de la lecture analytique devient significative : l’homme est il un assaillant ou un protecteur de la cité ? Espagnol en apparence mais esclave dans les faits, ne rêve-t-il pas plutôt de liberté et d’aventure ? C’est en tout cas ce que semble suggérer sa silhouette se détachant en contre-plongée dans les cieux, bien loin donc du carcan urbanistique imposé par le régime hippodamien.

De l'or et des rêves... (planche 7 - Dargaud 2017)

Dans le titre, les termes Nouveau Monde ou Épée du conquistador traduisent habilement l’émerveillement et la tentation offertes par la découverte de cet immense continent : bien des hommes y perdront pourtant leurs âmes et leurs illusions, en tentant de forger à leur image cet univers indomptable aux innombrables facettes. Chez nos héros, l’intrépidité, la soif d’aventure, l’idéalisme, la volonté d’indépendance et l’amour permettront – au fil des planches – d’explorer également d’autres pans et d’autres valeurs de cette terra incognita. Le second opus (annoncé pour février 2018), naviguant vers d’autres espaces et d’autres luttes, devrait encore permettre d’étendre le spectre de cette épopée.

Philippe TOMBLAINE

« Le Nouveau Monde T1 : L’Épée du conquistador » par Xavier Coyère, François Armanet et Jean Helpert
Éditions Dargaud (13,99 €) – ISBN : 978-2-205-06353-0

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