«  Le Pacte de la mer » par Satoshi Kon

Quand on évoque Satoshi Kon, on pense immédiatement à sa filmographie : « Perfect Blue », « Millennium Actress », « Tokyo Godfathers » et « Paprika ». On oublie souvent qu’il a également été auteur de mangas a ses débuts. Sa première œuvre d’auteur, « Shinsoban Kaikisen », déjà publié en 2004 chez Casterman sous le titre : « Retour à la mer » est ressortie ce 13 septembre 2017 dans la prestigieuse collection Pika Graphic, sous le titre « Le Pacte de la mer ».

Ce récit nous emmène dans le petit village d’Amidé : une bourgade paisible qui a la particularité de bénéficier d’une pêche abondante tout au long de l’année. Cette originalité est due au pacte passé avec une sirène par les ancêtres du héros de l’histoire : le jeune Yosuké. Prêtres Shinto de père en fils, la famille veille de génération en génération sur un œuf de l’animal mythologique, afin de perpétuer ce pacte bienfaiteur. Or, le père de Yosuké ne croit pas à ces sornettes d’un autre âge. Lui, ne pense qu’au développement du village, afin de l’amener dans l’ère moderne du tourisme de masse. Il aide donc un promoteur à bétonner la côte. Ce qui devait arriver, arriva : le promoteur fini par découvrit l’existence secrète de cet œuf unique. En bon financier, il comprit tout de suite le profit que l’exposition de cette merveille pouvait apporter à son projet immobilier. Yosuké doutait également de la véracité de ce conte, pourtant, la rencontre, fortuite, avec la créature mythique va tout changer…

Première série réalisée par Satoshi Kon au début des années quatre-vingt-dix, ce manga reste encore aujourd’hui son chef-d’œuvre. Dessiné de manière réaliste, avec un style proche de celui d’Otomo dont il a été l’assistant, c’est avant tout une belle fable écologiste. Derrière le mythe de la sirène protectrice, ce manga nous ouvre les portes d’une réflexion sur la place de l’homme dans la nature, de l’urbanisation galopante et de ses soi-disant bienfaits, du retour à des valeurs ancestrales et sur une vie simple et apaisée.

Cette réédition offre une nouvelle traduction due à Aurélien Estager, alors que celle de 2004 chez Casterman, tout aussi bonne, avait été réalisée par Hélène Morita. D’autres nouveautés complètent ce volume : une préface de Jean-Pierre Dionnet, une interview abrégée de Satoshi Kon, ainsi qu’une galerie des pages-titres de chaque chapitre employées lors de la prépublication de la série dans Young Magazine. L’illustration à l’acrylique de Kon utilisée pour la couverture est un montage combinant la face avant et la face arrière de la jaquette de première édition de ce titre au Japon. C’est également l’illustration dorénavant utilisée pour la nouvelle édition japonaise. D’un bleu soutenu, elle est apaisante et représente bien le contenu du livre, offrant une lueur d’espoir vers laquelle se diriger dans les moments difficiles, toujours de manière sereinement, sans précipitation au risque de sombrer.

Avec un format plus grand, une couverture à rabat sans jaquette et une impression soignée sur un papier épais, cette édition rend honneur au travail méticuleux de l’auteur. Voilà encore un manga incontournable à absolument lire si vous ne le possédez pas déjà. À noter que Pika a également édité une anthologie des précédents travaux de Satoshi Kon : « Fossiles de rêves ». Ce recueil de plus de 400 pages est composé d’une quinzaine d’histoires courtes sur des thèmes aussi variés que le base-ball, la science-fiction, la dictature, les samouraïs, les amourettes frivoles ou même la période de Noël. Parus entre 1984 et 1989, ces récits rappellent fortement le travail de Katsuhiro Otomo, dont il était l’assistant durant cette période, que ce soit visuellement, mais aussi du point de vue narratif. On retrouve, dans ce titre, les prémices du travail de l’auteur à venir, puisque «  Le Pacte de la mer », sa première série régulière, sera publiée dans la foulée de ces aventures, en 1990. Tous les amateurs de la saga « Akira » se doivent de lire «  Le Pacte de la mer », dans lequel ils retrouveront le côté écologiste, contestataire et un poil pessimiste du grand prix d’Angoulême 2015, même si le coté futuriste est lui absent.

Disparu trop tôt, Satoshi Kon laisse une filmographie riche pour un jeune auteur, et quelques mangas. Mais surtout un chef d’œuvre de jeunesse : «  Le Pacte de la mer » qui lui survit et est aujourd’hui devenu un classique de la littérature japonaise à absolument connaître. Son message intemporel et ses valeurs humaines et écologiques résonnent encore comme un avertissement presque trente ans après sa première publication.

Gwenaël JACQUET

« Le Pacte de la mer » par Satoshi Kon
Éditions Pika (15 €) – ISBN : 978-2811633608

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