Tout juste auréolées du Prix René Goscinny du jeune scénariste (pour « Les Cheveux d’Édith », également chez Dargaud, mais avec Dawid au dessin), les prolifiques autrices en ouvrages jeunesse ou romans young adult que sont Fabienne Blanchut et Catherine Locandro nous racontent, dans ce qui n’est que leur deuxième bande dessinée, comment, entre silences et non-dits, a basculé la vie de Frédérique, alors qu’elle avait à peine 13 ans. Basé sur leurs trajectoires personnelles, cet attachant et délicat récit intime, somptueusement mis en images par l’Italien Thomas Campi, nous amène en Corse-du-Sud. À l’occasion de vacances en famille, pendant un été bien particulier de 1985, la fillette comprend qu’elle grandit et qu’elle est différente, car elle prend doucement conscience de l’attirance qu’elle développe pour une serveuse du restaurant du village…
Lire la suite...Chakir expose : ça va faire boum !
Apparu dans les pages des illustrés au début des années 1950, Jean Chakir appartient à ces auteurs aujourd’hui oubliés, qui ont travaillé avec discrétion et talent au sein des nombreux magazines qui paraissaient à l’époque. Une exposition à Paris nous permet de revenir sur sa carrière, riche et éclectique.
Né à Paris, le 4 juin 1934, Jean Chakir a seize ans lorsqu’il publie ses premiers dessins humoristiques dans les journaux de la Maison de la Bonne Presse : Le Pélérin, Bayard et Bernadette.
Sa première BD, « Le Secret de la pyramide », débute en 1953 dans Bernadette avant la création du personnage de Tacotac dans Bayard en 1955.
C’est dans ce dernier hebdomadaire qu’il imagine, en 1959, son héros le plus fameux : l’inspecteur Saboum, dans un style semi-réaliste, qui poursuit ses enquêtes jusqu’en 1971 dans Record.
Chakir collabore à la même époque aux journaux des éditions de Fleurus : Âmes vaillantes, Cœurs vaillants et Fripounet et Marisette.
En 1962, René Goscinny lui ouvre les pages de Pilote, où il crée « Tracassin contre Angelure » et où il devient l’un des piliers des célèbres « Pages d’actualité ». Avec les années soixante-dix, il multiplie les collaborations et réalise « Bull Gloup » dans Lucky Luke, « Les Télé-Aventures de Boucan » dans Fripounet, « L’Insulaire » dans Tintin, « Héroïko et les Dogs Boys » dans Pif.
En 1981, il abandonne la bande dessinée pour occuper le poste de responsable de l’atelier d’art plastique de l’École des beaux arts d’Angoulême.
En 1994, Jean Chakir, alors retraité, se lance dans un projet pharaonique : conter en images l’histoire de son passage dans le monde de la bande dessinée. Une fresque de plus de mille planches qui, hélas !, n’a toujours pas trouvé d’éditeur,
même si un premier volume de ce « Double Immigré » a pourtant été amorcé grâce à la microédition, au sein du Coffre à BD, en 2013.
Avec Mic Delinx, Martial, Jean Tabary, Christian Godard, Mouminoux…, Chakir fait partie de ces auteurs qui ont largement contribué au succès de Pilote, sans pour autant connaître systématiquement de publication en albums lorsque leurs séries étaient publiées dans cet hebdomadaire. Certaines (mauvaises) langues m’ont confié que les deux scénaristes fondateurs veillaient à ce que les albums soient réservés aux séries dont ils étaient les auteurs.
Résultat aujourd’hui : malgré quelques rares ouvrages publiés tardivement par Dargaud (et hélas épuisés aujourd’hui), pas un seul ouvrage de Jean Chakir disponible en librairies, sinon à tirage limité chez les micros éditeurs, particulièrement au Coffre à BD.
Du 6 au 21 octobre 2017, la galerie Art Maniak (10 rue de la Grange Batelière 75009 Paris, www.art-maniak.com) présente quelques 200 documents de Jean Chakir, couvrant les années 1959/1980 (planches de « Saboum », « Tracassin », « Héroïko »…, couvertures de Pilote…), qui devraient combler les nostalgiques.
C’est aussi l’occasion pour les petites bourses d’acquérir des originaux à des prix raisonnables.
Ouvrir enfin les portes des galeries à des auteurs n’appartenant pas au club des stars de l’enchère est une excellente initiative.
Henri FILIPPINI


















