« Jeremiah T35 : Kurdy Malloy et Mama Olga » par Hermann

Fourmillant toujours d’idées narratives, Hermann trouve le moyen de surprendre ses lecteurs avec ce nouvel épisode de sa série phare, où l’on ne trouve aucune trace du héros éponyme de sa série, mais dans lequel on découvre un pan de l’adolescence mouvementée de son inséparable compagnon Kurdy.

Une Pampa sauvage aux allures de fin du monde, une maison branlante plantée au milieu de nulle part : c’est dans ce décor lugubre et inquiétant que débarque le jeune Kurdy Malloy. Les lieux sont habités par Olga, une vieille paysanne fruste aux formes plus qu’épanouies. Sa seule compagne est une vieille mule obstinée et éprise de liberté qui, sans cesse, s’adresse à Jaycee : un Christ géant planté sur une croix dont elle attend inlassablement, comme un signe divin, que ses doigts de pieds bougent.

Olga, qui refuse de vendre ses terres, se livre à des trafics illicites avec les habitants du camp de rééducation voisin, dans le but d’accumuler assez d’argent pour pouvoir s’offrir une piscine. Kurdy, qui souhaite pénétrer dans les lieux afin de faciliter l’évasion de son ami Chorizo, accepte de servir de « transporteur » à Olga, qui le prend sous son aile protectrice.

À 17 ans, Kurdy découvre alors un monde clos où circule alcool et drogue, violent et destructeur et où miliciens et pensionnaires s’agressent dans des combats sanglants nuit et jour, ce genre de lieu dont on ressort rarement vivant, mais plus sûrement les pieds devant.

Ce nouvel album de la série « Jeremiah », dont le héros éponyme est totalement absent, invite le lecteur à suivre les pas de son inséparable comparse Kurdy, bien avant leur mémorable rencontre. Ce ne sont que quelques jours du passé de ce personnage qu’évoque ce récit à la fois simple et complexe. Il n’apprendra cependant pas grand-chose de nouveau au lecteur curieux, sinon que Kurdy était déjà une sacrée tête de lard. Ceux qui comptaient en savoir beaucoup plus, au fil de ce flash-back, resteront sur leur faim et ce n’était d’ailleurs pas l’ambition de l’auteur.

Hermann nous régale avec cette tranche de vie sacrément bien contée, ajoutant quelques belles pièces aux trognes savoureuses à sa galerie de personnages hauts en couleur. On pouvait redouter qu’un Grand prix à Angoulême et une première exposition vente de ses originaux à la prestigieuse galerie Maghen, avaient quelque peu émoussé le bouillant dessinateur âgé de 79 ans. Il n’en est rien : rebelle il était, rebelle il demeure ! Question dessin, le trait est toujours ferme, la mise en page grandiose, les couleurs sublimes, bref du grand Hermann !

Henri FILIPPINI

« Jeremiah T 35 : Kurdy Malloy et Mama Olga » par Hermann

Éditions Dupuis (12 €) — ISBN : 9782800171562

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2 réponses à « Jeremiah T35 : Kurdy Malloy et Mama Olga » par Hermann

  1. PATYDOC dit :

    Un épisode vulgaire et laid, avec toujours le même scénario (le héros est introduit dans un univers clos et violent, et s’en libère ou le détruit) ; ça fait 35 fois qu’il nous fait le même plan. Une fois de plus, je pense le contraire de vous : depuis qu’il a eu le grand prix (et même déjà avant …), Hermann n’est plus que l’ombre de lui-même…

  2. Michel Schetter dit :

    Tu es gentil avec Hermann, Henri. Il fut un temps, ma bibliothèque en témoigne, où j’achetais le nouvel album d’Hermann les yeux fermés, me réjouissant à l’avance de son coup de crayon. Bernard Prince, Red Dust, Les tours de Bois-Maury, quelques one shot, et… Jeremiah. Cela fait près de quinze ans, et peut-être un peu plus, que j’ai arrêté de le suivre, fatigué de la faiblesse des scénarii, parfois par certaines séquences gratuites où la violence s’exprime, et lasse. J’ai feuilleté son dernier Jeremiah pour voir où se situe aujourd’hui Hermann. Comment dire sans vouloir être méchant, que cet album est la poursuite d’un cycle entamé depuis bien des années …où le chien, pris de folie, tourne en rond en poursuivant sa queue. L’album de trop est dépassé depuis longtemps.