« Aliens solitaire » par Patric Reynolds et Chris Roberson

Les éditions Wetta, créées en 2004, ont connu quelques déboires, mais sont revenues plus fortes que jamais depuis trois ans. Elles produisent de superbes albums sur une ligne fantastique, pour peu que l’on goûte la série B (voire Z), et les licences « Aliens », « Predator », « Terminator », « Judge Dredd » ou « Robocop », entre autres (1). Voilà l’un de leurs derniers titres : une réédition noir et blanc cartonnée inédite de l’un des tout meilleurs récits de la saga « Aliens ».

Comme l’explique très finement Fred Wetta, à la tête de ce label spécialisé, dans son avant-propos, cet album prend place à la suite logique de ce que l’on a appelé « L’univers partagé » de la saga « Aliens ». « Aliens » est né au cinéma en 1979 du talent conjugué du réalisateur Ridley Scott, des scénaristes Dan O’Bannon et Walter Hill, ainsi que du créateur Hans Ruedi Giger : « Après la sortie d’“Aliens le retour” (1986), le tout jeune éditeur américain Dark Horse fait le pari de proposer des bandes dessinées tirées du film qui n’en seraient pas la simple adaptation, mais une suite directe (…). »

« Aliens » a connu trois périodes : une première dénommée après coup : la « Série originale » (2), qui poursuivra le périple des héros : Hicks, Newt et Ripley et durera jusqu’à la sortie du film « Alien 3 » qui l’exclura de la continuité officielle, en prenant une tournure incompatible avec ces premières BD. Une seconde : « L’univers étendu » , qui a évité cet écueil en se détournant des protagonistes des films pour construire une myriade d’histoires se déroulant dans le futur, le passé, ou en parallèle de l’action des films. Enfin, « L’univers partagé » accueillant des éléments a priori extérieurs à la série pour les inclure pleinement dans son propre monde. Le Predator ayant été le premier, dés 1989. Univers qui a encore grandi avec l’arrivée de « Prometheus », lequel a abouti à la saga « Le Feu et la Roche ».

Cet album-ci est la réédition du second tome de cette saga, précédemment publié chez Wetta en édition souple dos carré collé et en couleurs en 2015 (3), préambule à des événements qui verront s’affronter Aliens et Predators sur fond de mutations provoquées par la « boue noire » découverte sur la lune LV-223.

3 janvier 2179, sur LV 426, alias Acheron, l’une des trois lunes connues de Calpamos, système Zeta2 Reticuli. Durant quatre ans, des colons ont été attachés à la terraformation de cette planète. Mais aujourd’hui, une attaque de Xénomorphes sur la base Hadley’s Hope conduit Russel, le docteur responsable, à fuir à bord du seul vaisseau disponible : l’Oneger, un transporteur de basse orbite destiné au forage. Ils sont une trentaine à pouvoir s’enfermer dans le vaisseau de fortune et à atterrir en catastrophe sur une autre lune de Calpamos.
Cependant, celle-ci était censée être désertique, à peine respirable… Or, après s’être remis de ses émotions, l’équipage survivant découvre une terre non seulement habitable, mais luxuriante. Et alors que tout semblait sourire aux survivants, l’horreur ressurgit : Cale, un mécanicien, a préféré sa survie directe lors du décollage à celle de ses dizaines de collègues et a laissé s’engouffrer une poignée de monstres dans la soute d’un container annexe avant de le fermer. L’hécatombe recommence. Acculé dans une zone montagneuse, au milieu de la jungle, fréquemment attaquée par les xénomorphes, seul un petit groupe divisé autour de Russel va réussir à survivre, durant un temps.

Alors que Cale, de son côté, prêche l’attaque des extra terrestres afin d’espérer en finir, Russell et Geneviève (une institutrice) sont pour la patience, l’adaptation au milieu, et la défense. Et tandis que Russell fait la découverte d’un robot-sonde datant qu’une précédente mission lui permettant de voir ce qui est arrivé à la lune, des événements étranges liés à la boue noire présente sur une grande partie de la lune interviennent. Russell va alors prendre du recul, se réfugier dans une grotte avec Rover la sonde robot, étudier les propriétés de la boue noire, tout en commençant à vouer un drôle de culte à la montagne…

Pourquoi avoir choisi de rééditer à un an d’intervalle ce tome en noir et blanc (avec une superbe couverture couleur cartonnée de Fiona Staples) ? Et bien tout simplement, parce qu’en dehors de son caractère intrinsèquement indépendant en tant que tome du reste de la saga, celui-ci ne montrant que des hommes et des xénomorphes, « Aliens solitaire » est une histoire absolument géniale. Si le film « Aliens Covenant » n’était pas encore produit lors de la création de cette histoire, elle a dû sacrément l’inspirer. Il se situe donc entre « Prometheus » et « Aliens le retour » .

La survie de cette troupe de colons sur cette planète déformée par les mutations est magnifiquement contée par un Chris Roberson au top, lui qui nous avait déjà proposé des récits de science-fiction plutôt intéressants : « Elric » ou « Masks » (Panini), « Starborn » ou « Do Androids Dream of Electric Sheep Dust » (Emmanuel Proust). Le dessin est assuré de manière magistrale par Patric Reynolds, habitué des séries de l’univers de Mike Mignola : « BPRD Origines », « Witchfinder », « Abe Sapiens »… Et c’est tout l’attrait de cette édition spécialement créée pour la France et inédite ailleurs : montrer le dessin un peu charbonneux de l’artiste avant la mise en couleurs faite aux États-Unis dans sa première version. Celle-ci était déjà magnifique, mais on se prend à dévorer ce nouveau travail d’impression avec délectation. Le scénario nous happe comme rarement dans un récit de la licence, et même si le final est-ce que l’on appelle un cliffhanger, nous laissant en suspens… Je peux vous dire que le reste des tomes de la série « La Roche et le feu » permettra à chacun de s’enfoncer encore plus loin dans la forêt et les arcanes du récit. Cet épisode en constituant le pilier.

Le format de l’album choisi ici, appelé Hardcore par l’éditeur, n’est pas le plus luxueux de son label, puisque des éditions noir et blanc de classiques de SF sont traitées de plus belle manière encore dans le grand format Raw. On a cependant la chance de pouvoir profiter finalement d’un travail éditorial de qualité supérieure pour une licence qui réserve régulièrement, pour les armateurs, de belles découvertes.

En parlant format, Fred nous régale dés à présent avec le premier titre du nouveau format « Dry » lancé ce mois-ci : « Aliens Xénologie », un recueil cartonné au format (presque) longbox CD. Cette petite cerise éditoriale propose 5 histoires inédites noir et blanc provenant des fascicules Dark Horse Presents : « Le Goût » , « Frontière » , « Chasseurs » , « Les Anciens dieux » , « 45 Secondes ». Miam !

On reste connecté à Wetta : label qui n’a pas fini de nous ravir.

Franck GUIGUE

(1) L’ensemble du catalogue proposant aussi quelques titres horrifiques en one-shot ou adaptés de films est à voir sur le site de l’éditeur :  http://wetta.wetta-sunnyside.fr/.

(2) Chez Wetta : « Aliens 30eme anniversaire » par Mark A. Nelson et Mark Verheiden, (2016), originellement publié aux USA en 1988, et sous le titre « Aliens éruption T1 » par les éditions le Téméraire en 1999, mais jamais conclu, réédité à l’occasion du trentième anniversaire de la sortie du film « Aliens le retour », en grand format noir et blanc cartonné, revu et complété. Sera suivi par « Aliens livre deux », dans le même format, lui aussi édité par les éditions Le Téméraire à l’époque, en couleur, ainsi qu’« Aliens apocalypse ».

 (3) « Le Feu et la roche » : « Prometheus », « Aliens », « Predator », « Aliens VS Predator », « Prometheus Omega » (Éditions Wetta, 2015).

« Aliens solitaire » par Patric Reynolds et Chris Roberson
Éditions Wetta (16,95 €) — ISBN : 978-2360740918

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