« L’Été en pente douce » par Jean-Christophe Chauzy et Pierre Pelot

Publié chez un éditeur en déroute en 1980, devenu en 1987 un film aujourd’hui culte, et aujourd’hui adapté pour la BD en un one-shot somptueux, le destin de « L’Été en pente douce » est, à lui seul, un roman placé sous le signe des rencontres improbables.

Envoyé et refusé chez tous les éditeurs qui comptent à l’époque, le manuscrit de « L’Été en pente douce » échoue finalement à Yverdon, en Suisse, chez Rolf Kesselring, éditeur bien connu des amateurs de BD.

Publié en pleine débâcle peu avant la disparition du label, le roman, dont la couverture est dessinée par Sylvie Brossard, est réédité dès l’année suivante, aux éditions Fleuve Noir. Il figure depuis 2001 dans le catalogue de la collection Folio des éditions Gallimard, sous le n° 210.

En 1987, il y a tout juste 30 ans, il est adapté pour le cinéma sous le titre éponyme par Gérard Krawczyk, avec Jean-Pierre Bacri, Jacques Villeret, Guy Marchand, Jean Bouise et la sublime Pauline Lafont dans le rôle de Lilas.

C’est Yann Lindingre, rédacteur en chef de Fluide glacial, qui propose à Pierre Pelot d’adapter son roman sous forme de bande dessinée. C’est encore lui qui a l’idée géniale de l’associer au dessinateur Jean-Christophe Chauzy.

Encore enfant, estropié à la main et le visage balafré alors qu’il jouait avec son frère Mo (qui manipulait une grenade oubliée par la guerre et qui leur a pété à la gueule), Fane, amateur de bière et de bagarre, rêve de devenir écrivain. Lorsqu’il apprend le décès de sa mère, il quitte son HLM miteux en compagnie de sa voisine Lilas : une superbe jeune femme pas très futée, mais au charme incendiaire, qu’il sauve des griffes d’un amant violent. Le couple gagne le village natal de Fane le jour de l’enterrement. Il retrouve son frère Mo : simple d’esprit, depuis l’accident, qui vivait avec sa mère. Le trio mène une vie dissolue dans la vieille demeure familiale coincée entre les garages de Dédée Voke et de son frère Olivier, dont le souhait est de les voir déguerpir afin de réunir les deux propriétés. Un été torride réveille les vieux démons d’un voisinage haineux et jaloux de voir un estropié en compagnie d’une aussi belle créature.

Le dénouement, plus proche de celui du roman que du film, à la fois inattendu et dramatique, clôt une adaptation parfaite de son roman par Pierre Pelot. Né en 1945 dans les Vosges où il réside toujours, auteur de plus de 200 romans, c’est un monstre sacré de la littérature populaire. Le Lyonnais Jean-Christophe Chauzy (« Rouge est ma couleur », « Petite Nature », « Le Reste du monde », « Un Monde merveilleux »…), né en 1964, évoque avec justesse, outre les formes suggestives de Lilas, l’atmosphère pesante et sensuelle de ce coin de province par un temps caniculaire. Ses couleurs réalisées à l’aquarelle subliment personnages et décors, accentuent la tension palpable de l’intrigue, jusqu’à sa bouleversante conclusion : une rencontre réussie entre deux auteurs que rien ne semblait pouvoir réunir un jour. Voilà aussi une bonne occasion de (re)lire le roman de Pierre Pelot, sans oublier de (re)voir le film avec l’épatante Pauline Lafont.

Henri FILIPPINI

« L’Été en pente douce » par Jean-Christophe Chauzy et Pierre Pelot

Fluide glacial (18,90 €) — ISBN : 9-782352-076964

Galerie

Une réponse à « L’Été en pente douce » par Jean-Christophe Chauzy et Pierre Pelot

  1. bdcollectors dit :

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