Pour la renaissance des Cahiers de la bande dessinée !

Le célèbre magazine du 9e art, disparu en 1990, pourrait renaître de ses cendres grâce à une campagne de financement participative qui permettra, notamment, aux contributeurs et amateurs de BD d’acquérir des dessins originaux de quelques grands noms de la bande dessinée.

Descendant de Schtroumpfanzine lancé à la rentrée 1969 par le jeune Jacques Glénat, la revue Les Cahiers de la bande dessinée arrive dans les kiosques en 1972 sous le titre Schtroumpf/Les Cahiers de la bande dessinée, dotée d’une présentation plus professionnelle (maquette de l’excellent Roger Brunel) qu’ils conserveront jusqu’en 1983, avec leur n° 55 consacré à Comès. Ayant réalisé de nombreux numéros (ceux sur Pellos, Poïvet, Gillon, Charlier, Alexis, Jijé, Ribera, Morris, Will, Chéret…), je me souviens de l’enthousiasme des collaborateurs et d’un joyeux amateurisme qui en faisait tout le charme. Ces monographies dédiées aux grands auteurs franco-belges et à la nouvelle génération naissante connaissent alors un grand succès.

En 1984, Jacques Glénat, constatant une certaine lassitude des contributeurs habituels, confie le bébé à Thierry Groensteen : ce dernier, tout en conservant le dossier consacré à un auteur invité, ajoute une importante pagination dédiée à l’actualité tout en intellectualisant le discours. Le titre abandonne le nom de Schtroumpf pour ne conserver que le sérieux Cahiers de la bande dessinée. Cette nouvelle formule au prix plus élevé (30 francs au lieu de 18) a peut-être aussi rebuté des lecteurs habitués à une écriture plus populaire, hélas sans pour autant en trouver de nouveaux.

La chute des ventes se poursuit avec l’arrivée de Numa Sadoul qui remplace le célèbre sémiologue au n° 84, en mars 1989. Les Cahiers de la bande dessinée disparaissent avec leur n° 89 en juin 1990, sans laisser beaucoup de regrets.

C’est pourtant à cette formule magazine, et non aux monographies, que souhaite redonner vie Vincent Bernière : coordinateur des excellents hors série BD de Beaux-Arts magazine, directeur de la collection Erotix chez Delcourt et collaborateur aux dossiers des ouvrages de Hachette Collection. L’émulation de l’amateurisme des animateurs des CBD lors de leur création n’étant plus à l’ordre du jour, il compte réunir la coquette somme de 50 000 euros en lançant une vente d’originaux, entre 5 et 400 euros chacun (voir plus), avec le concours du site de financement participatif KissKissBankBank. De nombreux auteurs apportent leur soutien à cette opération en offrant des originaux : Bilal, Mézières, Rabaté, Alfred, Fred Bernard, Veyron, Pétillon, Pedrossa, Guérineau, Baldazzini, Boilet, Loustal…

Si tout va bien, c’est en septembre prochain que devra sortir le premier numéro de cette nouvelle formule, vendue en kiosques et en librairie. Toutes les formes de BD devraient y être présentes : de la bande dessinée classique en passant par l’alternatif, le contemporain, l’historique, les mangas et les comics… Avec, en sus, une histoire inédite.

À noter que le carton d’invitation au petit déjeuner de lancement destiné à la presse, le 24 mai prochain, est signé Bilal. 

Henri FILIPPINI           

Les Cahiers de la bande dessinée : vente d’originaux à partir du 29 mai prochain sur KissKissBankBank.

Galerie

5 réponses à Pour la renaissance des Cahiers de la bande dessinée !

  1. Geraud dit :

    Salut,

    Une excellente nouvelle que voilà, bien que l’abandon de la formule « monographie » me chagrine quelque peu.
    En espérant qu’elle voie effectivement le jour, j’attends la sortie de cette revue avec sérénité.
    Et s’il pouvait y avoir une certaine dose de Filippini dedans, elle serait bienvenue (je lisais en premier votre « humeur » dans le dBD avant qu’elle ne disparaisse : je le regrette vivement).

  2. Michel Dartay dit :

    Excellente nouvelle en effet, après la disparition de Kaboom et de Comic-Box, il ne reste plus que Casemate et DBD. Donc il reste de la place pour un troisième Mousquetaire!

  3. Franck dit :

    J’ai acheté mon premier numéro des cahiers seulement en 1988 lors du Special USA (tiens tiens…;-)), et n’ai jamais regretté mes achats réguliers, tout en ayant un peu complété ma collection d’anciens numéros, dont des Schtroumpfs. J’adorais les monographies et les rubriques/chroniques sur les petites éditions (D’ailleurs, à ce propos, on parle très rarement de « Spot BD » édité par Dargaud, qui avait aussi une rubrique fanzines et comics qui était passionnante). Les CBD me manquent, et j’espère, suite à la disparition de Kaboom, pas tout à fait identique, que l’on retrouvera une revue critique du même charisme. Je ne sais si je pourrais participer à son financement, (400 euros, c’est pas rien), mais plus certainement serais-je lecteur et peut-être futur abonné !

  4. JC LEBOURDAIS dit :

    Nostalgie ! Je me souviens du temps passé naguère à fouiner dans les brocantes pour trouver les anciens numéros de Schtroumpf et de Phénix. Une réédition des anciens numéros en gros volumes serait une bonne idée. C’est l’ancêtre de BDZOOM !

  5. Capitaine Kérosène dit :

    Un complément à l’article.
    Vincent Bernière est aussi le créateur de Bang, revue critique de bande dessinée luxueuse et ultra-élitiste (par sa présentation et son prix, car les articles étaient très lisibles). Une revue « mook » qui a connu huit numéros dans sa formule initiale.

Répondre à Michel Dartay Annuler la réponse.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>