Quel beau récit en bande dessinée que ces bouleversantes « Mémoires d’un garçon agité » : l’histoire d’un gamin émotionnable d’une dizaine d’années qui a décidé d’arrêter de grandir et de se raconter, à l’aide de la vieille machine à écrire familiale. Ce refuge dans l’écriture est le seul moyen qu’il a trouvé pour essayer de stopper le temps : pour oublier le fait de se sentir responsable, ainsi que la douleur subie devant l’anéantissement de ce qui était jusque-là sa vie. Le sensible dessin à la Sempé de Valérie Vernay et cet attachant personnage qui retrace des anecdotes de sa courte existence pourraient nous faire penser au Petit Nicolas, mais le propos du scénariste Vincent Zabus — par ailleurs poète et dramaturge — est tout autre : l’humour n’est là que pour dissimuler la gravité du sujet.
Lire la suite...« Une sœur » par Bastien Vivès
Lâchant temporairement le manga à la française « Last Man » qu’il réalise avec Michaël Sanlaville et Balak, Bastien Vivès revient au roman graphique pour raconter un amour de vacances initiatique et érotique, six ans après son fabuleux « Polina » qui lui a permis d’accéder à une certaine notoriété dans le monde du 9e art. Le sujet était casse-gueule, mais Vivès s’en sort haut la main, imposant un ton juste, une narration esthétique avec son lot de silences, et un trait maîtrisé !
Les vacances d’été sur l’Île-aux-Moines, dans le golfe du Morbihan, de deux frères et de leurs parents vont être perturbées par l’arrivée impromptue d’une amie de la famille qui vient de perdre le bébé qu’elle portait… Et surtout de son ado de fille, indépendante et détachée, fragile et forte à la fois. Alors que sa mère est venue pour se ressourcer, la nymphette doit dormir dans la même chambre que les deux enfants âgés de neuf et treize ans. L’aîné, garçon réservé qui passe son temps à dessiner va, grâce à celle qui a quand même trois ans de plus que lui, grandir d’un seul coup : une surprenante amourette s’installant doucement entre le pré-ado et la jeune fille qui devient femme.
Bastien Vivès réussit à nous émouvoir, tout au long de deux cents pages, en nous racontant l’intime de cette relation, l’approche entre les deux protagonistes et la montée du désir : une belle histoire certes ambiguë, mais qui parle à tous. En effet, qui de nous ne se souvient pas d’un été où l’on a transgressé certains interdits, à l’abri du regard des parents ?
Auteur sensible, Vivès prouve, une fois de plus, qu’il fait vraiment partie des auteurs de bande dessinée qui compte aujourd’hui, tant sur le plan du scénario (comme nous venons de vous l’énoncer) que de celui du dessin. En effet, son cinématographique style graphique, qui laisse beaucoup de place à l’imagination — les yeux des visages, par exemple, sont souvent absents —, est tout à fait reconnaissable, dès le premier coup d’œil : ce qui est la marque des plus grands !
(1) Ne pas hésiter à se procurer quelques autres albums signés Bastien Vivès, chroniqués sur BDzoom.com : « La Grande Odalisque T1 et T2 (“Olympia”) » par Jérôme Mulot, Florent Ruppert et Bastien Vivès, « Last Man » par Mickaël Sanlaville, Balak et Bastien Vivès, « Les Melons de la colère » par Bastien Vivés, « Polina » ou Bastien Vivès et Alexis de Raphelis.
« Une sœur » par Bastien Vivès
Éditions Casterman (20 €) – ISBN : 978-2-203-14716-4














