« Robinsons père et fils » par Tronchet, dans la revue XXI n° 38

Avec ce reportage consacré à un séjour sur l’île aux Nattes, îlot situé au sud de l’île Sainte-Marie à l’est de Madagascar, Tronchet fait le point sur ses intentions insulaires, sur son fantasme de la solitude, sur le retour à l’essentiel puisqu’il n’y a là ni téléphone, ni Internet, bref sur la « Possibilité d’une île » comme l’indique en couverture le numéro printanier de la revue XXI qui publie ce récit.

La question fondamentale est bien celle qui inaugure ce récit : « Combien de temps un Occidental urbain du XXIe siècle peut-il survivre sans smartphone, sans Internet et même sans électricité ? » Question corollaire et non subsidiaire : « Le fantasme de l’île refuge hors du temps et des crises, symbole de pureté originelle, résiste-t-il à l’expérience ? »  C’est ce que Tronchet père et fils vont tester, sans se fixer de date de retour, sur place, dans l’Océan indien.

Au début, certains aspects pratiques posent problème, mais trouvent leur solution : l’école du fiston, par exemple. Il y en a une pas loin, à seulement quelques coups de rame de pirogue, l’occasion qui plus est pour le fils de lier connaissance et de très vite appartenir à une tribu : celle des ados. Pour le père, l’isolement est plus déstabilisant. Outre qu’il faut s’habituer au côté spartiate du bungalow (et aux insectes : la morsure terrible de la scolopendre, notamment, ou la folle nuit avec des crabes de terre), il faut habiller le quotidien et surtout gérer le « rien à faire » ?! Mais, Tronchet, qui n’en est pas à son premier séjour à l’étranger (rappelons-nous « Vertiges de Quito », cf. ici même sur BDzoom.com), observe, note et, c’est évident, sait qu’il va dessiner.

Tout commence par des promenades, des rencontres. En liant connaissance, l’auteur découvre la vie des uns, des autres, des vies quelquefois fort originales qui banalisent d’ailleurs sa propre expérience. On intègre aussi, au fil des conversations, des éléments de la vie locale, nécessaires pour ne pas faire d’erreurs, comme celle de ne pas nager n’importe où (entre les courants et les oursins, mieux vaut faire très attention !). Bien entendu, le temps du séjour permet de s’imprégner des coutumes, celle par exemple du « retournement des morts » caractéristique de la vie malgache.

Reste l’uppercut final : le contexte sanitaire. Que faire en cas de problème médical urgent ? Crise de paludisme, par exemple ? Peut-on se satisfaire des soins locaux ? Doit-on faire prendre ce risque à son entourage et à soi-même ? Au bilan, le séjour oblige à se poser de bonnes questions, celles qui vont très vite au-delà des bonnes intentions. Pour compléter les 30 planches de bandes dessinées, de nombreuses et denses informations sont apportées sur le bestiaire malgache (les adorables lémuriens !), sur l’île aux Nattes bien entendu, et même sur la mythique Libertalia qui se serait installée à Madagascar et dont une trilogie toute récente commence à narrer les aventures aux éditions Casterman…

Profitons-en pour rappeler combien la revue XXI fait voyager dans tous les sens du terme : un épais dossier est consacré à la Turquie, un autre aux migrants d’un « bateau sans nom » en Méditerranée, un troisième à Singapour qui est « en panne de bébés » ou bien encore à un drôle de « seigneur » qui « s’est bâti à la force de sa gâchette un empire dans la forêt brésilienne »

Didier QUELLA-GUYOT  ([L@BD-> http://9990045v.esidoc.fr/] et sur Facebook).

http://bdzoom.com/author/didierqg/

« Robinsons père et fils » par Tronchet

Éditions Les Arènes,  Revue XXI n° 38  (15, 50 €) – ISBN : 978-2-35638-123-1

À noter qu’il existe également une version romancée de ce récit, parue sous le même titre et en même temps aux éditions Elytis (144 pages).

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