Olivier Boiscommun au Festival bdboom de Blois

Le programme du 24ème festival de bande dessinée de Blois avait cette année encore de quoi allécher les publics de tous âges intéressés par le 9ème art. Comme à l’accoutumée, l’équipe organisatrice de Bd boom n’a pas ménagé sa peine pour satisfaire la curiosité et le plaisir de tous

Aux quatre coins de la ville, des expositions toujours aussi riches, des animations et aussi des ateliers. Quant aux rencontres, elles offrent de multiples possibilités de débattre, d’échanger ou de découvrir le monde de la bande dessinée et ses auteurs.


                                                 


Ainsi samedi après-midi, à la Halle aux grains, pouvait-on assister à un débat entre Patrick Gaumer, spécialiste de la BD, assisté de deux jeunes adolescents promus critiques l’espace de l’entretien, et Olivier Boiscommun, dessinateur de Pietrolino, tout juste paru aux Humanoïdes Associés. La rencontre complétait et éclairait la belle exposition que la bibliothèque de l’Abbé Grégoire consacre à l’œuvre du jeune dessinateur jusqu’au 16 janvier prochain.


 


Le nouvel album d’Olivier Boiscommun interpelle car il ne nous entraîne pas dans son habituel univers fantastique et onirique. Avec cet album, nous sommes d’emblée plongés dans la réalité historique du Paris de l’occupation allemande (même si le dessinateur précise qu’il ne s’agit pas pour autant d’une BD historique). Ici point d’Anges ou autres Trolls, mais un clown inspiré du mime Marceau. Quel modèle surprenant !


Nos jeunes critiques s’empressent d’abord de questionner Boiscommun sur ses sources d’inspiration. Elles sont multiples et quotidiennes. Le dessinateur avoue se nourrir de cinéma, de séries TV… mais aussi de tout ce qu’il peut voir et qui le touche : un visage inconnu, une luminosité, un nuage, une situation …. Il précise que la gestuelle et le costume du mime Marceau ont primé toutes ces sources. Au demeurant, il s’en était déjà inspiré pour le personnage du frère dans Halloween.


Dans son dernier album, il a fait de Pietrolino un Pierrot lunaire, un personnage de la comedia del arte projeté dans la réalité contemporaine, qui possède la « capacité de matérialiser l’irréel » (ne fait-il pas apparaître un fond marin rien qu’avec ses mains ?). La poésie, le romantisme et la magie de ce mime sont posés en opposition avec la dureté de la guerre. « Ce contraste met les choses beaucoup plus en valeur et révèle les extrêmes », explique Olivier Boiscommun.


Comment, s’interrogent alors nos jeunes et pertinents critiques, a commencé l’aventure de Pietrolino entre le dessinateur Boiscommun et le scénariste Jodorowsky ? « Ce fut une rencontre fortuite chez l’éditeur (Humanoïdes) qui fut déterminante » ». A l’origine, il y a une dizaine d’années déjà, Alexandro Jodorowsky avait écrit ce texte pour le mime Marceau en personne, qui devait le mettre en scène. Mais le projet a évolué et le hasard a voulu que l’adaptation en revienne à Boiscommun, qui s’est immédiatement reconnu dans cet univers de contrastes, de failles humaines et de caractères contrastés évoluant face à l’épreuve. « J’ai tout de suite été fasciné par l’histoire » confiera-t-il hors débat. Mais par certains points, cet opus était déjà annoncé dans plusieurs aspects antérieurs : la passerelle entre la série des Livres et cet opus pouvant être identifiée à l’album Halloween qui se caractérisait déjà par un univers poignant et poétique.


Notre avisée jeune fille aborde ensuite le traitement des couleurs et remarque que l’album est réalisé avec force peintures acryliques. Cela donne de la couleur et de la luminosité lui répond Olivier, puis il explique comment il utilise l’encre de chine, séchée au sèche-cheveux, et le lavis pour le noir et blanc. Il explique qu’il lui a fallu 14 mois pour réaliser le clown frappeur. Le résultat en est une splendide réussite graphique unanimement saluée !


La suite de cette histoire nous sera révélée par un second opus à paraître dans un an mais dont la première de couverture est déjà connue du public. Le suspens reste entier. L’auteur a seulement précisé qu’il n’y aurait aucun flash back.


Olivier Boiscommun conclut l’entretien en répétant que Pietrolino n’est pas un tournant dans son œuvre, mais une continuité, une cohérence avec tout ce qu’il a déjà fait, un désir de suivre ses envies et l’opportunité des hasards. Ses histoires ont pour but de faire voyager et rêver ses lecteurs, de les faire s’évader du quotidien. Nul doute qu’il y parvienne encore. Et gageons que le tome 2 sera à la hauteur de notre attente.


 


 


L’histoire :


Dans les rues de Paris les nazis font régner la terreur. Le mime Pietrolino, son ami et compagnon de route Simio et l’ingrate et sensuelle Colombella, essaient de survivre et de faire oublier la grisaille du quotidien en se produisant dans la ville. Mais un jour la petite troupe présente un numéro qui déplait fortement à la Gestapo…


Boiscommun & Jodorowsky, Petrolino, t1, Le clown frappeur, Humanoïdes associés, 12,90 euros


Texte Josy Hermeline


Photos Joël Dubos


 


En médaillon, photo du débat animé par Laurent Turpin sur le thème « Quel auteur pour quel éditeur (et vice versa) ? ». Notez que Jean-Claude Denis a reçu le Grand Prix BD Boum – Ville de Blois et que l’ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande dessinée) a été honorée de la Médaille en chocolat destinée à un journaliste spécialisé.


 


Cliquez sur l’appareil photo à droite.

Galerie

Les commentaires sont fermés.