« XO Manowar : intégrale » T1 par Matt Kindt, Cary Nord, Lee Garbett, Dough Braithwaite et Robert Venditti

On a peu eu l’occasion de parler des éditions Valiant ici, mis à part lors de la disparition de John Dixon. Cet énorme pavé de l’une des premières intégrales de la jeune maison d’édition Bliss, sise à Bordeaux, nous en donne l’opportunité…

Les éditions Valiant font partie de ces éditeurs alternatifs de comics américains qui ont su se dégager des deux grandes maisons mère : DC et Marvel, à l’aube des années 1990. Créée par l’éditeur en chef de Marvel (Jim Shooter) et son collègue businessman Steven Massarli en 1989, elle fut rapidement rachetée en 1994 par Acclaim Entertainment. Les quelques titres et personnages qui avaient alors déjà été créés (« Harbinger », « X-O Manowar », « Rai »,  « Shadowman » et le  crossover appelé « Unity », dans lequel « Le Guerrier éternel»  et « Archer & Armstrong » furent lancés), subirent un mini désastre commercial qui rendit peu justice aux concepts originaux pourtant développés. Acclaim Entertainement fut en effet déclarée en banqueroute, en 2004, et redevint Valiant Entertainment en 2005, sous les auspices des entrepreneurs Shamdasani et Jason Kotari. Fin du premier acte.

Le relaunch de toute une partie du catalogue intervint alors en 2012, lors de l’initiative commerciale « Summer of Valiant » qui vit en France  l’éditeur Panini proposer une série de titres durant quelques mois, avant de jeter l’éponge à son tour. « XO Manowar », « Archer & Armstrong », « Harbinger » et « Bloodshot »,  furent à cette occasion lancés en France, à grand renfort de communication et d’opération découverte à 10 €. Il fallait bien ça pour attirer les lecteurs de comics vers un nouvel éditeur et de nouveaux personnages. Et la sauce prit ! Mais pas longtemps. Fin du deuxième acte. 

C’était sans compter avec deux français, passionnés et chroniqueurs sur la webosphere comics, qui, de leur QG de Bordeaux, décidèrent, au culot, de reprendre la licence, et de continuer ainsi à faire vivre dans l’hexagone le superbe et étonnant travail d’auteurs comme Robert Venditi, Cary Nord, Jeff Lemire, Dough Braithwaite… qui s’étaient lancés de belle manière dans l’aventure.

 Alors, « XO Manowar »  en intégrale ?

 Rappelons le pitch : 402 après JC : nord de l’Italie, les armées romaines s’apprêtent à anéantir les wisigoths du roi Alaric. Alors que la partie est perdue, Aric, son neveu fougueux, décide d’attaquer sur le flanc. Mais la débandade qui s’en suit, et qui voit la mort de son père, sert de théâtre d’opération à une furtive invasion extraterrestre. Un peuple puissant et armé se faisant appelé Vignes procède au changement d’enfants dans le camp wisigoth reculé et, après un court combat inégal,  enlève Aric et sa garde rapprochée. Ceux-ci, emportés au sein d’une armada de vaisseaux dans l’espace, et réduit à l’état d’esclaves, vont vivre un déracinement improbable et violent.

Néanmoins, les vignes vouent un culte a une entité : Shanhara, une sorte d’armure vivante sous forme de sphère, qui est sensée reconnaître un élu parmi leur race, et en faire un demi dieu, tout puissant… un sauveur. Or, aucun Vigne n’a pu survivre jusque là à cette condition. Et c’est un jour de rébellion, qu’Aric, à bout de forces, active la symbiose avec l’armure, à la grande surprise de ses maîtres.  Il va rejoindre son destin, et devenir l’être puissant qu’il souhaitait, afin de libérer son peuple, déraciné de sa Dacie natale depuis plusieurs années déjà. Le seul hic : les lois de la physique et du voyage dans l’espace ne l’ont pas attendues et, alors qu’il s’enfuit grâce à sa nouvelle motricité divine – prêt à en découdre avec les romains dans leur Italie protectrice -, il atterrit au cœur de Rome… mais de nos jours.

Les amateurs ont eu l’occasion de lire les quatre premiers tomes de cette excellente saga grâce aux éditions Panini, entre 2013 et 2015. Écrite par Robert Venditti, elle est dessinée par Cary Nord, très bon dessinateur bien connu par ici pour sa reprise de « Conan » (2009-2010, chez Panini), et Lee Garbett (« Harbinger », et autres travaux chez DC, Marvel…) : ceux-ci se partagent les 18 premiers épisodes déjà publiés, sauf les #9 et 10 dessinés par Trevor Hairsine. Mais on était resté sur notre faim. Aussi, c’est un bonheur de pouvoir découvrir la suite, en français, grâce aux épisodes 19 à 22 de « Xo Manowar », (mêmes auteurs en binôme), et les #1 à 4 de « Unity », série parallèle complètement insérée dans cette histoire scénarisée par Matt Kindt et dessinée par l’excellent et rare Dough Braitwaite, que l’on a pu voir sur le non moins superbe « Storm Dogs» (Delcourt, 2014).

Si l’on referme tout d’abord, après une lecture haletante cet épais et lourd volume, en se disant que l’on vient de dévorer l’une des meilleures histoires de SF en bande dessinée que les comics peuvent produire de nos jours, c’est avec un sentiment fascinant, car cela aurait pu ne durer que sur un, deux, voire quatre tomes. Et puis la raison nous fait comprendre que si un éditeur se lance à corps perdu dans un tel travail éditorial, c’est que le jeu en vaut la chandelle.

On est néanmoins surpris par la richesse d’un scénario qui aurait pu ne faire se succéder que scènes de bataille et belles explosions. Robert Venditti a cependant souhaité aller au-delà, on le sent bien, et traiter de l’homme, de sa faculté à apprendre à vivre en communauté, à trouver sa place.  Car si Aric est certes un seigneur, même  déchu, à qui on remet un énorme pouvoir, et qui devient l’égal d’un dieu, il n’est au fond qu’un homme. Perdu dans le temps, à la recherche de son passé et de ses racines, il va devoir beaucoup lutter et beaucoup perdre, avant de comprendre que seul, on ne peut rien construire. La complexité des relations entre sa propre tribu, les Vignes, les humains adoptés, disséminés par les créatures de l’espace un peu partout dans le monde, et les efforts des puissances mondiales pour détruire cet être tout puissant qu’elle ne comprennent pas et ne peuvent dépasser, tisse un canevas scénaristique touffu. Celui-ci proposant même une réflexion sur le flux migratoire humain,  ce qui, aujourd’hui, dénote une particulière acuité sur les sujets d’actualité mondiaux.

 Au niveau artistique, les dessins de Cary Nord sont toujours aussi réussis, et on notera au passage la colorisation très spéciale, mais pas désagréable, de Vicente Cifuentes sur les épisodes #19, 20, 21 et 22, apportant une touche particulière. Dough Braithwaite, quant à lui, nous ravit de son dessin à l’encrage dit effet crayon. On apprécie d’autant plus sa présence ici, qu’elle est exclusive, en français, à cette intégrale, sinon sur format numérique. (*)

Si la plupart des sériés éditées depuis plus d’un an maintenant par Bliss ont démontrées leurs qualités intrinsèques, et donc l’évidence qu’il y avait à les proposer aux publics, cela n’était pas gagné en 2012… et on applaudira donc le travail tout particulier réalisé sur les maquettes et l’édition de ces ouvrages. En effet, en dehors d’un cartonnage excellent, d’une maquette soignée, ce volume propose  pas moins de 90 pages de galeries d’images, couvertures, croquis… etc. Détail permettant, en plus d’une régularité dans le planning éditorial sans bémol, de comprendre que l’on a à faire à des passionnés très professionnels. Ce qui n’inspire que du bon. Bravo !

 

Franck GUIGUE

« XO Manowar : intégrale » T1 par Matt Kindt, Cary Nord, Lee Garbett, Dough Braithwaite et Robert Venditti

Éditions Bliss comics (49€) ISBN : 978-2375780657

(*) Bliss annonce un autre ouvrage avec Dough Braitwaite pour le mois de mai: « Book of Death »

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