« L’Exécuteur T2 : La Confession » par Arthur Ranson et John Wagner

Après un premier tome paru le printemps dernier, la trilogie « L’Exécuteur » de Wagner et Ranson s’épaissit d’un nouvel opus qui nous plonge plus avant dans le parcours d’Harry Exton, ancien mercenaire pris dans un jeu mortel. Toujours aussi rude et réaliste, implacable, ce deuxième tome ne baisse pas en intensité ni en sales types… Noir à souhait.

Dans le premier tome, nous faisions connaissance avec Harry Exton (si vous prenez le train en marche, cliquez sur le lien suivant pour lire l’article que je lui avais consacré ici même : http://bdzoom.com/?p=100967). On l’a vu avec Judge Dredd, les « héros » de John Wagner sont rarement de chouettes mecs, en tout cas personne que quiconque d’à peu près normal ait envie de côtoyer. Non pas qu’ils soient absolument mauvais, mais ils sont d’une radicalité stupéfiante, incarnant le totalitarisme du monde moderne, qu’il soit articulé ou subi. Ils ne sont pas là pour nous plaire mais pour nous faire réfléchir (et pourquoi pas agir), ils ne sont ni là pour qu’on s’identifie à eux ou qu’on soit dans un confort de lecture. Wagner n’est jamais dans le confort ; plutôt dans le crissement dérangeant, comme un sursaut salvateur qui devrait engendrer plus de courage et d’intelligence par-delà les pages de l’album. Avec « L’Exécuteur », le cynisme assassin des puissants est clairement dans la ligne de mire, sous-entendant qu’il ne faut pas s’étonner alors de voir leurs exécutants basculer eux aussi dans la folie.

Dans le premier tome, donc, ce Harry Exton avait accepté de faire partie d’un « jeu mortel » où il serait l’exécutant d’une « voix », autrement dit d’un commanditaire qui le rémunérera s’il en réchappe. Des hommes, des armes, on secoue le tout et on parie. Jeu secret d’hommes de pouvoir gagnant ou perdant de l’argent selon que leur poulain sort vivant ou non de l’épreuve, mais où l’exécutant peut devenir « très riche… ou très mort ». Nous étions donc en Angleterre, et Exton semblait s’en être tiré vivant, au terme d’un récit où il dut aller jusqu’au bout de la logique du « jeu ». Avec ce deuxième tome, nous le retrouvons en Amérique. Un sénateur a décidé de faire de lui son nouvel exécutant, car le « jeu mortel » s’exporte bien, apparemment… À peine tiré d’affaire, Exton va donc replonger dans la spirale de la violence, avec au bout du chemin une confession qui pourrait bien bouleverser l’ordre (ou plutôt le désordre) des choses…

John Wagner continue de nous plonger frontalement dans l’articulation plus ou moins obscure de ces « petits jeux de riches » jonglant avec les vies humaines. Le « héros », quant à lui, se renforce dans ses actes de violence, donnant à ces puissants se croyant au-dessus de tout une réponse à la hauteur de leur cynisme plutôt qu’il ne s’affirme personnellement dans cette escalade. En allant au-delà de ce qu’ils escomptaient, Exton leur fait exploser leur saloperie à la figure ; on voit bien où Wagner veut en venir, dans un pamphlet ne supportant pas l’ambiguïté. Car on ne jouit pas de ce récit, on le suit avec effroi. La spirale semble inexorable, donnant à voir tout ce qui meurtrit notre humanité dans l’ombre. Avec son style réaliste, Ranson rend le propos encore plus âpre et perturbant. Vivement la suite, comme on dit !

Cecil McKINLEY

« L’Exécuteur T2 : La Confession » par Arthur Ranson et John Wagner

Éditions Delirium (24,00€) – ISBN : 979-10-90916-32-6

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