« L’Atelier détectives T1 : Les Mystères de la nuit » par Sandrine Goalec et BeKa

Dans les pages jeunesse de BDzoom.com, nous nous entretenons régulièrement avec des auteurs talentueux qui apportent leur patte aux albums qu’ils écrivent et dessinent pour nos chères têtes blondes. C’est à un couple, à l’écriture comme à la vie, que nous avons posé nos questions cette fois-ci : les BeKa, « Be » pour Bertrand Escaich, « Ka » pour Caroline Roque. Ils nous détaillent leur manière de travailler notamment sur leurs derniers titres parus

Depuis bientôt 15 ans, Bertrand Escaich et Caroline Roque signent, sous le pseudonyme BeKa, des albums humoristiques ou pour la jeunesse, ainsi que des romans jeunesse et des récits de voyage. Plus de 60 titres déjà publiés pour ce sympathique couple de stakhanovistes qui nous en dira plus sur sa façon de travailler, ses motivations et ses envies après que l’on ait présenté ses dernières productions.

Les BeKa ont signé quatre titres en deux mois, qui dit mieux ? Bon sang du Sud-Ouest ne saurait mentir. Issus d’une terre de rugby, Bertrand, supporter du Stade toulousain et Caroline qui suit les matches de Perpignan, ont scénarisé, pour le fan de l’équipe de Grenoble qu’est Poupard, les aventures d’une équipe de village à l’accent rocailleux.

Les Rugbymen T 15 page 4

Énorme succès public pour chaque volume de la série « Les Rugbymen ». Le quinzième volume narre, dans une série de planches gags, les soubresauts de l’équipe de rugby de Paillar : petit village du sud-ouest de la France. Les auteurs jouent avec les clichés sur ce sport collectif et sur sa région de prédilection, joueurs de première ligne un peu brutaux et gros mangeurs, demi de mêlée hargneux, joueurs des lignes arrières beaux garçons. Une troisième mi-temps arrosée et une nourriture riche (cassoulet, confit…) soudent le groupe de sportifs, l’entraîneur et les supporters. Dans ce quinzième épisode, les joueurs du Paillar Athletic Club dirigent les entraînements des jeunes du village entre apéros tardifs, soirées châtaignes et, bien sûr, leurs propres matchs contre de nouvelles équipes : les Forts de Briançon, les Mordus de Morlaix ou les Bœufs de Bresse. Match de rugby, viril, mais correct, tournée des bars, plats du terroir, bières et ambiance bon enfant dans le village sont au programme des rugbymen du PAC.

Pour le Béotien, difficile de s’y retrouver dans les méandres jésuitiques des règles du rugby qui sont régulièrement amendées par les institutions internationales. Les BeKa ont écrit avec un arbitre international un ouvrage clair, amusant et didactique, illustré par Poupard : « Le Rugby et ses règles », un petit livre très complet qui rend accessible les règles et les particularités du rugby aux néophytes. Les connaisseurs bénéficient de l’éclairage de Joël Jutge sur les subtilités des règles et la façon dont elles doivent être appliquées.

Le Rugby et ses règles page 7

Dans un tout autre registre, le couple d’Occitanie a écrit pour les pinceaux de Domas un scénario tendre et poétique sur les aventures d’un petit garçon rêveur, toujours dans la lune : le gentil Gaspard. Le deuxième volume de ses rêveries vient de sortir : voilà l’occasion de retrouver Gaspard avec ses parents, sa demi-sœur, son institutrice, ses copains, son amoureuse et même sa psy. Beaucoup d’humour et de douceur dans des séquences d’une à plusieurs planches qui relatent les mésaventures d’un petit distrait, agaçant pour son entourage, mais terriblement attachant pour le lecteur.

Dans « L’Atelier détectives », les BeKa s’amusent des peurs enfantines liées à la nuit et au trop-plein d’imagination des enfants. Isidore, Lola et Jules sont élèves dans un établissement scolaire qui propose des clubs ou ateliers pour les élèves. Délaissant des activités trop ordinaires comme le jardinage, la peinture ou, pire, la cuisine, les trois petits futés montent un atelier détectives. À eux les enquêtes pour terrasser le mystère.

Atelier détectives page 3

Mais savoir que c’est le cochon d’Inde des CP qui mange les gâteaux de la cantine ou que c’est Tom l’amoureux secret d’Emma ne leur suffit pas, ce qu’ils veulent, c’est une vraie énigme à résoudre. Et leur camarade Clément leur en apporte une lors d’une discussion dans la cour de récréation : il a vu un zombie plutôt grand, blafard avec une cravate, rue des épinards. Les détectives peuvent rentrer en action. Lola note les indices, Isidore déduit et Jules surmonte ses appréhensions pour s’approcher au plus près du danger.

Trois énigmes sont ainsi résolues : la présence de zombies en ville, l’origine des bruits effrayants dans le grenier du papy de Nathan et les activités pas si louches que cela d’Ulla « la sorcière ». Les enquêtes s’enchaînent sans temps morts, entre réflexions ingénieuses et une dédramatisation de peurs communes à beaucoup d’enfants très imaginatifs. Le dessin clair, dynamique et très coloré, de Sandrine Goalec ajoute une note de fraîche tendresse à ce premier album d’une nouvelle série des productifs BeKa.

Remercions Caroline et Bertrand d’avoir pris sur un temps qu’il leur est précieux pour répondre à nos questions sur leur travail et leurs projets en BD jeunesse, mais aussi romans et BD destinées à un public plus âgé.

BDzoom.com : Bonjour Caroline et Bertrand, pouvez-vous vous présenter et nous rappeler combien d’albums vous avez déjà scénarisés ?

BeKa : Bonjour BDzoom ! Nous sommes un couple de scénaristes et signons sous le pseudonyme commun BeKa. Nous habitons dans les environs de Toulouse, entourés de chevaux, de moutons et d’abeilles. Nous avons scénarisé une soixantaine d’albums de BD.

copyright A.Moreau/Bamboo Edition

BDzoom.com : N’êtes-vous pas lassés de travailler ensemble ? D’ailleurs, comment écrivez-vous vos scénarios de bande dessinée ?

BeKa : Eh bien non ! Pas pour le moment en tout cas ! Travailler à deux, c’est notre force !

Il n’y a pas de formule dans notre façon de travailler. Nous rebondissons l’un sur l’autre, car toute idée ou toute intuition ouvre souvent des horizons insoupçonnés. À deux, nous explorons deux fois plus de possibilités, et donc de solutions… En général, Bertrand aime se creuser la tête sur le séquençage et la structure des planches… Caroline aime beaucoup ciseler les dialogues ou s’attarder sur une scène bien précise, pour l’exploiter au maximum… Mais parfois, ce sera l’inverse. Le regard de l’autre permet aussi de réaliser plus vite qu’une idée n’est pas bonne et qu’il faut l’abandonner pour essayer autre chose. C’est un gain de temps considérable ! Rien ne vaut d’être deux pour ça !

BDzoom.com : Vous commencez votre carrière en reprenant des séries déjà existantes, à partir de quelle série réussissez-vous à imposer vos récits originaux ?

BeKa : En fait, Bertrand a commencé à scénariser sous son seul nom (Bertrand Escaich) des récits originaux chez Pointe noire (« Noémie », « Les Contes de par-ci par-là ») ainsi que chez Bamboo (« Les Brumes du Miroboland » avec Poupard). Olivier Sulpice, le directeur de Bamboo Édition, nous a ensuite proposé de reprendre des séries d’humour existantes et peu après, nous lui avons proposé l’idée des « Rugbymen ».

BDzoom.com : Comment choisissez-vous les dessinateurs de vos albums ? Comment travaillez-vous avec eux ? Êtes-vous directifs ou leur laissez-vous une grande latitude pour adapter vos textes ?

BeKa : Cela dépend des dessinateurs. Bertrand a rencontré Poupard sur un salon et une relation d’amitié est tout de suite née entre eux. Nous avions souvent croisé Marko, sans oser lui avouer que nous aimerions travailler avec lui, avant d’être réunis par un directeur de collection de chez Dargaud sur un même projet. Pour « Planète Gaspard », c’est Domas qui nous a contactés… Chaque album, et chaque rencontre, a sa propre histoire ! Pour le travail, cela dépend depuis combien de temps nous collaborons ensemble. En général, nous discutons de l’idée directrice de l’album avec les dessinateurs avant de commencer. Puis nous écrivons de notre côté. Ils reçoivent le scénario et se mettent au travail. Poupard et Crip sont des solitaires, alors que Marko ou Domas aiment parler de leur travail et de leur avancée. Notre but est d’être le moins directif possible pour que les dessinateurs s’approprient le récit à leur tour, un peu comme un passage de relais.

BDzoom.com : D’où vous vient, par exemple, l’idée de « L’Atelier détectives » ? Comment s’est passé le travail avec Sandrine Goalec ?

BeKa : L’idée de « L’Atelier détectives » nous est venue d’une envie de retrouver des récits proches du « Club des cinq » et de « Sherlock Holmes » que nous avons beaucoup aimé enfants, tout en y rajoutant une note un peu fantastique et de l’humour bien sûr ! Notre collaboration avec Sandrine Goalec est un vrai plaisir. Son dessin est très inventif, très frais… Ses années de story-boardeuse dans l’animation lui permettent de proposer une narration très efficace.

L’Atelier détectives page 7

BDzoom.com : Êtes-vous tentés par des récits d’enquêtes ou d’aventures plus fantastiques ?

Eh bien en fait, oui… nous avons des projets dans ce sens dans nos carnets !

BDzoom.com : Y a-t-il déjà d’autres volumes prévus pour « L’Atelier détectives » ?

BeKa : Oui, 2 autres tomes sont prévus. Nous sommes en train d’écrire le second qui sortira début 2018. Il s’intitulera « Secrets d’école », car les enquêtes menées par Isidore, Lola et Jules auront toutes un lien avec l’école.

BDzoom.com : Le quinzième volume des « Rugbymen » vient de paraître ; où puisez-vous votre inspiration pour écrire les planches-gags de cette série à succès ? Les personnages de la série sont-ils inspirés par certaines de vos connaissances ?

BeKa : Ah notre inspiration ! Eh bien, elle vient bien évidemment de rencontres avec des lecteurs, des joueurs, des entraîneurs, mais aussi de lectures, de reportages sur le rugby, de matchs, mais avant tout de notre imagination. Et avec le monde du rugby, qui est très riche en personnages et situations complètement fous, c’est assez facile ! Pour les personnages, nous avons cherché à représenter des types de postes, avec leur caractère, leur morphologie, plutôt que des personnes en particulier. Mais certains noms de joueurs du PAC sont inspirés d’amis de jeunesse, notamment celui de L’Ingénieur.

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BDzoom.com : Poupard — l’excellent dessinateur de la série — apporte-t-il des idées de gags ? Êtes-vous tous supporters de la même équipe de rugby ?

BeKa : Oui, Poupard nous donne régulièrement des idées de gags et il apporte aussi beaucoup d’idées marrantes dans les noms d’équipe adverses ainsi que dans les panneaux publicitaires qui entourent le terrain. Pour l’équipe, Poupard supporte Grenoble, alors que nous sommes plutôt supporters de Toulouse, de Perpignan… mais nous nous retrouvons pour encourager les équipes de France masculines et féminines.

BDzoom.com : Comment avez-vous travaillé sur le petit ouvrage « Les Rugbymen présentent le rugby et ses règles » ? Avez-vous testé à l’occasion les troisièmes mi-temps de rugby ?

BeKa : Pour cet ouvrage, nous avons travaillé en collaboration avec l’arbitre international Joël Jutge. Nous avons mis au point le plan du livre et les questions, auxquelles a répondu Joël. Nous avons ensuite retravaillé l’ensemble du texte pour le rendre accessible à tous. Car c’était le but, que même les néophytes comprennent les règles du rugby les plus complexes grâce à ce livre !

BDzoom.com : Autre série à succès « Studio danse », est-ce une commande ou une volonté de votre part d’évoquer le monde des cours de danse ?

BeKa : Nous souhaitions depuis longtemps écrire une série destinée aux filles. Quand Olivier Sulpice, le directeur de Bamboo Édition, nous a proposé le sujet de la danse, nous avons donc sauté sur l’occasion ! D’autant plus, que nous adorons la danse, que nous l’avons pratiqué (nous nous sommes rencontrés dans un cours de danse africaine) et que nous avions une liberté totale pour créer la série.

BDzoom.com : Quels thèmes développez-vous dans la série ?

BeKa : Évidemment, les thèmes liés à la danse, mais aussi les petites jalousies que cela entraîne entre les filles (surtout chez Carla, « la méchante » de la série). Mais « Studio danse » nous permet aussi d’évoquer tous les thèmes qui touchent les adolescentes : vie de famille, premiers amours, relation entre frères et sœurs, entre amies, séparation des parents…

BDzoom.com : Dansez-vous entre deux matches de rugby ou, plus sérieusement, est-ce que Caroline s’investit davantage dans « Studio danse » et Bertrand dans « Les Rugbymen » ?

BeKa : Non, nous travaillons ensemble sur les deux séries. En revanche, il nous arrive de danser un peu en écrivant « Studio danse » ou de faire deux, trois passes de rugby dans notre bureau quand nous travaillons sur « Les Rugbymen » ! Une manière de nous détendre un peu !

BDzoom.com : Présentez-nous la charmante série « Planète Gaspard » et travaillez-vous sur le troisième volume ?

BeKa : « Planète Gaspard » parle donc de Gaspard : un petit garçon rêveur, toujours dans la lune (au sens figuré comme au sens propre).

Comme il a toujours la tête ailleurs, il a un peu de mal à être en phase avec les gens qui l’entourent… et à interagir avec eux. Il a donc développé un imaginaire très riche.

Le tome 2 « Un amour de Lilas » vient tout juste de sortir. Pour l’instant, nous ne savons pas s’il y aura un tome 3.

BDzoom.com : « Le Jour où le bus est reparti sans elle » s’adresse à un public plus âgé, allez-vous continuer à écrire pour un public plus adulte ?

BeKa : Oui, nous avons terminé d’écrire « Le Jour où elle a pris son envol » (sortie fin août 2017), qui suit « Le Jour où le bus est reparti sans elle », et un troisième tome est d’ores et déjà prévu avec Marko. Et nous avons d’autres projets qui viseront plus largement un public ado-adultes.

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BDzoom.com : Comment écrit-on des albums pour la jeunesse ? Y a-t-il des règles à respecter ? Éprouvez-vous toujours autant de plaisir à écrire pour les plus jeunes ?

BeKa : De la même façon qu’on écrit des albums pour adultes ou tout public, il nous semble ! La seule différence est peut-être le vocabulaire ou les références, que nous cherchons à adapter au public. Mais notre volonté première est d’écrire pour un public le plus large possible, comme le faisaient Goscinny ou Hergé.

BDzoom.com : Pouvez-vous nous parler du « Blog de Nina », votre prochain album aux éditions Bamboo ?

BeKa : « Le Blog de Nina » est une sorte de journal intime contemporain où se mêle pages de BD classiques et pages de blog écrites par l’héroïne : Nina. Elle a 10 ans et vient de déménager à la campagne où elle se sent très seule, loin de ses amis d’enfance parisiens. Pour garder le contact, elle crée un blog où elle se confie à ses amis. C’est une histoire d’amitié, d’amour, qui parle aussi des difficultés que l’on a tous à s’intégrer dans un nouvel environnement.

BDzoom.com : Envie d’écrire bientôt chacun de votre côté ?

BeKa : Nous le faisons déjà ! Bertrand a scénarisé plusieurs albums seul chez Bamboo (« Ling-Ling », « Chinn »). De son côté, Caroline a adapté « Les Rugbymen » et « Studio danse » en romans jeunesse chez Bamboo et a un projet d’album pour enfants aux éditions Mijade. Toutefois, pour nos projets BD en cours, nous écrivons tous les deux.

Merci à Caroline et Bertrand pour le temps qu’ils ont consacré à nous répondre, nous laissons maintenant les BeKa travailler dans le calme de leur maison dans le sud de l’Occitanie.

Laurent LESSOUS (l@bd)

« L’Atelier détectives T1 : Les Mystères de la nuit » par Sandrine Goalec et BeKa

Éditions Bamboo (10,60 €) – ISBN : 978-2-81894-081-5

« Les Rugbymen T15 : On est 15 comme les 5 doigts de la main » par Poupard et BeKa

Éditions Bamboo (10,60 €) – ISBN : 978-2-81894-072-3

« Les Rugbymen : Le Rugby et ses règles » par Poupard, BeKa et Joël Jutge

Éditions Bamboo (13,90 €) – ISBN : 978-2-81890-028-4

« Studio danse T9 » par Crip et BeKa

Éditions Bamboo (10,60 €) – ISBN : 978-2-81893-206-3

« Planète Gaspard T2 : Un amour de Lilas » par Domas et BeKa

Éditions Bamboo (13,90 €) – ISBN : 978-2-81894-080-8

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