« L’Enfant et le maudit – Siúil, a Rún » T1 par Nagabe

Comme dans un conte classique, « L’Enfant et le maudit » nous fait voyager dans une contrée onirique quelque peu lugubre. Comment ne pas être subjugué par le trait de Nagabe qui a si bien su rendre la tendresse de l’héroïne et la bonté de ce maudit au visage si noir ? Une dualité omniprésente, renforcée par un trait vif et expressif.

Dans un monde à part, encore médiéval, vit une petite fille temporairement hébergée par un non-humain. Un être que l’on peut facilement qualifié d’effrayant avec sa tête diaboliquement d’un noir profond. Noirceur qui n’est qu’apparente et qui contraste avec la blancheur rayonnage de l’enfant. Cette dernière attend clairement quelqu’un, nous ne savons pas qui, mais le maudit, lui, sait que celle-ci n’arrivera jamais. Ne voulant pas effrayer la jeune fille il n’aborde jamais le sujet et se contente d’opiner lorsqu’elle l’évoque et apprécie l’instant présent en sa compagnie. Néanmoins, elle doit respecter une seule et unique consigne, ne jamais toucher le maudit sous peine de se voir à son tour transformer en monstre aussi noir que le charbon.

L’histoire commence par une scène bucolique ou la jeune fille, insouciante, se réveille en pleine forêt alors que celui qu’elle appelle professeur vient la chercher. Le lecteur entre immédiatement dans le vif du sujet, mais il ne sait pas pourquoi l’enfant vit en compagnie de cet être étrange. Et d’ailleurs, qui est-il, pourquoi sa race est-elle pourchassée par les humains, alors qu’il a l’air si avenant malgré son air sérieux et inquiétant ? Tant de questions sans réponse, mais à quoi bon se creuser la tête pour des choses semblant si banales ?

Durant toute l’histoire, ce duo improbable fonctionne à merveille.

La gamine a pour elle l’insouciance de la jeunesse et le maudit, un caractère paternaliste des plus touchant. Les décors, naturels, sentent bon la vie saine de la campagne. L’atmosphère est enivrante même si les contrastes extrêmement poussés enveloppent de son noir manteau cette forêt qui entoure ce couple chimérique. Le lecteur est bercé de page en page par le rythme lent de la vie qui passe.

Ce qui fait la force de ce récit, c’est l’ambiance qui s’en dégage. Bien sûr il y a l’histoire qui est captivante, mais c’est avant tout le dessin d’une très grande finesse qui contribue à éveiller nos sens. Le trait de Nagabe semble spontané et nerveux. Il noircit les arrière-plans quand le reste est d’une clarté éblouissante, juste rehaussé de hachures comme dans une gravure ancienne. À noter qu’il n’y a qu’un seul type de trame qui est utilisé tout au long du récit. Une seule trame moyenne, qui sert de contraste entre le noir profond et le blanc pur. Ce dessin, inhabituel en manga, sert à merveille une histoire aussi énigmatique.

Amateur de fantastique, vous retrouverez un peu l’ambiance qu’avait créée M. Night Shyamalan dans son film « Le Village ». Ici aussi la vie humaine semble s’arrêter à l’orée de cette forêt que les humains redoutent de traverser. Chef-d’œuvre d’émotion, « L’Enfant et le maudit » ne peut assurément pas laisser insensible le lecteur qui n’a qu’une hâte : percer les mystères qui entourent ces êtres soi-disant maudits et découvrir leur raison d’être.

Gwenaël JACQUET

« L’Enfant et le maudit – Siúil, a Rún » T1 par Nagabe
Éditions Komikku (7,90 €) – ISBN : 978-2372871976

© Nagabe – MAG Garden

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