De Casque d’or à Colette…

Plus de 40 ans après « Casque d’or », Annie Goetzinger publie « Les Apprentissages de Colette » : un superbe ouvrage dans lequel elle évoque, avec son raffinement habituel, le Paris de la Belle Époque, à travers les premiers pas de l’auteure de « Chéri » et du « Blé en herbe ».

Alors éditeur BD chez Hachette, en 1975, j’ai eu le plaisir de signer le premier contrat d’une jeune dessinatrice nommée Annie Goetzinger pour son album « Casque d’or ».

Plus de quarante après, je viens de recevoir le nouvel album d’Annie : « Les Apprentissages de Colette ». Dans sa dédicace, elle me confie que cet ouvrage a failli voir le jour aux éditions des femmes… il y a quarante ans : « Ça valait la peine d’attendre, n’est-ce pas ? » ajoute-t-elle !

Et comment ! L’album bénéficie de tout ce que quarante années de labeur peuvent apporter, de quarante années d’expérience passées a réaliser une trentaine d’albums, aujourd’hui incontournables pour qui apprécie le bel ouvrage.

Les points communs ne manquent pas entre ces deux albums : l’époque, le début du vingtième siècle, les héroïnes (deux femmes indépendantes et amoureuses) et enfin le lieu : Paris. Bien sûr, malgré ses deux prix obtenus à Angoulême, « Casque d’or » (édité par Glénat après l’abandon de la BD par Hachette) demeure un album d’apprentissage, mais on y devine déjà l’amour de la jeune dessinatrice pour la mise en scène, son goût pour les décors et les costumes, sa sensibilité à dessiner les femmes.

« L’Apprentissage de Colette » retrace, du trait si élégant caractéristique de l’auteure, les premiers pas de Sidonie Gabrielle alias Colette, venant, à 20 ans, de quitter son Loiret natal pour Paris : ses années d’initiation auprès de Henry Gauthier Villars, dit Willy, son vieux et infidèle mari, dont elle sera le « nègre » consentant tout au long de l’écriture des « Claudine », ses amours lesbiens auprès de la riche Missy, son second mariage avec le baron Henry de Jouvenel… Les décors, les vêtements, la présence de personnages réels, permettent à Annie Goetzinger d’évoquer avec justesse le Paris de la Belle Époque, ses salons, ses théâtres, sa bourgeoisie, ses artistes… On a parfois l’impression de se retrouver dans un album de Manon Iessel, célèbre illustratrice des années d’avant-guerre, tant la documentation est riche et les couleurs délicates soignées. L’album lui-même, avec son dos toilé et sa couverture sobre, est un bel hommage à l’œuvre de Colette et à son époque.

Georges Pichard, qui fut le professeur d’Annie Goetzinger à l’École supérieure des arts appliqués de Paris, serait très fier du chemin parcouru par son élève : sur Annie Goetzinger, voir surtout sur BDzoom.comAnnie Goetzinger : l’élégance est à Blois ! et Annie Goetzinger : des premiers pas déjà tout en élégance….

Et si un jour, chez un antiquaire, vous tombez sur un vieux « Casque d’or », n’hésitez pas : plongez-vous dans sa lecture et vous comprendrez pourquoi déjà à cette époque la jeune dessinatrice rêvait d’évoquer Colette !

Henri FILIPPINI

« Les Apprentissages de Colette », par Annie Goetzinger

Éditions Dargaud. (24,95 €), en librairies le 17 mars 2017.

Galerie

Les commentaires sont fermés.