«  Le Comte de Monte Cristo » par Ena Moriyama

Alexandre Dumas rendu célèbre par son feuilleton : « Les Trois Mousquetaires » est aussi extrêmement connu pour sa série regroupée en sept romans narrant les mésaventures d’Edmond Dantès : « Le Comte de Monte Cristo ». Adapter en manga ce récit-fleuve était un pari osé. Pari pourtant réussi pour Ena Moriyama qui nous propose aujourd’hui un récit condensé, mais extrêmement vivant des aventures de ce marin devenu tôlard, puis comte.

L’histoire originale est contemporaine de son auteur. 1815, Edmond Dantès, un jeune marin rentre au port de Marseille les yeux pleins d’espoirs. Sa fiancée, Mercedes l’attend, et ils vont bientôt se marier. Fraîchement promu capitaine, son avenir est tout tracé. Le jour des noces, tout ne se passe pourtant pas comme prévu. Edmond est arrêté et emprisonné sans procès au château d’If. Or, tout le monde le sait, on ne sort de cette prison que les pieds devant. Persuadé que c’est une terrible méprise, il garde espoir. Il pense à sa femme qui doit sagement l’attendre. Pourtant, les jours, les mois, les années passent et il est toujours là, seul, enfermé dans une pièce sombre et lugubre. Pourtant, un beau jour, il comprend que dans la cellule à côté de lui se trouve un autre homme. Lui aussi emprisonné par erreur, il se présente comme l’Abbé Faria : un homme que l’on dit fou, mais qui a passé ses années de cachot a tenter de s’enfuir de ce château sans y être encore parvenu. Il va utiliser le temps qui lui reste à vivre à enseigner son savoir incommensurable à Edmond, durant de très longues années. Avant de mourir, il expliquera au marin qu’il a caché sur l’île de Monte Cristo un trésor que lui seul connaît. Après 14 années de captivité, une fois évadé, Edmond deviendra, grâce à cet argent, le comte de Monte Cristo : un bienfaiteur pour ses amis, mais sa vengeance sera terrible pour ses ennemis. Il est bien décidé à faire payer ses années volées à ceux qui ont monté un complot pour s’emparer de ce qu’il avait de plus cher : son travail et sa femme.

L’anecdote est racontée en fin d’ouvrage, mais elle résume bien les motivations de l’auteure, Ena Moriyama, pour adapter cette oeuvre titanesque. Quand son éditeur lui a demandé quel était le livre qui l’avait le plus marqué durant son enfance, elle a immédiatement pensé au « Comte de Monte Cristo ». On lui a donc suggéré de l’adapter. Pour cela, on lui offrait généreusement sept chapitres : un par roman. C’était impossible et douze chapitres lui furent finalement accordés, même si cela reste forcément très juste. Du coup, il est évident que l’histoire présentée en manga est ici un condensé des aventures rocambolesques d’Edmond Dantès. Neamoins, l’auteure a relevé le défi avec brio et malgré les raccourcis incontestables, ce volume unique se lit d’une traite. C’est évident que les amateurs des romans d’origine vont crier au scandale, tout comme ils ont pu le faire à chaque adaptation télévisuelle. Mais il est indéniable que le travail de réécriture qui a ici été entrepris ne fait pas ombrage à l’oeuvre originale, que la dessinatrice conseille, d’ailleurs, de lire. Tous les personnages principaux sont pourtant bien présents, chaque intrigue importante les impliquant, également ; même si, au final, certains passages narratifs sont volontairement omis : on pense bien évidemment au devenir de la charmante Mercédès. Bien sûr, l’adaptation graphique est très contemporaine. Les personnages sont des éphèbes, comme on en trouve souvent dans les mangas. La dramaturgie est poussée à l’extrême et la mise en scène est grandiloquente. C’est toutes ces choses-là qui font que c’est une adaptation réussie. Elle sait parler aux lecteurs d’aujourd’hui.

Le manga s'ouvre sur une page couleur extrêmement suggestive montrant Edmond Dantés en compagnie de son esclave orientale, Haydée dans une posture suggestive, en total décalage avec l'image que l'on peut avoir d'un conte vieux de deux siècles.

Les classiques de la littérature européenne sont à peu près tous adaptés en mangas. Ce qui est nouveau, c’est de les voir arriver en masse en version française sur les étagères de nos librairies. Ainsi, à l’instar de beaucoup d’éditeurs qui ont aussi quelques titres littéraires dans leurs cartons. Kurokawa commence à s’intéresser de plus en plus à ce créneau avec, à son actif, des oeuvres comme« Les Misérables », « Arsène Lupin » ou encore l’adaptation moderne de la série de Sir Arthur Conan Doyle : « Sherlock ».

Adaptation à l’esthétique moderne, les péripéties de ce « Comte de Monte Cristo » se lisent toujours avec délectation, malgré les presque deux siècles qui nous séparent des écrits originaux. Une très belle approche de la littérature pour le jeune public ou une très belle introduction aux mangas pour l’amateur de littérature classique.

Gwenaël JACQUET

«  Le Comte de Monte Cristo » par Ena Moriyama
Éditions Kurokawa (8,90 €) – ISBN : 978-2-368-52495-4

MONTE CRISTO HAKUSHAKU © Ena Moriyama 2015 /HAKUSENSHA, INC.

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