La ligne claire du « Réseau Madou » de nouveau disponible !

Les éditions Dargaud proposent une superbe réédition de la première aventure de Thierry Laudacieux, publiée en album en 1982 chez Casterman.

En fait, c’est en 1981 que les heureux lecteurs du défunt mensuel (À suivre) découvrent les premières planches du « Réseau Madou ». Chose rare au sein du mensuel des éditions Casterman, où règne le noir et blanc sanctuarisé par le rédacteur en chef Jean-Paul Mougin, la publication est en couleurs, lesquelles sont dues à Françoise Procureur.

Nous sommes dans le Bruxelles enneigé de décembre 1938. Thierry Laudacieux, jeune scout rouquin passionné par les aventures de Nick & Rudy signées Eddy Morgan (qui ressemblent beaucoup au « Tintin » d’Hergé), n’hésite pas à aider Isodore Hogier : un chroniqueur spécialisé dans la musique américaine. Ce dernier travaille à l’Institut National de la Radiodiffusion : une simple couverture qui lui permet d’être à la tête du réseau d’espionnage Madou. En ces temps où plane l’ombre du nazisme, cette organisation œuvre dans l’ombre pour le compte des États-Unis. Parmi les six membres qui espionnent à ses côtés, l’un d’entre eux est un traître. L’adolescent, qui porte bien son nom, n’hésite pas à seconder Hogier afin de confondre la taupe…

François Rivière, né en 1949, auteur de l’un des premiers ouvrages consacrés à la ligne claire d’Hergé qu’il a rencontré à l’âge de 20 ans (« L’École d’Hergé », publié en 1976) et créateur de la série « Albany » (avec Jean-Claude Floc’h, dans Pilote, à partir de 1977), se révèle très vite comme un des meilleurs adeptes du style inspiré par Hergé : la Klare Lijn, née aux Pays-Bas dans l’underground revue Tante Leny, sous l’impulsion de Joost Swarte. Son scénario est truffé de clins d’œil à l’œuvre d’Hergé (mais aussi aux comparses de Goffin et Rivière à cette époque : Schuiten, Sokal, Geluck, Plissart) ; à commencer par Eddy Morgan et ses héros Nick & Rudy, en passant par les décors sublimes, le scoutisme en toile de fond ou encore la nostalgie d’un Bruxelles révolu et de somptueux hors-texte qui renvoient le lecteur au cœur de la Belgique d’avant-guerre.

Alors dessinateur débutant, Alain Goffin (né en 1956) signe une première œuvre mature qui, à l’époque de sa publication, a surpris plus d’un lecteur. Aux côtés d’Yves Chaland, Ted Benoit, des frères Floc’h et de quelques autres, il donne ses lettres de noblesse à un genre qui fait encore fait rêver aujourd’hui. Malheureusement, Thierry Laudacieux ne vivra que deux aventures (« La Mine de l’étoile » sera publiée en 1984) et Alain Goffin se fait, hélas, rare dans le monde de la bande dessinée (« Le Théorème de Morcom », puis « Le Signe de Lucifer » avec Benoît Peeters, « Retour à la Rapée » et « Northreed Project »), consacrant son temps à l’enseignement de l’image narrative et la communication visuelle à l’ERG (École de recherche graphique) à Bruxelles.

Cette nouvelle édition au dos toilé et au papier légèrement teinté met en valeur de nouvelles couleurs délicates. Les tracés d’une quinzaine de planches et cinq illustrations pleine page inédites ont aussi été recréés. À la fin de cet ouvrage mis en vente à un prix raisonnable, on trouve également, un émouvant texte de François Rivière qui évoque sa rencontre avec la ligne claire et ses maîtres, et auquel s’ajoute une promenade dans les lieux fréquentés par ses héros. Une (re) découverte qui fleure bon la nostalgie.

Henri FILIPPINI

« Le Réseau Madou » par Alain Goffin et François Rivière

Editions Dargaud (14,99 €), en librairies le 3 mars.

Notons une exposition-vente des originaux à la librairie Champaka du 13 au 18 mars (27, rue Ernest Allard, B 1000 Bruxelles).

Galerie

5 réponses à La ligne claire du « Réseau Madou » de nouveau disponible !

  1. goffin alain dit :

    Merci Henri pour ce bel article … Bonne découverte à vos internautes… Bien amicalement Alain Goffin

    • PATYDOC dit :

      Bonjour – Quand j’étais jeune je vous lisais déjà dans le 9ème rêve et j’étais fou de vos dessins! Que devenez-vous ? Pourquoi avez-vous arrêté de publier ? Allez-vous re-publier quelque chose ?

      • goffin alain dit :

        Bonjour…Merci pour votre message… ai arrêté pour créer en 1990 une agence de communication (le studio goffin) et suis devenu à mon tour agent d’illustrateurs et de dessinateurs… Pour ce qui est de la suite… prenons le temps de voir comment DARGAUD l’envisage… Il est vrai que me concernant … Le chemin de l’atelier est retrouvé… Belle journée a.g. nb: vous conseille, pour en savoir plus, de découvrir la page FACEBOOK  » le réseau Madou »

        • hugues dit :

          Que de souvenirs passés en votre compagnie!!! Votre album « Plagiat ! » fût l’un des titres avec lequel j’ai commencé à m’intéressé au monde de la BD. Une grosse claque pour moi et pour ça MERCI ;-)
          Donc un retour à vos papiers et crayons…je dis OUIIIIIIIIIIIIIIIIIII

          • Alain goffin dit :

            Merci Hugues… merci pour vos chouettes souvenirs de l’album »plagiat »… c’est effectivement un scénario ciselé par schuiten et Peeters qui était plutôt « costaud »… nous avions eu avec ce livre le grand prix RTL de là bd… :-)
            Concernant la suite… wait and see.. l’envie, en tous cas est là… belle soirée…