10 ans et 4 prix pour l’association Artémisia !

Alors que certains éprouvent encore des difficultés à dénicher des dessinatrices, scénaristes, auteures de BD – bien que la production de bandes dessinées réalisées par des femmes soit abondante et en constante progression —, les membres du jury Artémisia ont décidé de ne plus se limiter à décerner un seul prix : et, cette année, ce sont pas moins de 5 lauréates qui ont été distinguées pour 4 prix différents.

Ainsi, après n’avoir retenu qu’une sélection de 37 albums parus en 2016, c’est Céline Wagner qui obtient le Grand Prix Artémisia pour son album « Frapper le sol » paru aux éditions Actes Sud-L’An 2 : une plongée envoûtante dans l’univers artistique du chorégraphe Tatsumi Hijikata, lequel créa le Butô à la fin des années cinquante.

Céline Wagner, après un long travail de documentation et d’écriture, met en scène, avec beaucoup de talent et une grande maîtrise, le parcours hors du commun de ce danseur.

D’après les membres d’Artémisia, « la mise en scène est servie par des dessins puissants et inventifs, souvent plus proches du 3e art que du 9e, et cela pour notre plus grand plaisir. Une bande dessinée de création qui fertilisera toutes les rétines, par une dessinatrice qui ne cesse de grandir et de s’autonomiser, faisant ainsi grandir son moyen d’expression. »

Extrait de « Frapper le sol » par Céline Wagner.

Jacky Flemming, quant à elle, reçoit le Prix Artémisia Humour pour son album « Le Problème avec les femmes » paru aux éditions Dargaud.

Là encore, le jury ne tarit pas d’éloges sur cette « réjouissante succession de dessins bourrés d’esprit, évoquant parfois celui auquel on attribue “l’invention” de la bande dessinée, à savoir Rodolphe Töpffer.

Toujours d’après lui, « Jacky Fleming retrace avec une ironie mordante l’évolution de la représentation du “deuxième sexe” dans nos sociétés patriarcales. L’artiste s’amuse et nous amuse des préjugés, projections et interprétations trop souvent infériorisantes et infantilisantes de “la meilleure amie de l’homme après son chien”. Second degré garanti ! »

Chloé Wollmer et Carole Maurel reçoivent le Prix Artémisia Avenir pour leur album « L’Apocalypse selon Magda » paru aux éditions Delcourt.

Un album tragique, mais très édifiant qu’Artémisia résume ainsi : « Quand la fin du monde est annoncée partout, que le jour et l’heure en sont fixés, et que, du coup, on croit sa mort prochaine, alors on peut penser que tout est permis, surtout si l’on a 14 ans et des gros bleus à l’âme. Ainsi les barrières (parfois protectrices) volent-elles en éclats. D’expériences sexuelles ratées en paradis artificiels, Magda va se brûler un peu plus que les ailes. Et quand la fin du monde, la vraie, lui faussera rendez-vous, c’est bien à la fin de son propre monde et d’elle-même qu’il lui faudra se confronter… »

Sur BDzoom.com, on avait déjà remarqué le talent de la dessinatrice Carole Maurel pour un autre album paru à la Boîte à bulles, voir notre Entretien avec Carole Maurel, pour « Luisa, ici et là »….

Nicole Augereau obtient le Prix spécial du jury Artémisia pour son album « Quand viennent les bêtes sauvages », paru aux éditions flblb.

Encore un choix convainquant, d’autant plus que les albums consacrés à l’histoire politique d’un pays sont rares en bande dessinée, « surtout sous le crayon d’une femme » rajoute les experts de l’association Artémisia : « Découvrir celui de Nicole Augereau sur Haïti et le destin singulier de Manno Charlemagne, passé – non sans encombre – du statut de chanteur contestataire persécuté à celui de maire de Port-au-Prince, fut donc une belle surprise. Nous en avons aimé la narration efficace et précise, servie par des dessins qui, pour être simplifiés, n’en sont pas moins très évocateurs et vivants. Soutenus et éclairés par un orangé éclatant, ils nous font entrer dans la vie d’un pays et le destin exceptionnel d’un homme dont nous avions tout à découvrir. »

Chantal Montellier à la cérémonie de remise du Prix Artémisia en 2016.

L’infatigable animatrice de l’association qu’est Chantal Montellier (mais aussi sa consœur Jeanne Puchol avec qui elle a cofondé le prix Artémisia, en 2007) peut être fière du choix de ses partenaires qui ont bien compris l’objectif de ce regroupement : mettre à l’honneur la production féminine dans la bande dessinée pour le scénario et/ou le dessin.

Depuis sa création, le prix Artémisia a distingué une dizaine d’albums dont certains titres ont pu être réimprimés grâce à cette intelligente mise en lumière.

Céline Wagner, Jacky Flemming, Chloé Wollmer, Carole Maurel et Nicole Augereau succèdent donc à Sandrine Revel et Théà Rojzman, lauréates du prix 2016 : voir Il y a de plus en plus de femmes talentueuses dans le 9e art !.

Comme chaque année, la proclamation des prix a lieu le 9 janvier, date anniversaire de la naissance de Simone de Beauvoir, mais leur remise aura lieu le jeudi 12 janvier 2017, à partir de 18 h 30 à l’Institut AgroParisTech des sciences et industries du vivant et de l’environnement : tous les fidèles de BDzoom.com y sont invités !

Pour en savoir plus, voir www.assoartemisia.fr

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