Les classiques en manga…

Quand j’étais plus jeune, il existait « L’Histoire de France en bande dessinée ». Plus récemment, les éditions Glénat ont sorti une collection de 30 titres regroupant « Les Incontournables de la littérature en BD » (1). De tout temps, les grandes avancées historiques et les textes de la littérature classiques ont été transposés en images pour faciliter leur prise en main par les jeunes lecteurs. Or, aujourd’hui, ce jeune public a principalement des mangas comme lecture. La collection des éditions Soleil tombe donc à point nommé pour les sensibiliser à certains titres incontournables du patrimoine culturel.

Attention, il est évident (car j’entends déjà certains grincheux se plaindre) que la bande dessinée n’est pas là pour se substituer à la lecture de l’oeuvre originale. Comme pour un film, ces livres sont des adaptations, et non de simples transpositions de textes existants. Dans cette collection manga, ce n’est même pas toujours une véritable adaptation, mais souvent une inspiration d’un classique de la littérature ou d’un courant de penser : ce qui permet, au public visé, une première approche de l’oeuvre.

Commencée en 2011, cette série comporte aujourd’hui 13 titres : « Le Capital » selon Karl Marx, originalement publié en deux volumes et réédité en 2016 en un gros pavé, toujours préfacé par Olivier Besancenot. « Le Rouge et le Noir » de Stendal, « Guerre et Paix » de Tolstoï, « À la recherche du temps perdu… » de Marcel Proust, « Le Manifeste du parti communiste » de Karl Marx, « Le Prince » de Machiavel, « Entretiens de Confucius » en deux tomes, « La Bible » avec l’ancien et le nouveau testament, « L’Interprétation des rêves » de Sigmund Freud, « Le Livre des morts »… et les dernières parutions de 2016 : « La Théorie de la relativité » d’Albert Einstein, « Du contrat social » de Jean-Jacques Rousseau et « Ainsi parlait Zarathoustra » de Friedrich Nietzsche.

Avec cet inventaire, on peut constater l’exhaustivité de la collection qui transpose des œuvres littéraires classiques, mais s’immisce également dans la transmission d’idées scientifiques, philosophiques ou économiques. Si on prend « La Theorie de la relativité » d’Albert Einstein, il s’agit d’un traité de vulgarisation scientifique remontant à l’aube de l’humanité avec l’étude des astres et de la rotation de la Terre, pour arriver à la découverte majeure d’Albert Einstein. Ainsi, on découvre au fil des pages les recherches scientifiques de personnages illustres : Galilée, Newton, Copernic, Aristore, Thales, Pythagor, etc. Le tout, mis en scène comme un spectacle avec un magicien en guise de maître de cérémonie. C’est didactique et progressif. Le lecteur a réellement l’impression d’en apprendre un peu plus, de page en page, sur l’astronomie et la physique qui régissent notre monde. Bien sûr, quand on arrive à la partie qui traite du sujet principal, cela devient un peu plus ardu, car on touche à l’immatériel et à l’infiniment petit : ce qu’un esprit cartésien a bien évidemment du mal à appréhender. Mais la force de cet ouvrage, c’est de nous faire rentrer, petit à petit et de manière divertissante, dans un cheminement de pensée qu’il pourrait être impossible à digérer sans illustrations du propos. Bien sûr, cette approche est minimaliste : elle se contente de donner la matière nécessaire à de futures recherches personnelles si l’un des sujets abordés éveille un désir d’ approfondir ces connaissances.

Il en est de même pour « Le Capital », « Du contrat social » et « Ainsi parlait Zarathoustra ». Ces textes mettent en scène des mouvements idéologiques fondateurs de notre société moderne. En leur temps, ils ont bouleversé la pensée et il est intéressant de pouvoir se replacer dans le contexte grâce aux illustrations dépeignant parfaitement l’époque. Si le dessin est impersonnel et dénué de charme, il reste efficace. Ces mangas sont clairement l’oeuvre de studios payés à la commande. Il ne faut donc pas y chercher une volonté artistique ni dans le graphisme ni dans la narration qui reste une succession basique d’événements. La qualité de l’oeuvre originale suffit à focaliser l’attention du lecteur, ainsi mise en image de manière sobre et efficace. Cela reste du manga classique dans le fond et dans la forme.

Présentés avec des couvertures dépouillées, habillées principalement de blanc, ces mangas se lisent dans le sens occidental. Sûrement pour ne pas rebuter les non-lecteurs de ces BD venues du Japon qui aurait pu être distraits par le fait de tourner les pages dans un sens inhabituel. Du coup, ils n’auraient plus été assez concentrés pour assimiler les idées développées.

Voilà une bonne initiative qui complète les nombreux autres classiques en mangas déjà parus chez de nombreux éditeurs depuis quelques années maintenant (2).

Gwenaël JACQUET

Collection : Les Classiques en manga
Éditions Delcourt/Soleil manga

« Le Capital : Intégrale » (13,99 €) – ISBN : 978-2-302-05416-5
« Ainsi parlait Zarathoustra » (7,99 €) – ISBN : 978-2-3020-5418-9
« Du contrat social » (7,99 €) – ISBN : 978-2-3020-5419-6
« Theorie de la relativité » (7,99€) – ISBN : 978-2-3020-5417-2

(1) Série parue durant l’année 2010, regroupant en mars, T1 à 4 (« L’Île au trésor » de Christophe Lemoine au scénario et Jean-Marie Woehrel au dessin, d’après Robert Louis Stevenson, « Le Tour du monde en 80 jours » de Chrys Millien d’après Jules Verne, « Robinson Crusoé » de Christophe Lemoine au scénario et Jean-Christophe Vergne au dessin, d’après Daniel Defoe et « Notre-Dame de Paris » de Claude Carré au scénario et Jean-Marie Michaud au dessin, d’après Victor Hugo) ; en avril, T5 à 8 (« Le Livre de la jungle » de Jean-Blaise Djian au scénario et TieKo au dessin, d’après Rudyard Kipling, « Le Monde perdu » en deux tomes de A. Porot au scénario et Patrick Deubelbeiss au dessin, d’après Arthur Conan Doyle et « Les Contes des mille et une nuits » de Daniel Bardet au scénario et Rachid Nawa au dessin) ; en mai, T9 à 13 (« Voyage au centre de la Terre » de Curd Ridel au scénario et Frédéric Garcia au dessin d’après Jules Verne, « L’Odyssée » de Christophe Lemoine au scénario et Migule Lalor au dessin, d’après Homère, « Le Capitaine Fracasse » de Jean-Blaise Djian et Philippe Chanoinat au scénario et Bruno Marivain au dessin, d’après Théophile Gautier et « Les Misérables » en deux tomes de Daniel Bardet au scénario et Bernard Capo et Jean-Yves Delitte au dessin, d’après Victor Hugo) ; en juin, T14 à 21 (« Michel Strogoff » de Frédéric Brémaud au scénario et Daniele Caluri au dessin, d’après Jules Verne, « Oliver Twist » de Philippe Chanoinat au scénario et David Cerqueira et Jean-Yves Delitte au dessin, d’après Charles Dickens, « Le Dernier des Mohicans » de Marc Bourgne au scénario et Marcel Uderzo au dessin, d’après James Fenimore Cooper, « Guerre et Paix » en deux tomes de Frédéric Brémaud au scénario et Thomas Campi au dessin, d’après Tolstoï, « Tartarin de Tarascon » de Pierre Guilmard d’après Alphonse Daudet et  Germinal » en deux tomes de Philippe Chanoinat au scénario et Jean-Michel Arroyo au dessin d’après Émile Zola) ; en août, T22 à 26 (« Quo vadis ? » de Patrice Buendia au scénario et Cafu au dessin, d’après Henryk Sienkiewicz, « Agaguk » de Jean-Blaise Djian au scénario et Yvon Roy au dessin, d’après Yves Thériault, « Don Quichotte » de Philippe Chanoinat et Jean-Blaise Djian au scénario et Dépé au dessin, d’après Cervantes et « Le Rouge et le Noir » en deux tomes de Jean-Blaise Djian au scénario et Toni Fezjula au dessin, d’après Stendhal) et en septembre, T27 à 30 (« De la Terre à la Lune » et « Autour de la Lune » de Pierre Guilmard d’après Jules Verne, « Madame Bovary » de Daniel Bardet au scénario et Yolaine Vallet et Michel Janvier au dessin, d’après Flaubert et « Le Conte de Noël » de Patrice Buendia au scénario et Jean-Marc Stalner au dessin, d’après Charles Dickens. La plupart des titres sont des rééditions d’albums déjà publiés chez les éditions Vents d’Ouest et les éphémères éditions Adonis, voir des titres commandé par cette dernière, mais qui n’avait pas pu être publié a l’époque.

(2) L’adaptation de la littérature classique ou de la vie de personnages illustres a toujours existé depuis que le manga est devenu un médium de masse au Japon. Sur BDzoom.com, nous nous en faisons régulièrement l’écho lorsque de telles œuvres paraissent en français : « Le Bateau-usine » par Gô Fujiko et Takiji Kobayashi, « Tom Sawyer », « Joséphine impératrice » T1 par Yumiko Igarashi et Kaoru Ochiai, « Roméo et Juliette » et « Madame Bovary » adaptés par Yumiko Igarachie, La vie de Steve Jobs en manga…« La vie de Steve Jobs » par C&R Institute.

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