« Sambre T7 : Fleur de pavé » par Bernard Yslaire

Bernard-Marie, hanté par les fantômes de ses ancêtres qu’il dessine sans cesse, coule des jours tristes à la Bastide. Le dernier des Sambre, élevé par sa tante Sarah, est persuadé que sa mère est vivante, parce que, lorsqu’il fait son portrait, il plonge dans ses yeux rouges : or les morts ne pleurent pas…

Au manoir de Gravetye, non loin de Londres, Julie Saintange enceinte, bagnarde amnistiée, officiellement disparue dans le naufrage de la Désirée, demande l’hospitalité sous le nom de Jane Shagreen, épouse de feu Adam Scott Shagreen.

À Paris, Judith, sœur jumelle de Bernard-Marie, est élevée dans un orphelinat sordide avec pour seule distraction ses rencontres nocturnes avec Giuseppe et Kazimir : deux petits voyous qui hantent les bas-fonds de la capitale.

Adoptée par une famille bourgeoise, elle finit par fuir cette nouvelle vie pour retrouver ses deux compagnons et la vie de Bohême. Quelques années plus tard, Julie, qui vend son corps, est arrêtée par la police et apprend qu’elle avait une mère, morte dans un naufrage en Irlande…

Cette ultime trilogie de la mythique saga romantique créée par Bernard Yslaire, voici tout juste trente ans, évoque les destins tragiques des jumeaux Bernard-Marie et Judith, liés par une terrible malédiction héréditaire. Ignorant tout jusqu’à leurs propres existences, les deux orphelins creusent le sillon de leur destinée qui les unira dans la mort. Malédiction que Bernard Yslaire a puisée dans sa propre vie : « Pour être sincère, depuis mon enfance, j’ai toujours cru que ma famille était maudite. Et en fait, j’ai récemment découvert que ma famille l’était réellement, maudite. Sans entrer dans les détails, tous sont victimes d’une incurable maladie génétique, qui a mis des années à se déclarer… symptomatiquement, sous forme d’une affection oculaire. Oui, une maladie des yeux. C’est incroyable, non ? Tout le monde s’est tu depuis deux générations. Et moi, comme Julie, je suis le seul survivant, non porteur, le miraculé, et cela n’a pas de sens. Pourquoi eux ? Pourquoi pas moi ? Depuis que je sais cela, ma création s’est libérée. Je leur dois bien ça. »  

Une fois encore, ses pages somptueuses évoluent, se réinventent.

Sans cesse à la recherche de la perfection qu’il ne souhaite jamais atteindre, Bernard Yslaire — qui revient à la technique du dessin traditionnel — n’est pas un artiste à se contenter des acquis : il lui faut toujours aller de l’avant : « Picasso disait qu’en art, il y a ceux qui cherchent et ceux qui trouvent. En général, ceux qui trouvent se répètent et sont monomaniaques. Et je les comprends : quand on trouve le trésor, on a envie de le garder. Moi, je préfère la quête du trésor au trésor lui-même… J’ai l’impression que si je trouvais, si je touchais au Graal, je mourrais comme Icare. »

Vous l’aurez compris ce nouveau « Sambre » est incontournable, destiné à la fois à un lectorat exigeant tant sur le plan de l’écriture que du graphisme, mais aussi à un large public amateur de belles histoires romantiques.

La Galerie Huberty & Breyne propose une sélection des originaux des plus belles pages de cet album, ainsi que de superbes crayonnés et recherches préparatoires. Exposition du 23 septembre au 23 octobre du mercredi au samedi de 11 heures à 19 heures, 91, rue Saint-Honoré, 75001 Paris (www.hubertybreyne.com).

Henri FILIPPINI

« Sambre T7 : Fleur de pavé » par Bernard Yslaire

Éditions Glénat (15,50 €) — ISBN : 9 782 344 002 414

Galerie

Une réponse à « Sambre T7 : Fleur de pavé » par Bernard Yslaire

  1. Thark B. dit :

    Wow ! :-) :-) !!!
    Je n’ai rien contre l’usage du stylet, de la tablette graphique et des couleurs numériques (bien au contraire, puisque je les utilise beaucoup), mais là, dans le cadre d’un SAMBRE ‘made in Yslaire’, je trouve absolument magnifique et époustouflant ce retour du crayon, du papier et surtout des « vraies » couleurs transparentes (encres acryliques et/ou aquarelles)… Je suppose tout de même qu’il y a ici et là quelques retouches & effets numériques en étape finale : ce serait dommage pour l’auteur de s’en priver (au profit des atmosphères et des sensations), lui qui maitrise si bien « l’outil-ordi » !
    Somptueux, vraiment ! Rien que sur les exemples que vous exposez ici pour nous, M. Filippini, chaque case nous saute à la figure, chaque image, chaque composition, chaque expression, tout vibre d’une intensité rare, d’une émotion palpitante.

    « Wow ! » bis… ;-)