Deux albums Delcourt à emmener à la plage…

Pour cette dernière chronique « comics » avant un congé estival, je vous propose deux albums récemment parus chez Delcourt qu’il pourrait être plaisant d’emmener en vacances pour s’offrir de chouettes moments de lecture, à tout âge. L’un pour les enfants (petits ou grands) et l’autre pour les adultes. On se donne rendez-vous le 27 août pour une rentrée pleine de comics !

« Snoopy et le petit monde des Peanuts » T6 par Charles M. Schulz

Vacances obligent, on commence par les enfants… et ceux qui le sont restés – car on ne le répétera jamais assez, « Peanuts » n’a jamais été une série pour enfants mais plutôt une série universelle pouvant parler autant aux enfants qu’aux adultes en mettant en scène des gosses aux préoccupations rarement puériles, exprimant nos peurs existentielles les plus fondamentales. Delcourt continue donc d’éditer une intégrale des planches en couleurs (remasterisées) de « Peanuts », et avec ce nouveau volume nous abordons la décennie des années 1980 (les 5 premiers albums ayant couvert la totalité des seventies). Cela faisait déjà 30 ans que Schulz dessinait quotidiennement « Peanuts », au moment de la parution de ces planches du dimanche. Il lui en resterait 20 pour continuer à faire vivre sa petite bande de mômes acoquinés d’un beagle unique en son genre, abordant donc sans le savoir la seconde moitié de son œuvre en termes de durée. Avec un naturel confondant, Schulz perpétue l’univers des « Peanuts » avec une efficacité et un éternel renouvellement des mêmes postulats qui frôlent le miracle, réussissant à décliner encore et encore sans jamais nous lasser : à ce stade, nous connaissons depuis belle lurette tous les caractères des personnages, et ce n’est même plus la nouveauté que nous attendons : juste le plaisir de retrouver une nouvelle fois de vieux amis, et voir combien ils restent fidèles à eux-mêmes, à la fois déconcertants dans leur volonté de ne pas changer et rassurants par les valeurs qu’ils tiennent durant des décennies dans un monde qui bouge et se transforme bien trop vite… Le graphisme est rodé et bien rodé, atteignant le rare statut d’identité visuelle notable, ne ressemblant à rien d’autre qu’à lui-même, en dehors de toute influence, comme une génération spontanée. Bref : si les cerfs-volants et la Grande Citrouille vous intéressent (je l’espère), si vous êtes emplis d’une compassion schizophrénique pour Sally (je le crains), si vous pétez un câble face à Lucy (c’est normal) et si vous parlez beagle (bravo !), alors n’hésitez pas, chaque voyage dans le petit monde de Schulz est un bonheur ultime en soi.

« Manifest Destiny T1 : La faune et la flore » par Matthew Roberts et Chris Dingess

Comme je l’ai récemment fait remarquer, le renouveau du genre hybride mêlant western et horreur donne parfois quelques beaux fruits vénéneux au-delà du simple procédé. Il en va ainsi de « Pretty Deadly » de DeConnick et Rios (édité chez Glénat Comics) et il en va de même pour ce « Manifest Destiny » signé Dingess et Roberts que nous proposent aujourd’hui les éditions Delcourt. Car mélanger l’horreur ou la SF au western est une chose, mais réussir à faire de cette alliance pittoresque quelque chose de réellement cohérent et singulier sans tomber dans le cliché en est une autre… « Manifest Destiny » s’en sort haut la main, proposant un univers original et solide, générant un sentiment de nouveauté bienvenu. En effet, Dingess a échafaudé un postulat de base et un scénario qui empruntent des chemins aussi traditionnels que novateurs, s’éloignant des archétypes de l’horreur moderne pour mieux revenir aux racines de l’Amérique et en tirer un effroi bien plus incarné, sorte de relais entre la culture des premiers Américains, les Indiens, et celle des pionniers devenus les nouveaux Américains, issue d’une histoire colonialiste et violente. L’horreur ne vient donc pas majoritairement de la civilisation américaine actuelle transposée dans le passé mais bien des Indiens et de leur magie liée au territoire ancestral, réponse surnaturelle à la violence bien trop exacerbée et légitimée des pionniers blancs – il ressort de cela une mise en perspective constante entre ces deux civilisations qui se rencontrent, ces deux morales qui s’entrechoquent, ces deux mondes qui se mêlent par la force… Ainsi, l’expédition du Capitaine Merriwether Lewis et du Lieutenant William Clark, censée ouvrir la voie vers l’Ouest en défrichant le terrain et les êtres, va basculer dans l’inconnu et la terreur au fur et à mesure que ceux-ci pénétreront dans les territoires reculés de l’Ouest, pétris de l’histoire et des croyances indiennes. Rencontrant créatures mi-hommes mi-bisons tout autant qu’une épidémie transformant les êtres en zombies végétaux, nos héros vont tomber de haut… et nous avec eux, tant l’efficacité du scénario nous happe par sa dimension toute particulière. Les dessins réalistes de Roberts, sachant bifurquer dans le surnaturel avec acuité, donnent joliment corps à cette épopée sauvage décalée où l’air des grands espaces se retrouve perturbé par le pestilentiel… Une belle découverte dont on attend la suite avec impatience, selon la formule consacrée…

Cecil McKINLEY

« Snoopy et le petit monde des Peanuts » T6 par Charles M. Schulz

Éditions Delcourt (15,50€) – ISBN : 978-2-7560-5238-0

« Manifest Destiny T1 : La faune et la flore » par Matthew Roberts et Chris Dingess

Éditions Delcourt (15,95€) – ISBN : 978-2-7560-8103-8

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