« La Bande dessinée, c’est facile ! » par Gilbert Bouchard

Sans prétendre devenir un maître absolu du 9e art, nombreux sont les apprentis-dessinateurs (de 7 à 77 ans) qui désirent découvrir les règles, codes et usages de ce moyen d’expression. Outre les cours et ateliers dédiés, quoi de mieux pour parfaire sa technique que de suivre pas à pas un ouvrage didactique : Glénat réédite dans ce but le guide réalisé par Gilbert Bouchard en 2006, sous un angle ouvertement pédagogique. Au fil d’exercices pratiques, élèves et enseignants sont donc invités à concevoir une bande dessinée en s’appuyant sur le socle commun : grammaire et orthographe pour les bulles, calcul pour le tracé des cases, enseignement scientifique et sciences humaines pour le contenu du récit. Des expressions du visage à la mise en couleurs, ces leçons prouveront que l’on peut apprendre en bullant… avec plaisir !

De grands précurseurs devenus mythiques

L’idée de proposer une grammaire de la bande dessinée n’est pas nouvelle : souvenons-nous de ces véritables Bibles que représentèrent pour toute une génération « Comment on devient créateur de bandes dessinées » (ouvrage Marabout paru en janvier 1969, dans lequel Franquin et Jijé répondaient aux questions de Philippe Vandooren ; réédité chez Niffle en 2001 et 2014) et « L’Art de la BD » (deux précieux ouvrages réalisés par Duc et édités chez Glénat en décembre 1981 et 1982). Dans la même veine, Casterman et Philippe Goddin avaient concocté en 1991 « Comment naît une bande dessinée : par-dessus l’épaule d’Hergé » tandis que Scott McCloud (avec « L’Art invisible » en 1999, « Réinventer la bande dessinée » en 2002, « Faire de la bande dessinée » en 2007, tous chez Vertige Graphic) et Will Eisner (avec sa trilogie « Les Clés de la bande dessinée », (proposée par Delcourt entre 2009 et 2011) déclinée de son « Art séquentiel » (Vertige Graphic, 1997)) élargissaient le spectre à la création internationale, comics et mangas inclus. Plus récemment, les novices et passionnés de telle ou telle sphère géographique créative auront pu découvrir des titres – ou des collections – aussi divers que « À la découverte de la BD » (par Jean-Benoît Durand, 1998 et 2006, Castor doc Flammarion), « Apprendre à dessiner les mangas » (4 titres chez Marabout, depuis 2010), « Dessiner des mangas pour les Nuls » (First, 2007) ainsi que ces « Cahiers d’exercices BD » (par Sylvain Delzant et Jean-Marc Lainé, Eyrolles, 2009), véritable condensé de la collection « Les Manuels de la BD » (7 titres publiés par Eyrolles depuis 2007). Dans cette bibliographie, nous n’oublierons ni les ouvrages plus spécialisés, comme « La Colorisation de BD » (par Stéphane Barils et Naïts, Eyrolles 2005) ou « Apprendre à dessiner les super-héros » (2006 et 2007 chez Delcourt), ni les circonstanciés « Comment dessiner ? » (de Zep et Tébo chez Glénat en 2008) ou « Bande dessinée : apprendre à apprendre » (Lewis Trondheim et Sergio Garcia, Delcourt 2006), ni, enfin, les hors-séries presse régulièrement proposés en kiosque (citons par exemple « Les Secrets des chefs-d’oeuvre de la BD », collection Beaux Arts magazine, décembre 2014).

La Colorisation des planches (Jean-Marc Lainé et Sylvain Delzant ; Eyrolles, janvier 2009)

Dessiner des mangas pour les nuls (Kensuke Okabayashi ; First éd., sept. 2007)

1ère maquette de l'ouvrage de G. Bouchard (Glénat, 2006)

Une fiche guide issue de "La Bande dessinée, c'est facile !" (Glénat, 2016)

Visant une pratique inscrite en classe, les ouvrages auront naturellement tenté d’expliquer le médium auprès d’enseignants toujours jugés peu enclins – à tort ou à raison ! – à faire étudier les arcanes et subtilités de tel ou tel album. De « Le Français et la Bande dessinée » (Serge Saint-Michel et Didier Convard) proposé par Nathan en 1974 jusqu’aux Cahiers pédagogiques (n°506 de juin 2013, « A l’école de la bande dessinée ») en passant par l’intégralité des collections « Magnard Classiques & Contemporains BD » et « La BD de case en classe » (dirigée par notre collaborateur Didier Quella-Guyot), nul ne peut en tout cas présumer de l’absence de supports en ce domaine. Demeure l’éternelle question de la confrontation à un pan non négligeable de la culture contemporaine de l’image, aujourd’hui dominée chez les plus jeunes par la télévision, le cinéma, le jeu vidéo et la publicité. En guise de remédiation, et à l’aune de la formule initialement proposée en 2006, « La Bande dessinée, c’est facile ! » suggère que la « simple » pratique du sujet permettra aux uns (enseignants/adultes) comme aux autres (élèves/enfants) de se lancer sans être obligatoirement professeur d’arts plastiques ou précoce génie artistique. A l’instar du récent « 100 % BD : 30 activités pour créer ta bande dessinée » (Bayard jeunesse ; voir l’article d’Henri Filippini consacré), chaque fiche est ainsi destinée à appréhender en quelques gestes aisés un concept plus ou moins complexe : anatomie, expressions, onomatopées, placement des textes, cadrages, décors, perspective, découpage, narration en un strip, gaufrier, etc. Comme l’on s’en doute, ce guide – loin de réduire l’univers de la bande dessinée à une poignée de codes reproductibles – vise essentiellement à la simplification tout en préconisant que la réalisation d’une bande dessinée en classe « demande beaucoup de temps » (p.109) : en ce sens, on appréciera de posséder en fin d’ouvrage un scénario entièrement ficelé ainsi qu’un astucieux système de pioches permettant d’accélérer la mise en œuvre des premières productions. De quoi assurément encourager à la redécouverte et à la relecture de la bande dessinée dans sa richesse et sa diversité…

Philippe TOMBLAINE

« La Bande dessinée, c’est facile ! » par Gilbert Bouchard
Éditions Glénat (9, 90 €) – ISBN : 978-2344016206

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3 réponses à « La Bande dessinée, c’est facile ! » par Gilbert Bouchard

  1. AAD dit :

    De bien belles références que voilà!
    J’ai lu la plupart mais je recommande chaudement les manuels de la BD, un peu plus modernes que la plupart, et l’incontournable Scott McCloud

  2. John dit :

    C’est avec ce genre de connerie que des parents pensent que le métier de la BD est facile!

    • Philippe Tomblaine dit :

      Comme je l’ai écrit dès l’introduction de cet article, il ne s’agit pas avec ce guide de vouloir se transformer en nouveau Hergé ou Franquin, mais d’initier des pratiques très simplement, avec un « trait rond » (et non simpliste) qui ne décourage pas les jeunes postulants. « Mettre la BD à portée » – pour les nuls ! – ne signifie pas pour autant réduire le 9ème art à un vaste barbouillage. Il suffit de toute manière de tenter de faire un simple strip ou une case isolée pour comprendre toute la difficulté de l’exercice.