« Les Ogres-dieux T2 : Demi-Sang » par Bertrand Gatignol et Hubert

Après le prometteur « Petit » (voir : « Petit, les Ogres-Dieux » par Bertrand Gatignol et Hubert), ce deuxième tome d’une série de fantasy médiévale, qui joue beaucoup sur le mélange des genres, s’attarde sur la destinée de Yori, dit Demi-Sang : ces sanglants jeux de pouvoir se situant avant le premier volume et se terminant avec l’apparition de son personnage phare. Pas besoin, donc, d’avoir lu le tome 1 pour apprécier ce passionnant conte gothique qui mérite vraiment votre intérêt, d’autant plus que, pour cet opus, autant la composition de la narration que la mise en scène graphique touchent à l’excellence !

Servis par des esclaves humains dont ils se repaissent régulièrement, les maîtres de ce monde décadent sont des ogres géants dont les lignées sont condamnées par une dégénérescence génétique, à force de consanguinité : chaque génération étant, à chaque fois, plus petite et plus débile que la précédente. Le dernier né est même si minuscule que la reine le porte à sa bouche et prétend l’avoir avalé pour lui éviter d’avoir à subir l’ire du roi-ogre. Ainsi commence l’histoire de Petit, dont la taille lui permettra de s’accoupler avec des humaines : ce qui pourrait donner naissance à une nouvelle race, vigoureuse et puissante.

Quelque temps auparavant, un ambitieux jeune homme, né des amours extraconjugales entre un noble dominant le royaume au pied du château des Ogres-Dieux et une domestique, est prêt à tout pour devenir chambellan : seul humain à avoir l’immense privilège d’organiser le quotidien à la cour des maîtres. Ne cessant d’attiser la haine de ses demi-frères légitimes, puis contraint de vivre de ses charmes, Yori n’est pas au bout de ses peines pour accéder à ce semblant de pouvoir, dans un univers où tout le monde conspire l’un contre l’autre…

            Comme dans le premier volume de cette série que l’éditeur n’hésite pas à comparer à « Game of Thrones », « Demi-sang » fonctionne avec un découpage en chapitres entrecoupés d’intermèdes textuels de deux ou trois pages (comportant de sublimes illustrations), lesquels racontent le parcours, souvent très risqué, des différents chambellans ayant précédé Yori. Cette audace narrative, fort bien maîtrisée par Hubert (l’intelligent scénariste de « Miss Pas Touche » ou de « Beauté », voir : « Beauté » T1 par Kerascoët et Hubert), est remarquablement mise en images par le trait puissant de Bertrand Gatignol : ses superbes grandes cases étant magnifiées par de dynamiques noirs et blancs qui mettent en valeur de nombreux décors expressionnistes et des personnages aux trognes aussi inquiétantes que délicates.

Gilles RATIER

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